INSOLITE : Les juke-boxes modernes

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2010
Musiciens sur le Malecón
« Ils jouent, ils chantent et interprètent leur petite saynète en échange de quelques pièces. »
El Malecón (Photo: Photocuba)

« El Malecón » (la Jetée havanaise) est comble. Ce morceau de mur qui nous sépare de la mer semble ne pas avoir d’espace pour un autre être humain. Il faut « lutter » pour un petit morceau au milieu de cette chaleur suffocante. Ensuite la brise caresse, le son des vagues détend et le bleu ou l'obscurité inondent tout. Le mystère marin œuvre pour le miracle de la paix intérieure, même si ce n’est que pour le temps que dure la tombée du jour, même quand c’est seulement un mirage pour quelques existences.  

Connu parmi les gens comme le grand sofa de la ville, cet espace est perçu comme une extension naturelle de la maison. « El Malecón » se confond avec les morceaux de vie de ceux qui le choisissent. Souvent il ne s’agit même pas d'une option consciente, ce sont les pas qui finissent ici. Territoire limitrophe, site des rencontres : d'un côté le paysage urbain avec ses urgences, de l'autre l'eau et ses murmures. Là, tous se rassemblent. Il n'y a pas de distinctions. Plus...
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INSOLITE : Les bicitaxis pinareños

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2010
Bicitaxi
« L'engin, un tricycle avec un auvent, un siège pour le conducteur et deux pour ceux qui décident de le prendre. »
Bicitaxi (Photo: Photocuba)

Quand la paresse s’empare du corps, qu’elle t’empêche de faire quelque chose et ensuite comme un boomerang tu dois le faire et jusqu’à deux fois … c’est alors que les plus anciens apostillent invariablement le vieux proverbe : « À celui qui ne veut pas de bouillon, on lui donne quatre tasses. » Juste à ce moment une vapeur te parcourt, la peau prend une couleur rose, mais il ne reste pas d’autre remède que de admettre la certitude.

Dès que la Période Spéciale (crise économique) a commencé à Cuba au début des années 90, l'imagination des habitants de cette terre a été mise à l’épreuve. Nous survivons grâce aux nombreuses choses que nous avons apprises en ces temps. Je pense que les premiers bicitaxis datent de cette époque, un moyen de transport découvert quand j'ai commencé  l'Université à La Havane, mais que je n'avais jamais utilisé. L'engin, un tricycle avec un auvent, un siège pour le conducteur et deux pour ceux qui décident de le prendre. il nous ressemble, équipé d’avertisseur bruyant, de musique, de drapeaux et même parfois d’une imitation de plaque d’immatriculation de voiture, un surpoids défiant la force d'un seul homme faisant tourner les roues. Plus...
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INSOLITE : En 24 heures, des incantations à la perfusion

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2010
« [le Cubain] passe de la prière au sérum dans la même journée.  »
Autel (Photo: Jorge Luis Baños)

La douleur ne s’arrêtait pas. Il y avait des jours que je ne mangeais presque rien et que je souffrais de vomissements. J'ai voyagé les 72 kilomètres qui me séparent de mes parents. J'ai pensé qu’avec un peu de leurs soins j’irais peut-être mieux. Ils savent que mon système digestif est un chaos : ulcère, gastrodeudenitis, gastrite, séparément ou ensemble, provoquant des périodes de crise déstabilisatrices. Mon père cherche ce qui pourrait servir pour mon régime ; ma mère cuisine ce qui devrait bien tomber dans ma panse. Je prends des cachets. Rien ne fonctionne. J’essaye qu’ils ne le remarquent pas trop. Je ne veux pas les préoccuper, mais…

Les mères savent beaucoup de choses. C'est pour cette raison que la mienne pense que je dois aller chez Rosa « pour qu’elle me passe la main ». « Pour ta sœur ça a toujours été un remède saint », m’a-t-elle dit. Je refuse, car je n'ai pas envie de marcher et parce que je pense qu'elle doit me toucher ce que les Cubains appellent « la bouche de l'estomac » pour les prières correspondantes. Le seul contact avec la peau me terrorise. Mami m’explique que cette dame soigne sans toucher, que sa méthode mystique consiste à mesurer un lange plusieurs fois avec son avant-bras, elle prie et c’est tout. Ma sœur m'assure que c’est vrai, son fiancé m’emmènera en vélo. Je n'ai pas d'autres objections et, en plus, ça ne coûte rien. Je continue à avoir mal… Plus...
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INSOLITE : La Novela à Cuba, le temps suspendu

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2010
« C’est un cubain qui a créé le feuilleton radiodiffusé et son plein succès a ouvert le chemin du genre [...] »
Félix B. Caignet

Un couple de plus d’un demi-siècle, une femme de quasi la quarantenaire avec son fils de 12 ans, deux jeunots dans leur première romance et une jeune femme de presque trente ans ; tous face à la télé à l'heure exacte. Les feuilletons à Cuba, on dit « novela », mêmes s’ils ne sont pas de fabrication nationale, sont entourés d’un halo de mystère, de fascination. Ils attrapent, captivent, réunissent un public absolument hétérogène et, même si celui en cours n'est pas de grande qualité, beaucoup choisissent de rester collés à leur siège pour ne pas être ensuite hors des conversations, au travail, à l'école ou sur le marché. Les feuilletons offrent toujours de quoi parler.

Il s'agit d'un genre d’une grande tradition dans l'île. C’est un cubain qui a créé le feuilleton radiodiffusé et son plein succès a ouvert le chemin du genre, ensuite porté à la télévision, avec des millions d’adeptes et d’intoxiqués sur toute la planète jusqu'à nos jours. El derecho de nacer (Le droit de naître), de Félix B. Caignet, a fait histoire et fut un phénomène dans toute l’Amérique Latine. Nos grands-mères s’en rappellent encore avec nostalgie. Depuis lors, les mêmes ingrédients, avec une certaine pincée d'actualité, font que beaucoup restent hébétés, dans l'attente du moment où la « mauvaise-mauvaise » soit démasquée et reçoive son dû ; alors que la « bonne-bonne » reprenne la place qui lui a été usurpée et, au passage, elle se marie avec le prince de ses rêves (par lequel elle a passé, lutant et pleurant, les 300 épisodes). Les protagonistes dans leurs extases de bonheur sont aussi, bien sûr, entourés d’un grand nombre de beaux enfants. C’est sûr qu’on finit par les imaginer tous en train de manger des perdrix au paradis Plus...
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INSOLITE : Un « almendrón » salvateur

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2010
Voiture américaine
« Se déplacer en auto-stop dans la ville semble facile. »
Almendrón (Photo: Néstor Martí)

Parfois je ressens que La Havane est immense, avec son rythme effréné, elle veut m'engloutir. Je suis toujours pressée. Je me fonds parmi les gens et je me sens invisible. Je le suis pour eux. On remarque qu’ils sont aussi pressés, absorbés dans leurs problèmes. Je continue. Je dois arriver au travail. L'arrêt de bus est impossible, trop de monde. J'opte pour l’auto-stop.

Se déplacer en auto-stop dans la ville semble facile. Pour beaucoup de mes collègues c'est une pratique habituelle, quotidienne, elles ne pensent même pas au bus. Elles organisent leurs mouvements à partir de la solidarité des automobilistes aux feux rouge, où ils doivent s’arrêter. Je pense que c'est une attitude devant la vie, cela ne me réjouit pas beaucoup d'être dans l'attente du gentil personnage qui, finalement, m’emmènera. Mais parfois je n'ai pas d’autre option. C’est une question d'heures ou de minutes. On dépend de la chance et de la conscience de ceux qui sont au volant. Il y a beaucoup qui n’écoutent même pas la question : « vous seriez si aimable, vous allez jusqu’à… », ils bougent la tête en un NON synchrone ; d'autres, en voyant de loin les feux de signalisation au rouge, ralentissent pour ne pas s'approcher de la zone où plus d’une font de l’auto-stop. Par chance, ceux qui disent oui sont nombreux ou, même, ceux qui sans connaître notre destination font ce geste convoité, indiquant que l’on peut monter. Plus...
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