7 idées préconçues que vous avez peut-être sur les Cubains

2016-06-20 18:21:14
P. del Castillo
7 idées préconçues que vous avez peut-être sur les Cubains

Vous savez probablement que Cuba a bien plus à offrir que ses majestueuses plages de sable blanc et ses îlots paradisiaques...mais certains stéréotypes restent tenaces et le danger est grand, pour le visiteur, d'interpréter la réalité cubaine à travers ces « lunettes » : on ne voit que ce qui confirme ces idées ficelées d'avance et quand un fait infirme un stéréotype, nos cerveaux paresseux ont souvent vite fait de le ranger parmi les exceptions.

Photo : Kaloian

Pour se donner la chance de comprendre Cuba, un univers complexe en transformation, mieux vaut partir de la prémisse que l'on ne sait pas grand chose de ce pays. Un effort intellectuel qui demande une certaine humilité. Alors, avant de partir, pourquoi ne pas commencer par se débarrasser de quelques clichés ?

Les Cubains sont pratiquement tous noirs. Selon les statistiques officielles, la population blanche serait légèrement majoritaire. Encore faudrait-il s'entendre sur ces catégories, qui varient au fil du temps et selon les pays et qui sont d'autant moins pertinentes dans un pays qui a connu des siècles de brassage ethnique : les Cubains ont des ancêtres Africains et Espagnols bien sûr, mais aussi Chinois, Indiens, Arabes, Japonais, Suédois, Russes...

Mais c'est un fait, il existe des Cubains blonds et ils sont souvent affublés du surnom de « Ruso » ou « Rusa », même s'ils n'ont aucun aïeul slave. Les Cubains aux yeux clairs sont encore moins rares. Yésica, qui présente ces deux traits physiques, témoigne :« Quand je suis arrivée en France, personne ne me croyait quand je disais que j'étais Cubaine ». Et dire qu'il y a même des roux ! Il faut reconnaître que les Cubains ont souvent la peau tannée par des années passées sous le soleil des tropiques et qu'il est parfois difficile de s'imaginer leur couleur « d'origine ».

Buena Vista Social Club et Orishas sont les groupes de musique les plus connus à Cuba. Certainement pas ! En réalité, ces groupes ont acquis leur notoriété à l'étranger. La musique de Buena Vista Social Club est qualifiée par les Cubains de « musique traditionnelle », un genre qui ne fait pas fureur sur l'île. Le rap n'occupe qu'une place très modeste dans le panorama musical local et Orishas n'est probablement pas le groupe le plus connu ici, où les jeunes écoutent plutôt du reggaeton ou de la musique « fusión » à moins qu'ils ne préfèrent la musique électronique ou la pop venue d'ailleurs.

Les Cubains dansent tous la salsa. Un contre-exemple de poids : Juan Formell, le fondateur du groupe mythique Van Van, incarnation de la « cubanía » a toujours avoué qu'il était incapable d'aligner deux pas de salsa, que l'on appelle ici « casino ». De nos jours, la salsa est durement concurrencée par le reggaeton sur les pistes de danse des discothèques.

Les base-ball est le sport roi. S'il est toujours qualifié de « sport national », le base-ball a cédé énormément de terrain au football et les cages de foot improvisées envahissent chaque jour les rues cubaines. La télévision a suivi le mouvement en diffusant les matchs des championnats européens et dernièrement, les fans du Barça et du Real Madrid ont même pris l'habitude de sortir leurs drapeaux dans les rues à chaque rencontre importante.

Les Cubains fument surtout des cigares. Omniprésent sur les cartes postales et les tableaux vendus aux touristes, le cigare est aussi dans les bouches des femmes accoutrés de costumes traditionnels et qui monnaient leur photo - un cliché dans les deux sens du terme - aux visiteurs dans les rues de la Vieille Havane. Pourtant, la très grande majorité des fumeurs Cubains tire sur des cigarettes.

Les Cubains ne connaissent rien à internet. Vous serez sans doute surpris des connaissances des jeunes cubains en matière de nouvelles technologies. Certes, la connexion à domicile reste l'exception mais il n'est pas rare que les Cubains accèdent à la toile sur leur lieu de travail. Le mouvement s'est accéléré avec l'arrivée il y a quelques mois des zones Wifi et les réseaux sociaux - Facebook en tête - ont fait irruption dans le quotidien de nombreux Cubains.

À Cuba, tout le monde est forcément très « politisé ».  Évidemment, le visiteur qui se contente de prendre en photo les grands panneaux scandant des slogans révolutionnaires se verra confirmé dans ses convictions. Prenons un exemple : derrière le nom de Comités de Défense de la Révolution se cachent en réalité des conseils de quartier, qui s'occupent surtout du ramassage des déchets et de l'éradication des moustiques... que l'on s'en réjouisse ou pas, les temps ont changé, surtout à La Havane. En fin de compte, les Cubains sont des gens ordinaires, il y a ceux que la politique intéresse et les autres. Forcément, si vous engagez une conversation politique avec un Cubain, il y a fort à parier qu'il vous donnera son avis sur la question, de quoi renforcer votre a apriori. S'il élude la question, vous interpréterez cette attitude avec ce que vous pensez savoir de Cuba... Mais encore faut-il connaître ces codes culturels et après tout, il ne vous viendrait pas à l'esprit de demander « Pour qui votez-vous? » à un Français que vous venez de rencontrer ! Les questions que pose le voyageur pressé sont pourtant de cet acabit.

Or, Cuba ne se livre pas si facilement...mais le voyage réussi n'est-il pas celui dont on revient avec plus de questions que de réponses ? Connaître un pays prend du temps et exige une certaine disposition d'esprit. Quant aux stéréotypes, ils sont d'autant plus difficiles à déconstruire que certains sont entretenus par les Cubains eux-mêmes. Alors, si vous aviez aussi des idées préconçues, vous êtes pardonné. D'ailleurs, les Cubains en ont autant sur vous... mais c'est une autre histoire.

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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