A l'origine, une danse française 

2017-07-12 17:01:27
Thais Gárciga
A l'origine, une danse française 

La Tumba Francesa fait partie intégrante de la culture populaire cubaine et de ses profondes traditions afro-cubaines.

Par Thais Gárciga

La révolution dans l’île voisine d’Haïti au XVIIIesiècle eut pour corollaire l’émigration de colons français et de leurs esclaves noirs vers Cuba. La plupart d’entre eux s’établirent dans la partie orientale du pays, notamment dans les provinces de Guantanamo et de Santiago de Cuba.

Ils amenèrent avec eux leurs coutumes et aussi leurs activités productives, qu’ils implantèrent dans cette partie de l’île, par exemple la culture du café dans les zones montagneuses, qui rapporta d’énormes bénéfices aux propriétaires fonciers créoles, espagnols et d’origine française.

D’après différentes sources, la Tumba Francesa est un mélange  de danse, de chant et de percussions qui surgit parmi les  esclaves des colons français. Dans les plantations de caféiers, à l'occasion des fêtes du saint patron, de la Saint-Jean et de Saint-Pierre, les esclaves exécutaient une danse qui recevait le nom de TumbaTumba Francesa signifie à l'origine « fête bruyante avec tambours ». Sa base musicale est la fusion des chants et danses du Congo du XVIIIesiècle, de la musique du Dahomey (Afrique occidentale) et des danses traditionnelles françaises.

La partie musicale est exécutée par un orchestre ou un ensemble d’instruments de percussion, et il en est encore ainsi de nos jours. Ces instruments furent reconstruits par les esclaves à leur arrivée à Cuba pour préserver la tradition des éléments culturels africains et leur contribution aux danses, aux toques  (tambours frappés à la main) et aux chants.

Les sociétés de Tumba Francesa, apparues dans différentes villes de l’est de Cuba, se multiplièrent après l’abolition de l’esclavage en 1886 et la migration des esclaves affranchis vers les villes, à la recherche de travail.

Suite à ce déplacement de personnes à travers l’île, chaque région adapta la Tumba Francesa aux caractéristiques de ses habitants, au point d'en faire une représentation particulière de l’héritage afro-cubain. A Baracoa, Guantanamo et Santiago de Cuba, les esclaves créèrent des confréries et des sociétés qui existent encore de nos jours.

Pour sa part, la Tumba Francesa de Bejuco, à Sagua de Tanamo, dans la province d’Holguin, surgit vers la moitié du XIXesiècle. Elle atteint son apogée à la fin du XIXe siècle et durant les deux premières décennies du XXesiècle.

Son activité diminue à partir de 1917. Les festivités se réduisent en raison du mécontentement social dû aux mauvaises conditions de vie et suite au décès d’un grand nombre de danseurs Major (les danses sont exécutées par le Mayor de Plaza).

La Tumba Francesa a disparu petit à petit à Holguín, vu l’âge avancé d’un grand nombre deses membres ou de leur décès.

Les deux autres sociétés qui existent encore sont la Société de Santa Catalina de Riccis ou Pompadour, à Guantanamo, et la Société Caridadde Oriente, à Santiago, fondée le 24 février 1862. En 2003, ces trois sociétés ont été déclarées par l'UNESCO « Chef-d’œuvre du patrimoine culturel immatériel de l’humanité ».

Les thèmes des chansons les plus anciennes se rapportaient à la femme, d’autres attaquaient avec subtilité les ennemis ou exaltaient l’amitié. La guerre d’indépendance de Cuba était également  présente dans les représentations de la Tumba Francesa. En effet, plusieurs de ses danseurs et musiciens rejoignirent les troupes mambises du général Antonio Maceo pour lutter contre les soldats espagnols en faveur de l’indépendance. Le général Maceo lui-même et d’autres insurgés comme Quintin Banderas et Guillermon Moncada figuraient au nombre des danseurs de la Société Caridad de Oriente.

Dans le classement des danses cubaines, tumba apparaît comme une danse laïque rurale qui compte différents styles : jubá, masón, cinta et fronté ou frenté. Ces dansespeuvent être interprétées aussi bien individuellement (solo) qu’en couples ou en groupes. Deux de ces styles sont encore exécutés de nos jours : le masón, parodie espiègle des danses de salon françaises, et le jubá, danse improvisée sur des rythmes de tambour frénétiques.

Au niveau de la structure, les figures principales sont : le Mayor de Plaza, qui dirige la danse ;  le composé, qui est le compositeur ou le chanteur soliste (il chante en langue créole), et la reine chanteuse, qui dirige le chœur.

La fête et la musique se nomment toque et sont directement liées à la danse, exécutée dans le style des danses de salon françaises en combinaison avec les rythmes africains.

Traduction : Alicia Beneito

Habana XXI

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