Agnès Varda de nouveau à Cuba 



Le Musée national des beaux-arts de La Havane présente une exposition avec 110 photographies de la cinéaste Agnès Varda et son documentaire « Salut les Cubains ». Un regard sur les années 60 à Cuba.

Par Sofía D. Iglesias

Accompagnée du regard de la cinéaste cubaine Sara Gómez, Agnès Varda revient à Cuba par le biais de ses œuvres avec l’exposition Varda/Cuba, dans le cadre d’un projet de collaboration entre le Musée national d’art moderne du Centre Pompidou et le Musée national des beaux-arts de Cuba. Vernie en avril dernier, Varda/Cuba ouvre ses portes au public au musée havanais jusqu’en juillet.

Les photographies et le film « Salut les Cubains » (1964, durée de trente minutes) reflètent la vie sur l’île quelques années après la victoire révolutionnaire mais constituent aussi un point de vue étranger sur cette époque d’apogée de la Révolution. La cinéaste est arrivée sur l’île caribéenne en 1962 pour y tourner un film : à cette fin, elle a recueilli de nombreux clichés qui ont donné lieu à la constitution de plusieurs séries de photos.

Varda a été frappée par la vivacité des femmes et des hommes de Cuba, tout comme par leur manière d’allier la politique à la jovialité de leur caractère. La sélection de photos et de vidéos de Varda, complétée par des documentaires d’une cinéaste cubaine reconnue, C’est dans cette perspective qu’il faut interpréter la série de photos du musicien Benny Moré, les clichés montrant un groupe de paysans aux regards pensifs, un rassemblement, une femme dansant dans la rue ou un Fidel Castro aux ailes de pierre qui le font paraître géant et proche à la fois.

Regarder ces photographies aujourd’hui, c’est reconstruire un passé qui sommeille encore parmi les générations de Français qui se sont senties attirées par Cuba suite à la révolution de 1959. Cette exposition s’avère également intéressante pour toute personne souhaitant comprendre l’histoire, l’évolution de ce pays… à partir des circonstances contemporaines.

Pour le public friand d’art engagé et profond, Varda/Cuba est une leçon, une sortie ethnographique. La salle du Musée national des beaux-arts qui accueille l’exposition présente 110 photographies qui permettent de suivre la trame narrative du documentaire de Varda.

« Salut les Cubains »

Ce film de courte durée a été projeté pour la première fois à Paris, en 1964. Sa singularité s’exprime à travers le langage novateur choisi par Varda, qui a mis en mouvement des images fixes. Par ailleurs, ce film se distingue par sa dimension féministe et par l’habileté de la cinéaste : Agnès Varda joue avec les concepts politiques pour échapper ainsi à la censure cubaine qui frappait fréquemment les créations artistiques de l’époque. Même si ses photographies ne constituent pas la facette la plus connue de cette artiste, son expertise en matière de plans, de cadrage et de montage, fait de ces clichés, qui sont à l’origine de « Salut les Cubains », des œuvres d’une grande valeur.

Varda et Cuba

Dans une interview réalisée par Karolina Ziebinska sur Cuba et son périple, Agnès Varda racontait que c’est Chris Maker qui l’avait incitée à partir à l’aventure, à la découverte de Cuba, après lui avoir présenté son film « Cuba si ». Elle ajoutait aussi qu’à l’époque, la révolution cubaine soulevait l’enthousiasme chez les Français. « Che Guevara et Fidel Castro représentaient l’espoir et la démocratie. (…) Les choses changeaient, je trouvais leur idéalisme particulièrement beau. » à Cuba, la réalisatrice française avait fait la connaissance de cinéastes, d’artistes, d’écrivains, mais aussi de personnes moins connues, à la campagne comme en ville, ce qui l’a conduit à brosser un portrait assez fidèle de la réalité de l’époque.

Agnès Varda a influencé de nombreux Cubains qui deviendraient par la suite des personnalités du cinéma national, comme Sara Gómez, qui avait pris part à la réalisation de « Salut les Cubains ». A l’avant-garde en matière esthétique, Sara Gómez est l’auteure d’une œuvre dont la portée ethnographique et anthropologique est remarquable. Son œuvre ne vieillit pas, et comme celle de Varda, elle semble révéler de nouvelles réalités dans la conjoncture actuelle.

C’est justement cette syntonie entre Agnès Varda et Sara Gómez qui fait de cette exposition un dialogue entre deux créatrices. Un dialogue qui n’est autre, en fin de compte, qu’un dialogue entre Cuba et la France.

Traduction : F. Lamarque