ALBA : ou les tenants d’un projet altermondialiste d’États

2012-08-27 22:52:20
Bertrand Vannière
ALBA : ou les tenants d’un projet altermondialiste d’États

Une nouvelle Amérique Latine dans un projet bolivarien

Autrefois région dictatoriale devenue unité socialiste quasi unique au monde, l’Amérique Latine s’est avant tout transformée en deuxième pôle de croissance mondiale après l’Asie.

C’est ensuite la seule région ayant résisté à la crise mondiale de 2008 grâce à une consolidation des fondamentaux économiques socialistes qui l’ont précédée et enfin cette région est un véritable continent devenu « de tradition démocratique ».

Dénucléarisé, exempt du terrorisme mondial, l’endroit semble enfin « prévisible », et par conséquent très utile dans une démarche économique et sociale de long terme.

En outre, et alors que le monde fait face à une pénurie généralisée de matières premières et d’énergie, la région et ces pays qui veulent se regrouper en sont excédentaires…

La création de l’ALBA

De confession politique devenue commune au début de ce siècle, certains pays eurent l’ambition de se regrouper en une communauté d’intérêts collectifs : l’ALBA, ou alliance bolivarienne pour les Peuples de l’Amérique. Cette idée fut évoquée pour la première fois par le président Hugo Chavez en 2001.

L’idée de départ était certainement de tirer partie des matières premières sans en être dépendant, de bâtir des économies concurrentielles, et de réduire, mieux, de résoudre les inégalités.

L’ambition était alors certainement de modifier le statut de l’Amérique Latine et de la Caraïbe, d’une grande période compassionnelle pour les dictatures en un pôle économique, politique et social orienté vers le socialisme et forcément éloigné des Etats Unis d’Amérique.

Cuba se devait de l’intégrer, nation historiquement installée dans cette catégorie.

L’ALBA TCP (pour Traité de Commerce des Peuples), née le 14 décembre 2004 par un accord entre Cuba et le Venezuela regroupe ainsi aujourd’hui 8 états et devient un espace géopolitique, économique, social, culturel et idéologique en construction, selon les termes mêmes du président Chavez.

Ce sont les deux pays d’origine, la Bolivie (2006), le Nicaragua (2007), la Dominique (2008), le Honduras (retiré un an après son adhésion en 2008 suite au coup d’état contre le gouvernement de Manuel ZELAYA), l’Equateur, Antigua et Barbuda et Saint Vincent les Grenadines en 2009.

Une première finalisation du projet commercial eut lieu le 27 avril 2011 par la création de la Communauté des Etats Latino-américains et des Caraïbes. On pourrait retenir uniquement le leitmotiv suivant pour définir la volonté politique de ses membres : le libre échange non, le commerce juste oui.

Des ambitions au-delà de l’économie

Oui, l’ambition est économique puisque ce sont les économies les plus faibles qui mériteraient le traitement solidaire le plus fort selon l’ALBA.

Mais la volonté des dirigeants de ces pays qu’on pourrait croire vouloir faire sécession au milieu de l’économie devenue mondiale ne se limite pas à ces seules ambitions ou à la résolution des problèmes douaniers : les conflits mondiaux (dont la nouvelle guerre de Lybie), le Climat et plus généralement la société sont des sujets tout aussi d’actualité.

Aujourd’hui, certains spécialistes mondiaux considèrent même cette jeune organisation comme le fer de lance de l’expérience d’intégration mêlant la Justice, la Coopération internationale et la Solidarité mondiale.

L’écologie n’est pas en reste, l’idée générale étant que la nature dispose de droits tout autant que l’être humain. « Guan Vivi », ou l’art de bien vivre selon les peuples originels de l’Amérique Latine. Serait-ce une utopie, là où 40% de la biodiversité mondiale est présente ?

Une thérapie holistique ?

Idéalement, l’ALBA-TCP se présente comme une zone de partage et d’échange pour faire face à la crise.

 

La volonté des gouvernants-membres est de créer des entreprises qui garantiront l’accès de biens aux peuples des pays concernés, et non plus destinés à la fantaisie d’utilisation des peuples d’autres latitudes.

On souhaite la mise en place réelle d’une communauté de peuples, préoccupés  les uns des autres et liés par une véritable coopération.  Au-delà de leur mission d’élus, les gouvernements se présentent même comme des instruments à la disposition des populations.

Le principe est de se dire que l’organisation régionale souhaitée se fera à partir des communautés de base.

Coopératives, Mouvements sociaux, base démographique… l’ambition est de passer de la verticalité et de l’imposition à l’horizontalité et à la participation.

Tout individu doit devenir un responsable de projet. Pour cela, l’idée d’identité des peuples impliqués est indispensable. Les gouvernants membres sont persuadés que le néolibéralisme subit une crise structurelle sans précédent et que seule une alternative d’envergure pourra permettre de retrouver confiance. On parle alors de diplomatie des peuples, selon ces gouvernements qui s’autoproclament progressistes.

Devenir des pays émergents différents

Les idées sont belles, mais le risque est grand.

En effet, que penser des 400 millions de chinois, tout juste sortis de l’extrême pauvreté, mais ne pouvant plus vivre de ce qu’ils produisent, juste bons à consommer des protéines végétales et animales importées ?

Les exemples d’une émergence expéditive, d’une urbanisation galopante sont partout dans un monde volatile et aux transitions si rapides.

La lecture de l’œuvre d’Eric Hobsbawm, historien britannique, « L’Age des extrêmes. Le court XXe siècle, 1914-1991 » nous le rappelle : le monde est devenu un ovni…

Les idées de fonctionnement et d’organisation

C’est le Venezuela qui donna certainement le « la » …

Dès 1990, des plans d’intégration structurelle furent mis en place et liés à l’ouverture aux investissements étrangers ; des accords bilatéraux permettant la construction d’infrastructures indispensables (oléoduc, gazoduc, électricité) lièrent à long terme les pays de l’ALBA, principalement Cuba et le Venezuela.

Par la suite, l’organisation interne de l’ALBA – TCP s’oriente ou s’orientera vers de nouvelles articulations entre finance et production afin d’assurer à chaque habitant un véritable salaire, une retraite, une vie de famille.

Les partenariats mondiaux

L’Europe, peut-être en souvenir d’une origine semblable se devait de ne pas manquer une part particulière de relations avec cette organisation naissante.

D’abord en termes d’investissements, aussi pour les raisons économiques de croissance précédemment évoquées.  Ensuite car la région manque cruellement de formation et d’investissements ; elle doit faire face à des inégalités, qu’une cohésion sociale au-delà des vertus du néo-libéralisme pourrait reconstruire.

Si en mai dernier, l’Institut des Amériques organisa une manifestation d’envergure à Paris, c’est certainement car le projet reste intéressant et unique.  Des intervenants de qualité s’étaient, pour la cause, déplacés, dont certains présidents de banques nationales, des ministres et de nombreux professeurs émérites.

Création de la Banque

Au même rythme de création que fut l’Europe (ou plutôt la CECA), la communauté de l’ALBA-TCP a mis en place une banque « virtuelle » où se gère une monnaie commune, le « SUCRE ».

Une carte d’échanges virtuels entre les banques centrales des pays concernés a été décidée.

Le résultat escompté est d’économiser des devises, donc des dollars.

En effet, obtenir des dollars sur le marché mondial nécessite le paiement d’intérêts et par conséquent va réduire les salaires puisque la part de monnaie dans le prix du produit en sera d’autant plus augmentée.

Ainsi, en maintenant en interne les échanges de devises, hors dollars mais en SUCRE, on devrait obtenir plus de flexibilité dans la politique budgétaire et ainsi permettre de conserver la souveraineté nationale de chaque état.

Car la souveraineté nationale sur un continent quasi pro-USA reste un objectif à tenir et maintenir…

Ainsi, la Bolivie, Cuba, l’Equateur, le Nicaragua et le Venezuela ont décidé la mise en place de transaction entre leurs banques respectives par cette monnaie virtuelle. (1Sucre correspondant à 1.25 USD).

Des obstacles persistants

Hélas, la certaine utopie des projets face à une mondialisation assurément dominée par les USA et les pays historiquement industrialisés semble avoir maintenu la situation dans une idéalisation parfois loin de la réalité…

Tout d’abord le financement des dépenses publiques par la vente des matières premières, alors même que l’idée de départ était de ne pas en être dépendant.  Par exemple 94% des exportations du Venezuela sont pétrolières.

Ensuite, le maintien en première ligne économique de l’ennemi politique US puisque les Etats Unis d’Amérique  restent récipiendaires  de 80% des expéditions de la zone concernée et enfin une intégrité politique basée sur un certain néonationalisme, une gouvernance hiérarchique et une diplomatie pétrolière impliquant des accords subventionnés d’importation, avec Cuba principalement.

Enfin sur le plan politique, les méthodes peuvent paraitre parfois empressées et orientées. Car même si ce fut par référendum (L'amendement proposé a été accepté le 15 février 2009 par près de 55 % des suffrages exprimés. Le taux de participation a été d'environ 70 %), l’annulation de la limite constitutionnelle à deux mandats pour le président, les gouverneurs, les maires et les députés du Venezuela n’est pas vraiment dans les fondements d’une démocratie.

Concernant la commercialisation régionale en Sucre, le principal obstacle a sa crédibilité reste la faible part de commerce intra pays dans l’ALBA puisqu’elle est de moins de 5% (pour rappel, la réussite économique de l’ECU résidait inversement dans l’importance des échanges au sein de l’Europe).

Pour conclure, la région pourrait devenir celle d’une diplomatie de conflit, un véritable oxymore dans un monde interdépendant.

Conclusion

Les intentions sont ambitieuses et les idées belles.

34 projets généraux et d’envergure sont sur la table des propositions de l’ALBA et représentent réellement des idées économiques, sociales ou écologiques très novatrices…

Parmi ces projets déjà en fonctionnement, on peut citer : TELESUR, une chaine de télévision régionale, le câble sous-marin pour les transmissions de données à haut débit (Internet entre autres) entre Venezuela et Cuba (chantier français, la plus grande raffinerie de pétrole de la région à Cienfuegos (Cuba) .. ;

Dans un monde où chacun cherche sa place en ayant toujours l’impression que celle de l’autre est meilleure, l’ALBA apparait véritablement comme une bouée de sauvetage d’un monde économique outrancier.

Toutefois, ce socialisme contemporain à la polarisation idéologique, s’il peut devenir une réponse au néolibéralisme, devra immanquablement faire face aux jeux des marchés avec l’émergence des pays comme le Brésil ou la Chine, loin de se placer en tête du capitalisme mondial.

Et puis la diplomatie du conflit politique (précédemment évoquée) entre impérialisme et socialisme (principalement chez les pays membres comme la Bolivie ou le Venezuela) pourraient devenir un véritable risque d’instabilité dans la région, et ce même si de nouveaux gouvernements, le Pérou en mai dernier, rejoignent les mêmes idéaux.

Cuba Autrement

« Cuba Autrement » est ce qu’on appelle dans le jargon un « réceptif », un spécialiste de la destination représenté à Cuba, en France et au Canada. Installés à La Havane depuis 1996, nous bénéficions d’un contrat d’association avec différentes agence réceptives locales, ce qui nous a permis de développer une toute une gamme de produits qui nous sont propres. Nos nombreux voyages à thèmes permettent la découverte de Cuba… Autrement, d’un point de vue avant tout culturel. Cuba « Autrement » s’attache principalement à faire découvrir une société hors du commun, un pays qui nage à contre-courant d’une mondialisation annoncée, pour le meilleur et pour le pire.

Cuba et les cubains constituent une expérience extraordinaire, un cas unique qui peut se vanter de certains succès, sans oublier néanmoins ses erreurs, et qui relativise notre perception de la société actuelle. L'éducation, la discipline, la gentillesse, mais aussi le caractère nonchalant, la façon de vivre en priorité le moment présent, et le tout sous un climat tropical, façonnent l'ambiance qui retiendra l'attention du visiteur intéressé par la découverte culturelle.

Page web: http://www.cubaautrement.com/

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