Allo maman ? Ici à Cuba


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Par F. Lamarque

Si j'ai rencontré quelques personnes rassurantes, la plupart des Cubains m'ont conseillé de m'arranger pour accoucher au González Coro, la maternité la plus réputée de La Havane, faute de me retrouver dans un établissement insalubre (dans mon quartier) ou de verser un pot-de-vin au docteur « pour que tout se passe bien… »

Je n'ai écouté personne, peut-être parce que je suis optimiste ou parce que je savais que Cuba est l'un des meilleurs élèves de l'OMS, que ce pays est régulièrement classé par l'ONG Save the Children parmi les meilleurs d'Amérique latine pour être mère et que la mortalité infantile y est de quatre pour mille naissances.

Le secret, c'est sans doute le suivi médical totalement gratuit… et assez contraignant. Le premier rendez-vous important chez le médecin généraliste intervient à la huitième semaine d'aménorrhée, pour faire le point; les consultations se succéderont tous les quinze jours avec le gynéco-obstétricien.

Comme toute femme enceinte, j'ai également dû consulter un dentiste, un généticien, un nutritionniste, un psychologue et même une assistante sociale ! Sans compter les analyses de sang et d'urine, des frottis et des échographies chaque trimestre. Et si une future maman se montre récalcitrante, l'infirmière du cabinet médical se charge de la convaincre et de l'accompagner jusqu'au laboratoire.

Outre les vitamines prénatales délivrées par le généraliste, j'ai reçu à partir de la quatorzième semaine de grossesse de la viande de bœuf et du lait à prix très subventionné grâce à la libreta, le carnet d'approvisionnement. Autres avantages : on me cédait toujours une place dans les bus et je n'ai plus eu à faire la queue à la banque ; les femmes enceintes sont choyées et on les appelle affectueusement barrigona (gros ventre).

Ce que j'ai surtout apprécié, c'est la formation d'une semaine que j'ai suivie avec le futur papa à la maternité et qui portait sur le protocole d'accouchement, l'allaitement (très fortement encouragé) et les aspects psychologiques : une préparation rassurante qui a permis au père de s'impliquer davantage et de m'accompagner pendant l'accouchement.

Trente-quatrième semaine : mauvaise nouvelle, j'ai développé le diabète gestationnel. Je suis aussitôt hospitalisée afin d'en contrôler l'évolution. Pourrai-je rentrer chez moi avant l'accouchement ? Réponse cinglante du médecin : « Je ne sais pas comment c'est dans ton pays, mais ici, on prend soin des femmes enceintes, alors quand tu partiras, ça sera avec ton enfant dans les bras. »

Si le suivi médical est assez lourd, l'accouchement à Cuba est vu comme quelque chose de naturel, y compris pour la douleur : pas de péridurale « pour éviter des complications », je suis avertie. On reçoit en revanche de l'ocytocine et l'épisiotomie est courante mais pas systématique.

Trente-huitième semaine : naissance de bébé, dans la douleur donc, dans le bonheur évidemment… entourée de médecins, sages-femmes et infirmiers boute-en-train ! Après quelques heures avec bébé et une première tétée, direction la chambre.

Si la salle d’accouchement était impeccable, on est ici moins regardant sur l'hygiène… Je partage la chambre avec deux autres mamans, accompagnés des grands-mères la nuit et de toute leur famille pendant la visite en journée : intimité zéro, même pendant le passage du médecin ! Les grands-mères semblent s'investir bien plus que les pères (le plus souvent en retrait) et même parfois davantage que les mamans, surtout pour les plus jeunes. Leur soutien est inébranlable, même s'il faut passer la nuit sur une chaise à la maternité.

Trois jours plus tard, retour à la maison, enfin ! Ceux qui viennent voir bébé apportent en cadeau… des couches jetables et des lingettes ! En effet, ces articles, chers pour les Cubains, ne sont pas inclus dans la layette subventionnée par l'État, qui comprend des langes, des couches en tissu, des biberons et un nécessaire à toilette.

C'est parti pour un an avec mon bébé grâce au congé maternité qui est récemment passé de douze à quinze mois pour encourager la fécondité (1,72 enfant par femme en 20151) dans un pays durement frappé par le vieillissement démographique. Quant à moi, je suis partante pour un deuxième… à Cuba bien sûr.