Ars Longa (1/2)

2012-10-10 03:55:36
Ars Longa (1/2)

Publié dans Opus Habana, septembre 2004

L'ensemble de musique ancienne Ars Longa constitue l'exemple parfait de la diversité musicale à Cuba. Sa directrice, Teresa Paz, nous explique comment a évolué ce groupe singulier durant la dernière décennie.

Comment expliquez-vous le succès croissant de Ars Longa durant ces dix dernières années ?

Tous les groupes musicaux évoluent. Certains se spécialisent dans un répertoire précis et s'en tienne pour le reste de leur existence. Mais beaucoup de musiciens craignent de stagner dans cet état de monotonie.

Ars longua, peut être le seul de son genre à Cuba, a toujours été un groupe aux styles très diversifiés. Des musiques médiévales à celles de la Renaissance, des rythmes européens à ceux des Caraïbes, la créativité du groupe semble inépuisable.

L'absence d'une spécialisation en musique ancienne dans les conservatoires cubains oblige les musiciens à apprendre par eux-mêmes. Ils étudient les œuvres, ils entrent en contact avec les professionnels du monde de la musique ancienne. L'intérêt pour ce style de musique apparaît lors de concerts entre aficionados.  

La naissance de Ars longua a alors été possible grâce au soutien de Eusebio Leal, historien, qui aida à l'acquisition d'instruments d'époque et expliqua aux membres du groupe les prémisses de cette musique.

À ses débuts, Ars longa était très porté vers l'art théâtrale. Ce n'est qu'après que le groupe a abandonné le visuel pour se tourner principalement vers la musique. Comment expliquez-vous cette évolution?

C'est vrai que nous avons eu une expression artistique très théâtrale au début. Par la suite, j'ai senti que le théâtre prenait trop d'importance et j'ai donc décidé de valoriser davantage la musique. Ceci nous a amené à inventer d'autres moyens d'expression. Nous avons même inséré de la danse à la suite de répétitions  avec une spécialiste du ballet nationale : la professeur Adria Velásquez.

Nous prenons tous les éléments qui peuvent enrichir notre atmosphère musicale mais nous ne sommes pas un groupe de théâtre. Quand des artistes donnent la priorité à la musique, ils doivent s'y consacrer prioritairement pour exceller. Nous avons le devoir de prendre soin de notre image à travers nos costumes ou la mise en scène de nos spectacles.

Comment le groupe a-t-il relié la musique et l'interprétation, en particulier dans l'œuvre du musicien cubain Esteban Salas?

Dès le début, nous avons entretenu une relation très étroite avec la musicologue Miriam Escudero. Celle-ci a réalisé des études très intéressantes sur la musique baroque cubaine du  XVIIIème siècle. Elle travaille sur les partitions, les retranscrit et nous les interprétons. Ces échanges conduisent au choix et à l'enregistrement de musiques conformes aux normes d'époque.

Nous avons ainsi enregistré la collection Música Sacra de Cuba, siglo XVIII (Musique Sacrée de Cuba, XVIIIème siècle) en suivant les thèmes abordés par Esteban Salas : chants de Noël et de la Nativité, répertoire marial, œuvres de la semaine sainte et de la Toussaint.

Opus Habana

Dédiée au patrimoine historico-artistique depuis 1995, « Opus Habana » est la revue institutionnelle de la Oficina del Historiador (Bureau de l’Historien) de La Havane, acteur principal du chantier de restauration de la Vieille Havane, déclarée Patrimoine de l’Humanité en 1982 par l’UNESCO. A caractère quadrimestriel et avec un tirage de 3000 exemplaires, « Opus Habana » est dirigée par Eusebio Leal Spengler, l’Historien de La Havane en personne. Alors que la tendance était à l’économie et la survie dans les années 1990, Eusebio Leal Spengler a su tirer partie des difficultés du pays et obtenir de Fidel Castro une certaine autonomie qui, conjuguée à un extrême talent, lui a permis de transformer la Oficina del Historiador en une véritable entreprise: hôtels, restaurants, boutiques, musées, chantiers de restauration voire de construction etc. « Opus Habana », comme l’Historien, se consacre donc au patrimoine culturel, et en particulier à la réhabilitation de la Vieille Havane. La revue rassemble des intellectuels de prestige, architectes, historiens, sociologues, écologues etc. qui collaborent régulièrement à sa publication, tant dans sa version papier que dans sa version numérique. « Opus Habana » est aujourd’hui une référence, consultée par un public national et étranger. En outre, la présence notable d’artistes plastiques de renommée, notamment en raison de leur contribution aux couvertures et différentes illustrations, en fait également une référence incontournable de l’actualité dynamique et hétérogène des arts plastiques cubains.

Page web : http://www.opushabana.cu/

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