Ateliers des chaussons de ballet à Camagüey

2018-01-04 20:05:24
Orquidea Guevara
Ateliers des chaussons de ballet à Camagüey

Camagüey est la seule province cubaine qui produit des chaussons à pointe dans l’un des ateliers inaugurés par le maître de ballet Fernando Alonso.


Lorsque le Ballet de Camagüey entre en scène, il brille par son expertise, ses figures, ses vêtements, voire par ses chaussons.

À chaque représentation, les fans du Ballet de Camagüey remplissent le théâtre principal de la ville. Depuis leurs loges, ils se laissent séduire par la magie de la danse, le jeu de lumières, la mise en scène et la scénographie. Mais ils ne peuvent pas se faire une idée des efforts et de la créativité qui sous-tendent chaque spectacle.

Les ateliers des chaussons, costumes et scénographie sont autant d’héritages laissés par le maître Fernando Alonso — un des fondateurs de l’École cubaine de ballet — qui a dirigé pendant dix-sept ans le Ballet de Camagüey, insufflé à la troupe rigueur technique et rehaussé son prestige aux niveaux national et international.

Ces ateliers ont vu le jour dans les années 1970 pour remédier aux pénuries matérielles et baisser les coûts de production de l’institution.

C’est le seul endroit à Cuba où l’on fabrique des chaussons à pointe et à demi-pointe, ainsi que des chaussures pour les « personnages de caractère » (similaires à celles portées par le roi français Louis XIV).

Les personnels peuvent fabriquer jusqu’à trente paires de chaussons par jour, dans un modeste local où travaillent seulement trois personnes, avec des machines à coudre Singer et quelques-unes plus modernes, données par des associations d’amitié avec Cuba.

Les chaussons sont totalement fabriqués à la main, un travail ardu qui comprend plusieurs phases.

Tout d’abord, l’une des ouvrières coupe le patron, le dessine sur un morceau de tissu et le découpe manuellement. Ensuite, c’est le tour de la couturière qui s’occupera de monter, d’assembler et de coudre les différentes pièces.

Une fois monté, le chausson est confié au chausseur qui se charge des finitions ; il place alors le chausson dans un embauchoir en plastique pour lui donner la forme du pied.

Les semelles, en cuir, sont collées et cousues à la main ; le séchage de chaque chausson peut prendre à peu près une semaine.

Mais le point cardinal, c’est la fabrication des bouts, faits de matériaux différents, selon une formule dont le secret, comme cela se passe dans le reste du monde, est bien gardé par les fabricants.

Gelcy Hernández, spécialiste en promotion et communication du Ballet de Camagüey, signale : « Les chaussons ne sont peut-être pas aussi beaux que ceux de marque. Ils ne sont même pas de satin, mais c’est l’option retenue pour doter les danseuses des chaussons à pointe, dont le coût peut osciller entre 50 et 300 dollars sur le marché international. »

Selon elle, le coût des chaussons fabriqués par le Ballet de Camagüey est de 6 CUC, tout en précisant que ce n’était pas là le plus important. L’essentiel, c’est d’en assurer la livraison gratuite et systématique aux membres de la compagnie.

La fabrication artisanale et personnalisée des chaussons garantit une meilleure adaptabilité aux caractéristiques des pieds des danseurs, ce qui favorise la liberté des mouvements et l’adresse sur la scène.

Parmi les innovations du Ballet de Camagüey, on peut citer les ateliers des costumes, où se déroule l’ensemble du processus de production, voire pour des pièces classiques comme le Lac des cygnes, Giselle et autres qui requièrent plus de cent costumes.

La première lecture est une phase très importante à laquelle participent le dessinateur, le chorégraphe, la directrice, la chef du département Couture, le producteur et le régisseur, pour choisir les tissus et les accessoires à utiliser en fonction du costume concerné, selon les disponibilités des magasins du Ballet de Camagüey.

C’est alors qu’interviennent les trois ou quatre couturières qui font de leur mieux pour matérialiser le rêve du dessinateur, et ce à partir de ressources limitées et en très peu de temps. L'une d’entre elles découpe manuellement les pièces, alors que les autres se chargent de les façonner.

La manufacture des accessoires fait l’admiration de tous ceux qui visitent ce site. Les bonnets et les chapeaux, entre autres, voire les ornements des costumes, confirment une fois de plus que l’imagination de l’homme ne connaît pas de limites.

 Traduction : Fernández-Reyes

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

Sur le même thème