Avec Elaine Vilar Madruga, écrivain



Par P. Del Castillo

Vingt-huit ans et déjà vingt-cinq livres, une somme à faire rêver plus d'un écrivain. Dramaturge, poète et romancière, Elaine Vilar est publiée à Cuba, en Espagne ou aux Etats-Unis, ses textes ont été traduits en croate et même en coréen… « Une publication en français est en préparation » me confie la jeune Havanaise. Si elle cumule les prix — l'année dernière encore, elle recevait le Casa de Teatro pour sa pièce Obediencia —, Elaine Vilar a le succès modeste et le tutoiement facile. C'est autour d'un verre de crema de vie, une boisson typiquement cubaine, que se déroulera l'entretien.

Comment présenterais-tu ton œuvre ? En termes de genre, style, public…

Quand j'écris, j'essaie d'aborder l'œuvre en tant que totalité créative plutôt que comme fragment d'un genre. Selon les définitions des genres littéraires, je produis de la littérature jeunesse, du théâtre, de la poésie, j'explore toute une diversité d'univers imaginaires, j'écris des romans et des contes réalistes, un peu de critique à l'occasion. Mes œuvres sont ouvertes à tous les publics, cela dépend évidemment de chaque livre particulier. C'est la passion et une vocation qui sont à l'origine de mon œuvre : celle-ci fait partie intégrante de l'être humain que je suis.

On retrouve dans tes textes des thèmes comme l'anthropologie, la religion, l'art ou des problématiques contemporaines comme l'écologie ou l'intelligence artificielle. En quoi l'angle d'attaque de la littérature fantastique est-il intéressant ?

Ce sont des thématiques universelles, je les aborde dans ma littérature fantastique mais aussi dans d'autres facettes de mon œuvre plus proches du réalisme. L'universalité de ces questions — et leur présence dans le monde — fait qu'elles s'imposent à mon œuvre, lui donnent du mouvement, une dynamique, la rendent plurielle. Même si chacun de ces sujets couvre une partie distincte de mon spectre créatif, il s'agit sans doute des axes, des colonnes vertébrales qui structurent le sens de mon écriture actuelle. Peut-être changeront-ils à l'avenir. Pour l'instant, en tout cas, ces questions sont au cœur des regards divers que je porte sur le monde dans mes livres, que je conçois comme autant de témoignages.

À quoi ressemble une journée de travail d'Elaine Vilar ?

À quelque chose de long. Cela commence le matin avec un bon café. J'ouvre ensuite ma boîte mail, je réponds à des courriels, je donne à mon corps le temps de s'éveiller. Une fois prête à écrire, je me mets au travail pour trois ou quatre heures généralement. Après une brève pause, je me relance dans un travail de création, de relecture, d'édition. Je consacre parfois cette deuxième séance à la lecture ou à un travail de recherche. Je termine à 17 heures, parfois épuisée mais toujours heureuse. Je crois en la discipline, elle me réussit. Je me fixe des objectifs de travail : un certain nombre de pages par jour par exemple, pour un récit, ou plusieurs scènes quand il s'agit de théâtre. Pour la poésie, c'est différent. On ne saurait lui imposer un tel joug, la poésie est indomptable. Elle a son rythme singulier, ses moments.

La visibilité sur internet est-elle importante pour un écrivain de notre temps ?

C'est très important. Le monde, qui s'est agrandi et réduit simultanément, est devenu un immense village global qui vit et qui respire sur la toile. La visibilité d'un écrivain et de son œuvre sur le net est indispensable, chaque jour davantage.

Quelles sont tes perspectives littéraires ?

Aucun horizon ne se dresse face à mon écriture. Je déteste m’imposer cela. Ce qui m'intéresse, que ce soit dans la littérature où dans ma vie personnelle, c'est de créer, ne pas être une créature immobile, éviter le conformisme et les utopies mortifères. Mon grand horizon est de vivre mon écriture, vivre ma littérature ; ce n'est pas qu'une vocation, c'est quelque chose qui structure mon existence.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu'un qui voudrait se lancer dans l'écriture ?

Ces conseils sont simples et tout écrivain, jeune ou pas, le sait au plus profond de lui-même, il le ressent dans la peau. Il sait qu'il n'a besoin de personne pour le conduire à une révélation : ce savoir est déjà dans la conscience de tout créateur. Écrire et lire. Mais ne pas vivre la littérature pour les lauriers, pour la gloire, pour être roi de ce monde. La couronne du créateur est différente, elle brille ailleurs et illumine l'être humain pour le mener, pas à pas, vers l'évolution.