Baracoa : le début et la fin de Cuba

2017-08-23 16:04:21
Olivia Ameneiros
Baracoa : le début et la fin de Cuba

Les traditions, la culture et les légendes font l’attrait de cette région de l’est de Cuba.

 Pour visiter Baracoa, dans l’est du pays caribéen, il faut vouloir y aller : on n’y passe pas pour aller ailleurs, Baracoa est presque au bout de tout. Ou au début, c’est selon. Découvrir la ville des paysages, c’est faire la connaissance d’une facette de Cuba différente.

La route « la Farola », qui mène à la ville en serpentant sur les montagnes, avec ses onze ponts suspendus et ses passages au-dessus des 600 mètres d’altitude, prouve, à elle seule, qu’on ne se rend pas à Baracoa par hasard. Et on ne le regrette pas. Le détour est largement justifié.

D’origine arawak, le mot Baracoa signifie existence de la mer. Baptisée « Nuestra Señora de la Asunción de Baracoa », la ville a été la première capitale des Cubains. C’est la seule des sept villes bénéficiant du titre de « villa » dont l’emplacement n’a pas changé depuis sa fondation.

On peut toujours observer la croix de Parra, la plus ancienne relique abritée par la paroisse de Nuestra Señora de la Asunción de Baracoa ; elle remonte aux premières années de la colonie espagnole.

La forteresse Matachin, la troisième plus importante du pays derrière La Havane et Santiago de Cuba, constitue également une visite obligée.

Baracoa est aussi nommée la ville des montagnes. El Yunque, un massif au relief très particulier, invite le randonneur à arpenter ses sentiers sinueux et rocailleux. Au sommet, un magnifique panorama et un buste d’Antonio Maceo, héros des luttes indépendantistes.

Il faut encore évoquer ses rivières rafraîchissantes où le visiteur pourra se détendre, non seulement en raison du cours calme et de l’eau transparente, mais aussi en raison du caractère des habitants des environs.

Baracoa est la terre du cacao, des cornets (en feuille de bananier) de coco, des fritures de petetí (un poisson local), des danses traditionnelles comme le kiribá et le nengón.

C’est une ville aux rues étroites, aux maisons anciennes d’une rare beauté, traditionnellement en bois. Pour de nombreux touristes, Baracoa, c’est aussi la Casa de la Trova et ses commerces qui rêvent d’être cosmopolites.

La ville alimente par ailleurs des histoires fabuleuses… De magie, de sorcellerie, des histoires qui se racontent de génération en génération comme la légende de la rivière Miel. Ce récit raconte comment la transgression d’un interdit, l’amour consommé entre Daniela, âgée de quinze ans, et le jeune Alejandro de Baracoa, au bord de la rivière, a donne lieu au dicton : « Si te bañas en el río Miel, te quedas o vuelves », soit : « Si tu te baignes dans la rivière Miel, tu restes ou tu reviens. »

Il y a aussi l’histoire de la malédiction du « Pelú » (le poilu), qui vit encore — sous forme de statue métallique — dans l’avenue la plus fréquentée de la ville. Les habitants le décrivent comme un cinquantenaire à la barbe frisée et au pantalon retroussé. En raison de sa dégaine, l’homme fut maltraité, lapidé et on lui coupa même les cheveux. C’est alors qu’il maudit Baracoa et ses habitants et leur promit la soif et la faim. Ces prédictions ne se sont jamais réalisées, même après le passage des terribles cyclones, mais la sculpture de ce personnage salue les passants et certains lui prennent la main pour se prendre en photo et faire un vœu.

Au-delà de l’imaginaire populaire et des légendes urbaines, Baracoa est réellement une ville pionnière. C’est précisément dans ce lieu reculé du territoire cubain qu’ont eu lieu les deux premiers mariages sur l’île : celui de Diego Velázquez avec Isabel Coellar et celui, non moins célèbre, entre Hernán Cortés et Catalina Juárez.

Cependant, le plus grand trésor de Baracoa, ce sont ses habitants, issus du métissage des anciennes civilisations et des mutations modernes. Il y a ceux qui racontent avec fierté les légendes les plus étranges en parcourant la ville avec un curieux, ceux qui vous expliquent comment on élabore un bon cornet de coco au miel ou à la goyave, ceux qui vous montrent les cosses de cacao pendant la randonnée du Yunque et enfin ceux qui vous apprennent les pas de base du kiribá.

Baracoa est au début de tout. Ou à la fin, c’est selon. Quoi qu’il en soit, Baracoa mérite une visite.

Traduction : F. Lamarque

Habana XXI

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