Bimbos, érotisme entre fiction et réalité

2018-06-20 08:16:07
Stéphane Ferrux
Bimbos, érotisme entre fiction et réalité

« Sea, sex & sun », le vieux refrain de Gainsbourg résume (toujours) quelque part l’idée qu’on se fait de Cuba. Et pourtant, en matière de comportements, l’Ile caliente fait surtout office d’attardé virtuelo-sexuel.

Dans le cadre du Festival vidéo On/off, l’occasion a été donnée de débattre entre français et cubains sur la façon qu’a chacun d’aborder, de consommer, de diffuser le porno. Entre virtualité et réalité, frustration et transgression, le porno véhicule des images souvent erronées qui façonnent l’imaginaire collectif. A Cuba, le retard de Internet reculera encore pendant quelque temps une virtualité débridée au profit d’une réalité plus naturelle. 

Guillaume de Sardes qui cite en référence de Sade est un littéraire avant d’être un vidéaste. Car même si le cher marquis fut le premier à élever à l’écriture stylée les représentations du sexe les plus crues, Sardes, lui, reprend l’idée que le plus dur pour écrire une scène de sexe en tant qu’artiste ou écrivain est de ne pas tomber dans la métaphore insinuante ou à l’opposé, dans le franc-parlé descriptif. Il ne faut pas écrire comme on rêve la scène sinon comme on la vit. Un concept intellectualisé très français et hélas peu représentatif, de la rare haute gastronomie en marge d’une grosse bouffe généralisée.

Sa vidéo « Bimbos » entend présenter un symbole vivant des néo-rêves dans une société bombardée par le film, qu’il soit érotique ou plus souvent porno. Les Bimbos crèvent l’écran passant du virtuel à l’objet sexuel bien réel. À l’image de la parfaite plastique de leur corps, comme dans les scènes des porno-chics, elles accompagnent au hasard dans la vraie vie ceux qui sont fières d’exhiber ces objets fantasmés que tout le monde connaît, mais qu’on ne voit normalement qu’à travers des sites Internets et autres canaux vidéos spécialisés.

Quel pourrait-être le message de ces Bimbos, incarnation du désir sexuel, poupées siliconées, se revendiquant nuls en maths et expertes en bling-bling? Un témoignage d’une société qui cherche à renouer avec la transgression peut-être.

Car à faire tomber la plupart des interdits concernant les choses du sexe, depuis Sade, depuis 1968, depuis l’apparition de la VHS et puis de Internet mettant à la portée de tous et maintenant de toutes les scènes les plus obscènes, les plus érotiques, les plus... tous ce qu’on veut, on a aussi fait disparaître les transgressions. Hors l’érotisme a avoir avec la transgression selon Georges Bataille. Si tout est permis, il n’y a plus de plaisir! Et oui, car le plaisir vient de la transgression et la transgression, des tabous. Alors vive les tabous!... conclura Guillaume de Sardes lors de la première présentation à La Havane de Bimbos.

Alors en quoi les Bimbos sont-elles transgressives? Peut-être parce qu’elles existent dans la réalité, qu’elles veulent s’intégrer publiquement à la société, qu’elles apparaissent au hasard dans le quotidien de monsieur tout-le-monde avec un ton légèrement provocateur.

Pourtant à en croire les statistiques, le grand public (hors Cuba) a dépassé cette transgression que véhiculaient les films exhibant des professionnels du porno, quelque part aujourd’hui autorisés et donc acceptés par la société. Ainsi les Bimbos directement issues de cet univers porno ne seraient pas si scandaleuses. En fait le public a trouvé une nouvelle forme de transgression bien plus efficace. À l’image du 2.0 et la forme participative imposée par Internet, le public se transforme en acteur. Sur les vidéos amateurs, pas d’acteurs super dotés qui feignent des orgasmes pendant vingts minutes, mais une véritable intimité dévoilée. De la vraie transgression en somme, mais pour combien de temps? Ce dernier tabou ne serait-il pas lui-même en train de sauter?

A Cuba on en est loin, et c’est tant mieux. D’après Gustavo Arcos, (unique) spécialiste du ciné Hot de l’île, le comportement du public lui-même reste influencé par une organisation sociale à tendance communisto-machisto-naturel. C’est à dire que les cubains partagent et échangent les fichiers porno - même si la loi interdit de les entrer dans le pays - c’est à dire qu’il y a forcément contact réel, loin du virtuel solitaire de Internet. Le public est surtout masculin, même si les cubaines ne sont pas en reste et leur domination sociale, à la hauteur de celle des hommes principalement aux postes de responsabilité, les oriente vers une proactivité sexuelle. La réalité des relations, même en public, est toujours palpable à Cuba et un simple regard entre deux personnes peut contenir une lourde charge d’érotisme.

Pendant les débats du On/off pas vraiment de conclusion objective sur le futur sexuel de Sapiens, qu’il soit français ou cubain. Toutefois on pourra être d’accord que faire de la littérature dans cette ambiance, est surtout ambitieux et décalé, Monsieur Sardes. Mais on peut toujours rêver, même mieux, vivre!

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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