Cachao, la source inépuisable



Publié dans Cultura y Sociedad, Numéro 4, 2008

La rencontre avec Saint-Pierre semble la dernière chose qui manquait à Cachao López pour entrer dans l’éternité. À 89 ans, munis encore de sa contrebasse, Cachao a joué un peu plus fort que d’habitude et a vu alors s’ouvrir les portes de la gloire éternelle.

La mort d'Israel López, mieux connu sous le surnom de Cachao, a conclu une page majeure de la musique cubaine du XXème siècle déjà endeuillée récemment par le décès de plusieurs musiciens de renom : le percussionniste Tata Güines (qui a joué des duos de jazz avec Cachao dans les années Cinquante), la chanteuse Celia Cruz (ambassadrice de la musique cubaine hors de l’Île) ou encore le pianiste Rubén González. On assiste aujourd’hui à l’épilogue d’un long roman musical long de 70 ans qui a rendu la musique cubaine populaire dans le monde entier.

Né en 1919 à La Havane au sein d'une famille de musiciens, Cachao a très tôt été baigné dans la musique. Dès l’âge de huit ans, il a intégré un sextuor d’enfants. Durant les huit décennies de sa vie artistique, il a toujours été à l’avant-garde des tendances musicales dans les Caraïbes. Des maestros tels que Mario Bauzá et Arsenio Rodriguez ne se sont jamais cachés qu’ils ont été très inspirés par Cachao dans leur style et leur originalité musicale.

Le mambo de Cachao

Selon certains admirateurs, Cachao et son frère Orestes López sont les auteurs de plus de 3000 danzones et autres titres. Un de ces danzones, « Mambo », est devenu un des motifs de conflit important dans l’histoire musicale cubaine. Composé en 1935, l’originalité de ce titre a révolutionné la rigidité de la structure de la musique cubaine. Cachao l’explique ainsi : « chaque instrument est une étoile, c’est pourquoi l’ensemble devient une merveille ». Les nouveaux musiciens se sont rapidement emparés de ces nouveaux rythmes au détriment de l’ancienne génération.

López fait partie de ces musiciens, tels que Dámaso Pérez Prado et le new-yorkais Mario Bauzá, qui ont modelé des nouveaux rythmes musicaux et universalisé la musique cubaine.

Cachao a été chanceux tout au long de sa vie. Dans les années cinquante, son groupe de musiciens (Tata Güines, Guillermo Barreto, El Negro Vivar, etc.) se réunissait dans les clubs havanais, après l’heure de fermeture, pour jouer pendant que l’aube se levait. Par miracle, ces sessions musicales ont été repérées par un manager de la maison de disque Panart qui a publié ces enregistrements. Comme Mario Bauzá l’avait prouvé quelques années auparavant à New-York, Cachao montra que la rencontre entre le jazz et la musique cubaine conduisait à une perfection musicale.

Une source musicale inépuisable

Bien que Cachao ne soit pas très présent durant les changements sociaux des années soixante à Cuba, il est certain que la salsa née à cette époque, est le fruit des œuvres de Cachao, Arsenio et Mario Bauzá. Les disques Cachao I et Cachao II, produits par René López, sont considérés comme les bases de la musique latine actuelle.

Établi depuis les débuts des années soixante aux Etats-Unis, la carrière du grand contrebassiste n'a pas été facile durant trois décennies. Reconnu comme un fondateur, respecté comme un maestro, accepté comme l'homme qui avait révolutionné le rythme cubain, le grand public se souvenait à peine de Cachao. Malgré tout, l’auteur César Miguel Rondón ne l’oublia pas lorsqu’il écrivit la bible de la salsa : El libro de la salsa

Quand la salsa devint moins populaire et que la musique traditionnelle revint au devant de la scène, Cachao redevint populaire. Ses disques furent réédités, Andy García lui consacra un documentaire (Como su ritmo no hay dos) et Cachao fut invité à chanter avec les plus grands et même à tourner dans quelques films tels que Yo soy del son a la salsa de Rigoberto López ou Calle 54, de Fernando Trueba

Décédé dans un hôpital de Floride, Israel Cachao López reste aujourd’hui très présent. Son œuvre est une source intarissable pour les musiciens caribéens qui s’abreuvent de cette eau fraiche et délicieuse.