Capitole de La Havane

Le nouveau siège du Parlement cubain ouvre ses portes


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Photo : Cubania

Que dire de ce bâtiment hors normes ? Il faudrait d'abord évoquer les projets avortés, le nouveau projet lancé en 1926 dans le cadre des grands travaux du régime de Machado, les travaux titanesques menés en un temps record par plus de huit mille hommes, la plupart espagnols.

On pourrait décrire les portes monumentales ornées de fresques de bronze qui racontent l'histoire de Cuba ou dépeindre la République incarnée par une Athéna sculptée en Italie par Angelo Zanelli et assemblée sur place, la troisième statue sous toit plus grande au monde. On devrait encore signaler les 120 mètres, interminables, de la salle des pas perdus, sans oublier la majestueuse coupole sous laquelle se trouvait un diamant — aujourd'hui remplacé par une réplique — ayant appartenu au Tsar Nicolas II. Volé en 1946, il sera retrouvé quinze mois plus tard… dans le bureau du président Grau San Martín.












Photo : Cubania

Une vocation retrouvée

La rénovation, entièrement financée par l'État et dirigée par le Bureau de l'historien de La Havane, a commencé en 2012 et se poursuit encore. Le résultat est d'ores et déjà à la hauteur des objectifs : le bâtiment a retrouvé sa splendeur et le Parlement cubain y a officiellement fixé son siège.

Compte tenu de son passé, marqué du sceau du néocolonialisme étasunien, ce choix interroge. Les guides insistent : « Attention, ce n'est pas une copie du Capitole américain. » Peut-être faut-il rappeler que la révolution socialiste se veut le point d'orgue des guerres d'indépendance du XIXe siècle et qu'elle semble destinée à intégrer tout l'héritage de la Nation : arts, traditions, idées, symboles. Or, c'est du Capitolio nacional qu'il s'agit. Il y a d'ailleurs longtemps que son hémicycle nord (ancienne Chambre des représentants) a pris le nom du révolutionnaire Camilo Cienfuegos.

Le principal écueil est d'ordre matériel : cet hémicycle ne compte pas assez de sièges pour accueillir les 605 membres du Parlement dont les sessions plénières, peu nombreuses au demeurant, continuent de se dérouler au Palais des conventions. Quand et comment l'Assemblée va-t-elle s'installer tout à fait au Capitole ? Mystère. En tout cas, les commissions se tiennent déjà dans ces locaux et le président de l'Assemblée, Esteban Lazo, y a installé son bureau. Plusieurs délégations étrangères y ont été reçues et en février dernier, c'est sous la grande coupole que Raúl Castro a prononcé son discours pour la cérémonie de décoration des Héros du travail. Bref, le Capitole est redevenu un lieu de pouvoir.












Photo : Cubania

Une visite à couper le souffle

La visite commence à l'entrée située sur la droite du grand escalier, par la crypte du mambí (combattant indépendantiste cubain) inconnu : la flamme, le tombeau de marbre, la gerbe envoyée chaque semaine par Raúl Castro, la plaque avec les mots du père fondateur de la nation, Carlos Manuel de Céspedes, l'hymne national en fond sonore, tout participe de la solennité des lieux. Les drapeaux des pays d'Amérique, États-Unis compris, évoquent la Conférence panaméricaine de La Havane (1928). L'enseigne cubaine et celle de Porto Rico — toujours sous la férule des USA — sont côte à côte : tout est symbole.

Après la salle des pas perdus, le visiteur découvre l'aile nord, dont la restauration est achevée. La salle Jimaguayú présente des plâtres de Zanelli, retrouvés en Italie et prêtés indéfiniment au gouvernement cubain. La vaisselle du Capitole, exposée dans la salle Yara, témoigne du luxe d'une époque où le président de la Chambre recevait dans un salon Empire (salle Bolivar), comme pour exalter son pouvoir.

Pour l'aile sud, où siégeait le Sénat, il faudra attendre la fin des travaux… objectif novembre 2019, pour le 500e anniversaire de la fondation de La Havane.

La visite du Capitole est donc une plongée dans l'histoire, au plus près de l'actualité cubaine : la nouvelle Assemblée sera constituée le 19 avril prochain et les députés fraîchement élus siègeront sur les bancs du Capitole, dans un pays gouverné par le premier président n'appartenant pas à la génération historique de la Révolution. Les temps changent à Cuba, monumenta manent.

Infos pratiques

Visite guidée de cinquante minutes, en espagnol ou anglais (audioguides en français prochainement). Photos interdites sauf dans la salle des pas perdus.

Ouverture du mardi au dimanche. Mercredi après-midi réservé aux groupes, sur réservation. Fermé le dimanche après-midi et le lundi. Fermeture la dernière semaine du mois.

Tarif : 10 CUC.