Castillo de Jagua : un port, un patrimoine

2017-04-26 21:26:58
Marleidy Muñoz
Castillo de Jagua : un port, un patrimoine

Par : Marleidy Muñoz

A l'ouest du canal de la baie de Cienfuegos et à presque 35 kilomètres de cette ville cubaine se trouve le village de Castillo de Jagua-Perché, la plus ancienne zone de peuplement liée à la pêche dans la région. On y a également retrouvé les premières traces laissées par les Indiens dans le centre-sud de l'île, où perdure, aujourd'hui encore, un riche patrimoine immatériel en lien avec les traditions maritimes.

Des centaines d'embarcations baptisées des noms de Perla, Marina ou Raquel, entre autres, semblent redonner des couleurs aux façades des maisons — au style bien particulier — marquées par les ravages du temps, du salpêtre et des vents. Dans ce petit village, l'art de la pêche et les secrets de la mer se transmettent de génération en génération.

Les noms féminins règnent ...

Castillo de Jagua-Perché offre au visiteur un panorama sur le « canon de la baie » — le canal qui mène à la baie en forme de sac de Cienfuegos —, emprunté par les voiliers et les catamarans de la Marine Marlin ou les pétroliers qui approvisionnent la raffinerie Camilo Cienfuegos. L'odeur persistante du poisson fraîchement pêché, les appâts, les cordes et les filets de pêche fabriqués par les pêcheurs eux-mêmes sont autant d'éléments du paysage.

« Vivre ici, c'est connaître les phases de la lune, les cycles de vie des poissons, les marées, les vents, c'est aimer leur bruit. Nous avons hérité du métier de nos ancêtres, la pêche », explique le pêcheur Carlos Pérez, l'un des plus respectés du village.

Les noms de famille les plus fréquents sont Devesa, Pérez, Vera, Sánchez, Martel, Rumbaut et Enseñá. Ils témoignent d'une culture centenaire enrichie par les immigrés des îles Baléares, venus s'installer dans la région dans la deuxième moitié du XIXe siècle.

Cependant, l'histoire du village de Jagua-Perché remonte à l'époque coloniale avec la construction, au XVIIIe siècle, du bastion de Nuestra Señora de los Ángeles de Jagua, dans le cadre du système de fortification des Caraïbes. C'est le conflit entre l'Angleterre et l'Espagne, de 1739 et 1748, qui a donné lieu à la construction du fort, qui a ensuite protégé la baie de Cienfuegos des attaques des corsaires et pirates. Ce joyau de l'architecture militaire, le plus ancien du centre-sud de Cuba, a été déclaré monument historique national le 10 octobre 1978. C'est à ce bâtiment, qui abrite aujourd'hui un musée, que le village qui l'entoure doit son nom.

Vivre de la mer

Tous les jours, au coucher du soleil, quand le rouge du paysage illumine la mer, María Elena Rumbaut, une habitante de Perché âgée de 89 ans, se promène sur l'un des quais du village.

Il faut dire qu'ici, la passion pour la mer ne fait pas de différence entre les hommes et les femmes, les jeunes et les personnes âgées. Ici, pour nombre d'habitants, l'art de la pêche est un véritable mode de vie et tant pis si l'on doit parfois enfreindre les limites de la zone de pêche, restreinte à la baie elle-même, ou si l'on est amené à fermer les yeux sur certaines pratiques commerciales (la vente du poisson est strictement encadrée).

Alors que Cuba voit son économie se transformer, le quartier lui aussi commence à changer. Des petits restaurants — proposant surtout des fruits de mer —, des bars, des chambres d'hôtes avec vue sur la mer ont fleuri depuis quelques mois.

Aussi, une navette maritime a fait son apparition : elle permet aux visiteurs de traverser la baie. L'hôtel Pasacaballos, l'un des meilleurs de Cienfuegos, est situé face au village. Il doit son nom à l'une des traditions de Castillo de Jagua-Perché qui consistait à faire passer des chevaux d'un bout à l'autre de la baie, de la route de Playa Rancho Luna jusqu'au village.

Ainsi, la relation entre société et nature constitue pour Castillo de Jagua-Perché l'héritage culturel immatériel de ses habitants. Il suffit de voir comment les habitants s'unissent face à l'urgence en cas d'intempéries pour sauver les embarcations, les outils de pêche, protéger les fenêtres et les portes. Il suffit d'entendre les conversations des jours suivants : les dégâts causés par le vent, la tempête ou le cyclone sur l'environnement, les poissons et la mer, sont sur toutes les lèvres. La mer... Cette mer que tous portent dans leur cœur.

Traduction : B.F.

Habana XXI

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