Ce que boire veut dire à Cuba : II L’incontournable rhum

2017-06-27 17:59:19
P. del Castillo
Ce que boire veut dire à Cuba : II L’incontournable rhum

 

« Pa’ los santos » (« Pour les saints ») disent les adeptes de la santería — et bien d’autres Cubains pour qui cette religion relève du culturel — lorsqu’ils ouvrent une bouteille, avant de verser quelques gouttes de rhum par terre. Breuvage divin, le rhum a ses rituels… Si ce symbole de Cuba est associé à une image aux accents parfois mercantiles, le rhum fait bel et bien partie du vécu des Cubains. Il est partout, et il fut un temps où l’on pouvait même acquérir du rhum à un prix modique via la libreta, le célèbre carnet d’approvisionnement. Ces temps sont certes révolus, mais cette boisson, dont les origines remontent à l’époque coloniale, a gardé toute sa place à Cuba.

On peut d’abord décrire le rhum en déclinant ses principales caractéristiques. Contrairement au rhum agricole des Antilles françaises, directement issu du jus de canne à sucre, les rhums cubains sont produits à partir de la mélasse et affichent une teneur en alcool relativement faible (pas plus de 40 degrés généralement). Ils peuvent être classés selon leur âge ou leur couleur, avec d’un côté les rhums jeunes (blancs) et ceux vieillis dans des futs de chêne, dont la couleur ambrée est d’autant plus foncée que le rhum est vieux. Il faudrait encore parler des marques et des prix.

On trouve d’abord le rhum vendu dans les bodegas (épiceries où sont vendues les denrées de première nécessité) à 20 pesos cubains, pour les boit-sans-soif. Pour ce prix-là, il faut venir avec une bouteille que l’on se fait remplir. On trouve ensuite les rhums vendus en pesos cubains mais en bouteille cette fois, à partir de 57 pesos (un peu plus de 2 CUC).

Viennent ensuite les rhums que l’on achète en CUC, Santero, Santiago ou encore le célèbre Havana Club blanc, que l’on nomme par son prix : « 3,85 » (en CUC). On monte ensuite en gamme avec les rhums plus vieux, qui restent évidemment moins chers qu’à l’étranger. Les formats sont tout aussi variés : cela va de la brique en carton (le célèbre planchao) à la bouteille en verre, en passant par la flasque et la bouteille plastique.

Ceci dit, le lecteur est en droit de se demander quand, où et à quelle occasion les Cubains boivent du rhum. Certains d’entre eux, qui lèvent le coude comme ils respirent, vous répondront que la question ne se pose pas. Fort heureusement, ce n’est pas le cas de tous les Cubains, qui associent généralement le rhum à la fête et à l’idée de partage. Journée à la plage, anniversaire à la maison ou entre collègues au bureau, il faut reconnaître que les prétextes ne manquent pas, d’autant moins que le rhum est bon marché à Cuba. C’est le rhum, bu pur, qui accompagne jusqu’au bout de la nuit les parties endiablées de dominos.

Il est également au rendez-vous quand il s’agit de passer une soirée sur le Malecón de La Havane. C’est encore lui qui accompagne souvent la promenade familiale du week-end, que ce soit au Vedado, à la Vieille Havane ou dans la grand-rue de n’importe quelle bourgade du pays. On pourrait se pencher sur la consommation des Cubains sous le prisme des classes sociales ou des questions de genre : à quelle réalité correspond l’image du couple dans lequel l’homme tient une brique de rhum à la main tandis que la femme boit une cannette de bière ou de soda ? Pas besoin de faire de statistiques pour remarquer que les femmes ont davantage tendance à diluer le rhum dans des boissons au cola ou au citron… Ici aussi, consommation d’alcool pur et expression de la virilité ont souvent partie liée.

Un mot enfin de ces cocktails qui ont fait le tour du monde : mojito, ron collins, daïquiri, Cuba libre, piña colada... Ce n’est sûrement pas sous cette forme que les Cubains consomment le plus de rhum mais les cocktails sont souvent de la partie pour une sortie dans un restaurant ou un bar.

Pour en savoir davantage sur l’élaboration de cette boisson et sur son histoire, rendez-vous au Musée du rhum de la Vieille Havane. Une excellente propédeutique avant de partir, le foie bien accroché, à l’assaut du zinc caribéen.

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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