Cham-Bom-biá, le médecin chinois

2012-10-03 20:09:21
Emilio Roig de Leuchsenring
Cham-Bom-biá, le médecin chinois

On dit que Cham Bom-biá, le très fameux médecin chinois, a réalisé des guérisons si extraordinaires qu’une phrase pondératrice de l’extrême gravité d'un patient est restée dans notre folklore : « On ne le sauvera pas, ni même le médecin chinois. »

Un des biographes de ce faiseur de miracle commente que le « médecin chinois », Cham Bom-biá, est arrivé à La Havane en 1858 et qu’il y a établi sa consultation visitée par des personnes de toutes les classes sociales. Il a ensuite vécu à Matanzas, son cabinet se trouvait dans la rue Mercaderes, à l’angle de la rue San Diego, proche de la résidence de la famille Escoto, et, finalement, il s’est installé à Cárdenas, passant dans cette ville ses dernières années, jusqu'à sa mort mystérieuse.

Cham Bom-biá était dépeint comme un homme de haute stature, aux yeux vivants et pénétrants, quelque chose d’obliques ; avec de longues moustaches à la tartare, un long bouc clairsemé pendant du menton et faisant de grands et solennels gestes soulignant son langage figuré et grandiloquent. Il s’habillait comme les occidentaux, en cette époque, à Cuba, on ne concevait pas un médecin sans haut-de-forme et jaquette, il portait aussi avec un comique sérieux une large redingote. Il est apparu à Cárdenas en 1872, où il s’est installé dans une maison de la Sixième Avenue, presque à l’angle de la rue 12, à côté de l’actuelle caserne de pompiers, dans laquelle il avait son armoire à pharmacie.

Cham Bom-biá, si nous nous passons du spectaculaire cérémonial qu'il utilisait dans son cabinet et lors des visites aux patients, peut être considéré, plus qu’un vulgaire guérisseur, comme un remarquable homme de sciences d’une vaste culture orientale. Il mélangeait ses profondes connaissances de la flore cubaine et chinoise, comme le sage herboriste qu’il était, avec les avances médicales occidentales.

À Cárdenas, il a réalisé des guérisons merveilleuses de patients incurables par des médecins renommés de cette ville et de La Havane, en leur restituant la santé, la vue, l'utilisation de leurs membres.

Dans la pratique de sa carrière scientifico-curatrice, il agissait avec une générosité absolue, percevant des honoraires des riches, et se conformant de dire aux pauvres : « Si vous avez de l’argent payez-moi. Si vous n’en avez pas, ne payez pas. Je donne toujours des remèdes aux pauvres. » Certains de ses remèdes provenaient de son armoire à pharmacie, d’autres au moyen d’ordonnances médicales qu’ils fallaient retirer dans la pharmacie chinoise de la Troisième Avenue, au numéro 211.

Cham Bom-biá est arrivé à avoir une grande popularité à Cárdenas et dans toute l'île, se convertissant avec le temps en une sommité de la médecine, aussi bien hier qu’aujourd'hui, comme l'exprime si bien la phrase populaire qui lui subsiste, déjà citée plus haut, et dont il existe une autre variante : « Celui-là ne peut pas être guéri, même par le médecin chinois. »

Un matin on a trouvé Cham Bom-biá sans vie, étendu sur le grabat de la maison qui l'a toujours habitée dans la Perle du Nord. On n'a jamais pu éclaircir la cause de son décès, certains l'attribuant à un suicide et d'autres à un poison administré par un de ses collègues, envieux de sa renommée.

Il nous reste de lui, en plus de sa réputation s’élevant à la stratosphère, ces vers que les mataperros de la rue appliquent à tous les Orientaux :

Chino manda -Cham Born-biá:

Cinco tomates por un reá.

Publié dans Carteles, 1939

Catauro

Fondée en 1999, "Catauro" est une revue cubaine d'anthropologie. Elle est dirigée par Miguel Barnet, écrivain, ethnologue et poète de renom, membre fondateur et vice-président de l'Union Nationale des Ecrivains et Artistes de Cuba (UNEAC), mais également créateur en 1994 de la Fondation Fernando Ortiz qu'il préside encore aujourd'hui.

Publiée chaque semestre par la Fondation Fernando Ortiz, les pages de "Catauro" invitent à la pensée approfondie des fondements anthropologiques et ethnologiques de l'univers contemporain, du folklore, de l'imaginaire social et de l'impact quotidien du populaire".

Cubains et étrangers, spécialistes de la culture nationale et universelle, y publient les résultats de leurs recherches et participent à la richesse de la revue. Celle-ci se divise en 6 sections : "Contrapunteos", section principale, comporte essentiellement des travaux de fond, de par leur contenu, leur rigueur analytique, leur tendance théorico-scientifique; "Imaginario" rassemble des articles plus descriptifs et d'actualité, sur la vie quotidienne et le folklore; "Archivos del Folklore" reprend des pages déjà éditées de la littérature anthropologique et ethnologique cubaine ; "Entrevistas" offre une large palette de témoignages, conversations etc. ; enfin les deux dernières sections font référence au travail de la revue et à l'activité littéraire du moment.

Pour l'anecdote, le nom de "Catauro" est le résultat de près d'un siècle d'histoire de l'anthropologie cubaine, étroitement liée à Fernando Ortiz (1881-1969), et désigne aujourd'hui dans le langage courant une sorte de panier en feuilles de palmier tressées, qui sert au transport des fruits, de la viande et autres aliments, particulièrement dans les zones rurales.

Page web: http://www.ffo.cult.cu/index.php

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