Cinéma Pauvre, le festival le plus authentique

2012-06-07 17:10:10
Eva Torres
Cinéma Pauvre, le festival le plus authentique

 Gibara est un village si peu connu que même un bon nombre de Cubains ont du mal à le trouver sur la carte. Cependant, depuis 2003, cette ville pittoresque accueille l’événement le plus authentique du circuit indépendant et alternatif du cinéma.

Aucune étoile de Hollywood, aucune nuée de paparazzi. Zéro battage publicitaire, photos glamoureuses sur le tapis rouge ou fêtes chic après les présentations. Rien de cela au Cinquième Festival international du cinéma pauvre (sauf peut être les fêtes… inévitables à Cuba) tenu en avril dernier à la ville de Gibara, dans la zone orientale de Cuba. Mais ne prenez pas l’adjectif « pauvre » au sens littéral. Même si beaucoup de Cubains situent mal ce village pittoresque de pêcheurs, le festival du cinéma à budget réduit s’est taillé une place comme l’un des événements les plus intéressants et authentiques du circuit indépendant et alternatif du cinéma.

Son président, le prestigieux réalisateur cubain Humberto Solás, met l’accent sur le fait que : « Cinéma pauvre ne veut pas dire absence d’idées ou de qualité artistique. Il s’agit tout simplement d’un cinéma au budget réduit. » Cette année, le catalogue surprenait par la qualité et la diversité des films en compétition ; des réalisateurs de tous les continents, aussi bien de pays ayant une longue et puissante tradition, dont l’Allemagne, la France, l’Inde, les USA et le Burkina Faso, que de ceux qui font les premiers pas dans ce domaine, tels que le Tchad, l’Équateur, le Liban, la Macédoine, la Mauritanie, y ont été représentés. Les sujets abordés ont été aussi éclectiques : histoires d’amour sérieuses, historiques, sympathiques et touchantes, migration, manque de communication, aliénation, engagement.

Il s’agit également d’un festival de cinéma jeune, non seulement en raison de l’âge d’une bonne partie de ses réalisateurs, mais aussi de leur esprit. Ce serait facile de faire la comparaison avec les années 1960, et pourtant, l’irrévérence, l’enthousiasme et l’envie de quelque chose de nouveau, les sentiments éprouvés pendant cette semaine seraient reconnus par n’importe quel hippie, aujourd’hui quinquagénaire. Sergio Benvenuto, directeur du festival, signale que la manifestation est un bon tremplin pour des films non intoxiqués par le conservatisme des grands studios ou conditionnés par la nécessité de garantir le succès commercial. Cela favorise l’expression d’objectifs artistiques, ceux qui n’ont rien à voir avec la manière de mieux commercialiser, promouvoir ou lier ces films à un produit.

L’élection de Gibara comme lieu du festival a certainement rendu plus difficile le travail des organisateurs. Le village se trouve à 800 kilomètres de La Havane et à une heure en voiture, à travers des chemins en mauvais état, d’Holguín (qui compte un aéroport international) et les plages de Guardalavaca (spot très touristique de Cuba). D’ailleurs, Gibara ne possède pas d’hôtel, seulement un nombre réduit de chambres dans des maisons particulières.

Cependant, à bien des égards, l’éloignement et le sentiment de visiter un territoire « vierge » donnent à cette manifestation un charme intime, authentique et unique. La ville, déclarée Monument national en 2004, est située à proximité du site où Christophe Colomb a foulé pour la première fois le sol cubain. En dépit de la distance, Benvenuto ne croit pas qu’il soit possible de transférer le siège du Festival vu les relations étroites existant entre celui-ci et les habitants de Gibara. De fait, les dignes habitants de la zone contribuent largement à l’ambiance décontractée et d’amitié qui attire les visiteurs, cinéastes, acteurs, musiciens, photographes, critiques et plasticiens.

Étant donné que le nombre de films à présenter est réduit, le comité de sélection consacre une bonne partie de l’année à cette tâche. Dans chaque catégorie (fiction et documentaire), le jury est formé d’artistes, critiques et réalisateurs réputés et respectés.

Le prix principal se monte à 15 000 euros (destinés dans une large mesure à la transition à 35 mm). Cependant, il est évident que cette somme ne constitue pas la principale motivation des participants. Par ailleurs, la philosophie Ciné Pauvre ne se propose pas de devenir un canal de distribution dans la course au marché du DVD ; il est une alternative susceptible de contribuer au développement de chaînes supplémentaires pour les films à budget réduit, assurant ainsi une audience pour certains des productions exceptionnels, visionnées à Gibara.

Parmi les œuvres primées dans différentes catégories, citons notamment Noticias lejanas de México du réalisateur mexicain Ricardo Benet, grand prix au meilleur long-métrage, qui raconte la tragédie d’un jeune, né dans un hameau du haut plateau mexicain qui prétend échapper à la fatalité en se rendant à la ville ; de retour, il tue son père pour sauver sa mère et son frère et fuit vers la frontière après leur avoir promis de revenir les chercher ; Voyage en sol majeur, du cinéaste français Georgi Lazarevki, grand prix au meilleur documentaire, pour l’histoire émouvante d’Aimé, un vieil homme de 91 ans qui se rend au Maroc accompagné de son petit fils, où il redécouvre la vie et le monde ; et Personal Belongings du réalisateur cubain Alejandro Brugués, prix à la meilleure maquette de long-métrage de fiction (ce prix, le mieux rétribué du point de vue financier, permettra au cinéaste de porter le film à 35 mm) qui aborde une histoire d’amour impossible entre un jeune homme décidé à quitter le pays et une jeune fille, fille de balseros, qui a opté pour rester.

Le Festival ne se limite pas aux films. Nombreuses activités attirent l’attention des participants, dont le concert offert par d’exceptionnels chanteurs  compositeurs, dont Carlos Varela, Raul Paz, Oggere lors de la dernière édition, et l’exhibition d’œuvres artistiques dont celles de Alicia Leal, Agustín Bejarano et Humberto Solás. Le Festival du cinéma pauvre a ratifié sa condition de festival alternatif dans le cadre duquel, selon les propos de son directeur, « [...] la plainte est remplacée par la créativité, l’inertie par l’exercice du talent et la compétitivité par la coopération». Utopique, peut-être, mais définitivement fascinant.

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