Communautés Dota à Cuba

2017-12-26 15:00:19
Luna Valdés
Communautés Dota à Cuba

Il existe à Cuba un réseau alternatif reliant les jeunes appartenant aux dénommées communautés de gamers (joueurs).

Appelé à devenir le jeu d’échecs du XXIe siècle, Dota 2 (Defense of the Ancients), qui favorise le jeu de stratégies, acquiert une grande popularité parmi les Cubains.

Le but du jeu est d’élaborer des stratégies d’action en temps réel. Parmi ses principales valeurs, citons celle de développer l’intellect et le travail en équipe.

Les sports électroniques ont fait irruption à Cuba il y a quelques années, et même s’ils ne jouissent pas du soutien institutionnel, leurs amateurs ont réussi à organiser, avec leurs propres ressources, des rencontres nationales.

Combinaison d’échecs et de football

Nombreux sont ceux qui estiment que Dota est une combinaison d’échecs et de football ou de basket-ball puisqu’il ne se développe pas à tour de rôle et qu’il existe la possibilité de mettre en pause le jeu. Il s’agit notamment de vitesse de réaction et d’application de pression.

Des conditions sont requises à chaque niveau, dont stratégie, tactique, skill individuel et travail en équipe. Le défi à relever est celui de réagir le plus rapidement possible, de prévoir l’action de l’adversaire et d’anticiper sa stratégie.

Les opinions concernant ce jeu sont pour la plupart stéréotypées. D’après certaines recherches, sa pratique peut créer une addiction et empêcher l’interaction avec le monde extérieur.

Cependant, ce critère est démenti par les joueurs. Selon Giampiero Tonali Pichs, participant actif aux tournois de Dota 2, le jeu permet d’entrer en contact avec d’autres personnes et de travailler en équipe pour parvenir à la victoire. « Il est vrai qu’il faut rester beaucoup de temps devant l’écran de l’ordinateur mais le jeu n’encourage absolument pas la violence. »

Défis à relever dans une île déconnectée

L’organisation de ce type d’activité, qui dépasse l’espace physique de la chambre du gamer, s’avère complexe car l’interaction avec les autres joueurs demande l’existence d’un réseau.

À Cuba, malgré la « déconnexion » du réseau des réseaux, l’intérêt pour les jeux vidéo ne cesse pas d’augmenter, notamment chez les plus jeunes.

Parmi leurs principales motivations, mentionnons la passion pour la technologie et le rapport existant entre l’élément ludique et l’informatique.

Giampiero, dix-sept ans, fait des études en télécommunications. Bien que très jeune, il est l’organisateur général de la Ligue cubaine de Dota (LCD) et du Groupement d’e-sport de Cuba (ADEC) à La Havane, où la couverture contribue au développement de Dota 2.

« Tenant compte des caractéristiques de notre société, organiser ces rencontres n’est pas une tâche facile. En premier lieu parce qu’elles sont convoquées par l’ADEC, qui n’est pas légalement reconnu. Nous ne sommes ni une entreprise ni une organisation à but lucratif. Notre principal objectif est de soutenir et d’exalter l’e-sport à Cuba », a déclaré le jeune à Cubanía.

Et d’ajouter que la reconnaissance de cette pratique en tant que sport est l’un des principaux défis à relever par l’ADEC et la LCD. Cela favoriserait l’ouverture nécessaire pour que les personnes puissent s’y consacrer à l’instar de n’importe quel autre sport, voire gagner de l’argent du fait de participer à une compétition, comme cela se passe normalement dans d’autres pays.

Un autre objectif est celui de faire en sorte que les joueurs prennent part à des tournois internationaux afin de démontrer les compétences des « professionnels » cubains.

À l’heure actuelle, les professionnels de Dota 2 à Cuba se trouvent à la deuxième phase de la ligue cubaine Resplandor Naciente, à laquelle ont participé quarante et une équipes. L’ADEC organise des rencontres depuis 2007, mais le tournoi de Dota 2 est le premier à atteindre cette envergure, notamment grâce à la visibilité des parties en ligne.

Comment Dota a-t-il fait irruption à Cuba ?

Dota, développé par Valve Corporation, peut être téléchargé gratuitement. Mais il faut être connecté pour jouer.

Dans l’île, vu la complexité de l’accès, il est impossible de jouer en ligne. Les usagers téléchargent alors un client VPN (pirate) et ainsi contournent les difficultés de connexion. À ce sujet, Giampiero précise qu’il ne s’agit pas d’un mécanisme illégal, car comme il l’a exprimé, Dota est offert gratuitement.

Cependant, la communauté a pu établir des liens avec certaines institutions qui, dans une certaine mesure, soutiennent cette activité. Tel est le cas de projets communautaires comme, par exemple, Kcho Estudio Romerillo, et du Palais de l’informatique, l’entité qui regroupe les clubs des jeunes d’informatique dans l’île, qui ont contribué au développement des ligues et de certains des tournois.

« Dota, en particulier, a trouvé un espace dans nombre d’établissements culturels comme les cinémas Yara et Riviera, Fábrica de Arte, le théâtre Bertolt Brecht, le centre technologique Hola Ola, à La Havane, et le Bosque Tecnológico, à Camagüey. Toutes ces installations ont accueilli des rencontres assez prestigieuses », remarque Giampiero, qui se félicite des réussites de la communauté de gamers, à laquelle il appartient.

Par exemple, le réseau SNet, qui relie plus de vingt-huit mille usagers moyennant des dispositifs wifi, a considérablement favorisé la généralisation de Dota à La Havane. Le seul inconvénient, c’est qu’il ne fonctionne que dans la capitale. Même si SNet n’est pas une connexion « publique », elle ne transgresse aucune loi, d’où le nombre toujours croissant de participants au jeu. En revanche, Dota ne jouit pas de la même popularité dans d’autres provinces, où il n’y a pas d’accès au réseau.

Traduction: Fernández-Reyes

Habana XXI

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