Comprendre le socialisme cubain



Cuba se signale par une épopée populaire écrite au prix d’immenses sacrifices.

Pour comprendre le socialisme cubain, il faut d’abord le vivre. Pour expliquer une résistance de près de soixante ans, il faut avant tout connaître et comprendre les Cubains.

En effet, le socialisme cubain se distingue des expériences de transition socialiste tentées ailleurs dans le monde. Ce qu’il y a de plus singulier dans la révolution cubaine, c’est son caractère populaire ; la révolution est née dans la rue, au sein du peuple. Elle s’est nourrie de sa détermination à combattre les discriminations du pouvoir bourgeois.

Tout a changé après janvier 1959. Cuba et les Cubains se sont transformés pour toujours.

Une révolution, un leader

À la tête de cette révolution socialiste et de libération nationale, un guide, un leader-né qui mobilise les masses et suscite d’innombrables polémiques.

Si la révolution cubaine avait une seule particularité, ce serait sans aucun doute le leadership de Fidel, un sujet qui fait toujours l’objet de débats.

Une fois la victoire obtenue après plusieurs années de combat, cet avocat de profession proclamait le caractère socialiste et démocratique de la révolution dans les langes. « Des humbles, par les humbles et pour les humbles » disait Fidel pour qualifier la nouvelle société en gestation à Cuba, comme un hommage au héros national José Martí.

Dès lors, des changements colossaux ont transformé le pays, ses institutions et ses habitants. Ils ont tout vu, tout vécu, ils ont souffert de tout.

Pendant plus de cinquante ans, des millions de personnes ont cru en cette révolution et ont mis leur destin et leur vie entre les mains d’un socialisme différent, indéchiffrable. Ces personnes lui ont donné le meilleur, elles ont déposé leur confiance en elle, elles ont gagné et perdu.

Le système social de Cuba a misé sur l’éducation, sur la culture, sur la santé et sur le sport. Il a cru et il croit en l’internationalisme. Aider son prochain, offrir ce que l’on a, pas ce que l’on a en trop, telle est la leçon de Fidel. C’est en cela que Che Guevara croyait et une bonne partie du peuple cubain y croit toujours.

Cuba d'hier et de demain

Mais l'on commet également des erreurs au nom des révolutions, et la révolution cubaine n'a pas été à l'abri des travers de l'homme. Elle a connu des décennies tristes, pendant les années 1970 et au début des années 1980. Des époques grises, sombres, marquées par l'incertitude. Des pratiques négatives qui, au nom du socialisme, ont divisé et continuent de diviser un pays.

À plusieurs moments de son histoire, un certain égalitarisme a miné l'essence originelle de l'égalité révolutionnaire, des concepts qui se ressemblent mais qui n'en sont pas moins différents.

La fin des années 1980 fut marquée par la « rectification des erreurs ». Cuba connut ensuite la « période spéciale », une profonde crise économique, des pénuries, l'émigration.

L'avenir ne sera pas facile et les Cubains le savent bien. Le pays entre dans une époque de choix et de dilemmes. Des modèles culturels et économiques s'affrontent et de l'issue du combat dépend la continuité du socialisme ou l'entrée dans le capitalisme contemporain.

De grands défis s'annoncent. La solution doit être trouvée à plusieurs niveaux. Si l'on veut que le socialisme perdure, alors il faudra que les salaires soient indexés sur le travail. Le tout sans abandonner les conquêtes sociales.

Voilà pourquoi de nouvelles alternatives voient le jour : des entreprises privées, des investissements étrangers, des entreprises d'État plus flexibles. Seuls le temps et les Cubains diront si ces solutions dureront.

Ce qui est certain, c'est qu'au cours de toutes ces années, des points de vue divers se sont exprimés, le Cubain a su affronter les pénuries, les problèmes, les contradictions, la bureaucratie. Mais il ne faut pas oublier les efforts héroïques pour survivre au jour le jour, l'esprit de résistance, le patriotisme du peuple.

L'histoire de la révolution cubaine est une histoire de courage, de progrès et de retours en arrière, d'engagement, de patience, de prouesses extraordinaires, de grandes aspirations et de sacrifices de gens ordinaires.

C'est aussi l'histoire d'un peuple plein de volonté, auquel rien ne résiste, un peuple immense. C'est une nation qui suscite l'admiration et la sympathie de millions de personnes qui chaque année viennent visiter et connaître Cuba. Ils viennent pour pouvoir confirmer ou démentir ce qu'on leur a raconté. Pour se faire leur propre image de ce pays des Caraïbes.

Comprendre le socialisme à Cuba, c'est avant tout le vivre. Pour en mesurer la portée, il faut comprendre les Cubains.

Traduction : F. Lamarque