Cronos vs Cuba



De Dazra Novak

Sur l’île le temps qui passe est un accident sui generis. Le cubain n’en fait pas grand cas : le temps n’est pas considéré comme quelque chose de précieux. Bref, il dure plus longtemps que la vie elle-même.

Non seulement, le temps s’agenouille devant le cubain, mais il lui rend aussi hommage en attendant que celui-ci avance à son rythme d’animal prudent et la plupart du temps-de façon miraculeuse-il lui est favorable. En effet, le cubain s’en sort toujours bien ou c’est plutôt ce qu’il se plaît à penser.

Le cubain arrive en retard presque partout. Sa léthargie est notoire et il va même jusqu’à la transmettre à certains étrangers qui finissent aussi, au bout d’un certain temps par être en retard. A Cuba, on prend du retard y compris pour les démarches les plus simples : c’est l’application de la Loi de Murphy. Effectivement, la queue la plus rapide sera forcément celle d’à côté, le fonctionnaire vous demandera des papiers que vous avez oubliés à la maison, vous n’avez pas apporté le bon document et il vous manque un tampon ou une signature : vous devrez donc revenir un autre jour et faire la queue de nouveau. « Monsieur, veuillez me donner votre pièce d’identité SVP ». Ou « nous fermons afin de procéder à la fumigation des locaux ». Quel dommage ! Ce n’est pas tant la faute de toute cette bureaucratie, mais encore une mauvaise blague du temps.

Mais un jour viendra où nous nous demanderons comment tout a pu passer si vite, à quel moment les choses ont commencé à changer. Ce jour précisément où nous ne pourrons pas revenir en arrière et réaliserons que tout est fini. Que la plaisanterie est terminée. Ce fameux jour, ceux qui auront su profiter de tout, en sortiront vainqueurs et auront joué un mauvais tour au temps.