Cuba à l'exposition de Paris de 1889


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L'un des faits qui éveilla l'un des plus grand intérêt partout dans le monde, pour l'éloignée que soit l'année 1889, fut la célébration à Paris d'une Exposition Universelle, avec laquelle la nation gauloise commémorait le centenaire de la révolution commencée le 14 juillet avec la prise de la Bastille. L 'événement servait, la fois, d'une vaste scène pour démontrer la force, chaque fois plus grande, des avances de la science et de la technique, dans un assaut impétueux vers le futur.

Pour José Martí, dans une lettre à un ami qui avait pu la visiter, l'Exposition signifiait « l'occasion d'étudier avec ordre les avances et les forces du monde » . Et bien qu'il n'ait pu la visiter personnellement, il se sentit obligé d'écrire une vaste chronique sur celle- ci dans sa revue l'Age d'Or . L'article, apparu dans son numéro de septembre, elle résulta la plus étendu de toute la publication et pour la rédiger il a pu disposer de nombreuses sources, entre elles, celles qui se trouvaient dans la revue officielle de l'événement, dont il choisi les illustrations qu'il utilisa pour son texte.

Le même fait que commémorait l'Exposition a servi à Martí pour un compte rendu historique rapide et essentiel, au moyen duquel il souligna la Révolution Française comme le début de ce processus qui constitue ce que nous connaissons de nos jours comme la Modernité. Mais le même radicalisme de la commémoration, à la distance seulement d'un siècle, créa alors des obstacles pour que les nations qui auparavant s'étaient opposées au régime révolutionnaire prennent part officiellement l'événement. Ainsi l'Allemagne fut totalement absent et d'autres, comme la Grande- Bretagne , la Russie , l'Autriche- Hongrie, l'Italie et l'Espagne se sont présentées seulement au moyen d'exposants privés.

Ce qui précède a permis que l'assistance des jeunes républiques américaines ait une répercussion majeure et jouissent d'une bonne publicité, surtout au moyen de pavillons attrayants comme celui du Mexique, le seul construit par des techniciens et des artistes natifs du pays qu'ils représentaient. C'est pourquoi Martí, avec une saine fierté, recommandait que dans son article « ce qu'il faut lire, surtout, avec beaucoup d'attention, est ce qui traite des pavillons de la notre Amérique » . Défilent ainsi, recréés par la rutilante prose martiana, les pavillons d'Argentine, de Bolivie, du Brésil, d'Équateur, du Venezuela, du Nicaragua, du Salvador, du Chili, du Guatemala, de Saint- Domingue, du Paraguay et de l'Uruguay, qui logeait aussi dans leurs salles la Colombie et le Pérou. Des pays latino- américains   indépendants, il ne manquait seulement que ceux d'Amérique centrale du Honduras et du Costa Rica. Un autre aspect qui fit beaucoup parler de lui en ces moments, fut la présence des colonies pittoresques, françaises dans leur majorité, qui apportaient une note exotique et attrayante, avec la reproduction de leurs habitats , des échantillons de leurs produits typiques et l'accord de l'indigènes en son état "naturel", transportés spécialement à Paris.

Quand les représentations espagnoles décidèrent d'y prendre part ils ne purent seulement trouver que des lieux moins appropriés. Pour les colonies hispaniques fut créé un pavillon à coté de la Seine , « sans doute le lieu le plus triste, obscur et laid de toute l'Exposition », selon une chronique publiée dans le périodique autonomiste havanais El País, le 20 novembre de cette année- là, signée par Raúl Rid. Donc dans ce pavillon, « pauvre bâtiment peint au style d'une boutique de barbier ou d'un magasin de vêtements de La Havane », s'accumulent quelques produits de Cuba - tabac, sucres, éponges - et des Philippines, car Porto Rico obtint à être placé dans le pavillon consacré à l'Espagne, avec certains échantillons de liqueurs et de sucreries en conserve cubaines.

Le mentionné Raúl Rid, qui résulta être l'intellectuel havanais de renom Domingo Figarola Caneda (1852- 1926), se lamenta de « c'est chose triste de ne pas avoir une vue générale de notre patrie dans les Expositions européennes, mais seulement des échantillons de sucres et de boites de cigares ». Comme si cela suffisait pour « savoir plus d'un pays, qui soumis à un régime arbitraire, n'a aucune intervention dans la marche de ses affaires, et lutte inutilement pour entrer dans la vie de liberté et du progrès dont jouissent les peuples bien gouvernés ».

Figarola Caneda séjourna à New York en 1890 et là, il se lia d'amitié et collabora avec Martí. Connaissait- il celui- ci quand écrivit dans L'Age d'Or, la présence cubaine à l'Exposition ? Il n'est pas difficile de penser qu'il l'ignora, vu la publicité presque nulle qu'il reçut. Mais s'il le savait, il décida de l'ignorer. A plus d'une occasion j'ai dit que ne pas connaître directement l'Exposition a permis à Martí de la recréer avec une plus grande liberté et une plus grande beauté, plus à son goût. Et dans cette Exposition de Paris recréée par Martí, renversé vers le futur, avec les pavillons triomphateurs de notre Amérique il n'y avait pas la place de la triste et humiliante présence du Cuba opprimée.

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Traduit par Alain de Cullant