Cuba, dans l'œil du cyclone

2012-07-30 23:09:03
David E. Suárez
Cuba, dans l'œil du cyclone

De juillet à septembre, Cuba est frappée de vagues de forte chaleur mais aussi des cyclones les plus intenses de l’année. Les deux événements sont reliés entre eux. L’Île est traversée par des tempêtes et des ouragans à cause des courants d’air chaud balayant les Caraïbes.

La menace de la pluie et des vents forts est constante durant cette saison. Tous les ans, l’Institut National de Météorologie diffuse à intervalle régulier les bulletins météo annonçant les prochains cyclones, mêmes s’ils se trouvent à plusieurs milliers de kilomètres des côtes cubaines. C’est pourquoi la population est si sensibilité au sujet.

La société cubaine dans son ensemble est marquée par les cyclones. La littérature, et d'autres arts, les invoque régulièrement. Par exemple, un des plus fameux romans de Leonardo Padura débute par une scène où le détective Mario Conde est assis sur le toit de sa maison, les yeux fixés vers le ciel, hurlant à qui veut l'entendre qu'un ouragan se prépare à l'horizon.

Le pouvoir destructeur de la nature est sublimé chez Padura comme chez d'autres auteurs. Les tempêtes personnelles et politiques sont jaugées en fonction des cyclones. La métaphore atmosphérique est devenue banale. Le cyclone apporte épuration et rédemption, teste notre foi et notre résistance et permet de renaitre en emportant toutes les mauvaises choses.

L’état d'urgence, la zone de désastre

D'aucuns préfèrent considérer les cyclones comme realpolitik. La nature et le pouvoir rappellent tous deux une image violente.

Dans les années 90, au sommet des alertes cycloniques, Fidel Castro est venu visiter l'Institut de Météorologie lors de la diffusion d'un bulletin d'informations. Alors qu'il écoutait consciencieusement les explications des scientifiques, le Commandant pointa du doigt le symbole de l'ouragan sur la carte. C'est ce geste que les caméras de télévision ont retenu.

On se rappelle souvent de cet ouragan car il se comporta étrangement en bifurquant de sa trajectoire dès qu'il toucha terre. Alors qu'il semblait se diriger rapidement vers La Havane, il prit une direction oblique et imprévisible vers le centre de l'Île. Les gens n'ont pas tardé à plaisanter en imaginant que le doigt de Fidel avait protégé la capitale de la force de l'ouragan.

Mais que se passerait-il si un violent cyclone frappait La Havane ? Si Katrina submergea La Nouvelle Orléans, comment réagiraient les piètres constructions havanaises où l'électricité commence à manquer dès que les pluies s'intensifient? Une telle catastrophe, amplifiée par une crise économico-sociale persistante, conduirait probablement la ville dans un néant complet.

Les années et les cyclones se suivent, Fidel Castro a cessé d'apparaître à la télévision, mais ces questions restent très présentes dans l'esprit des Cubains. Chaque été, c'est la roulette russe : soit le cyclone nous touche, soit il ne nous touche pas. Et à chaque fin de saison, c'est comme si la nature reprenait son calme jusqu'à l'année suivante. C'est ainsi que nous survivons année après année.

Une chose est sûre : les Cubains ont appris avec le temps à vivre avec l'incertitude et la fragilité des éléments. Cela fait des années qu'ils vivent dans une tempête historique où il n'arrête pas de pleuvoir et où la direction du vent semble incertaine.

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

Sur le même thème