Cuba, des mythes à déconstruire



Par Sofía D. Iglesias

Cuba, cet archipel au milieu de la mer des Caraïbes, n'est remarquable ni par sa taille ni par son importance, toute relative : à cet égard, rien ne le distingue d'autres régions du monde. Pourtant, d'un bout à l'autre du globe, les regards sont tournés vers ce pays, et ceci pour plusieurs raisons.

Son climat, sa localisation géographique et les expériences vécues par ceux qui sont passés par la grande île (surtout des Européens) ont donné naissance à une représentation stéréotypée du Cubain et du voyage vers cette tierra caliente (« terre chaude »).

Cette chaleur n'est pas simplement associée aux températures élevées et au climat humide, elle évoque aussi une sexualité inhérente, latente, à fleur de peau.

Cette tierra caliente est celle où l'on vient réaliser tous ses désirs. Où les femmes seraient des déesses métisses aux hanches voluptueuses, aux seins désirables et aux chevelures exubérantes... des femmes qui se laisseraient volontiers caresser, évidemment.

Aussi dur que cela puisse être pour de nombreux Cubains, il est vrai que beaucoup de voyageurs arrivent avec des idées préconçues qui ne sont pas conformes à la réalité.

Ils réalisent, avec déception, que toutes les femmes ne sont pas métisses, que toutes les métisses ne sont pas belles et qu'elles ne sont pas toutes à la recherche d'une relation avec un étranger en vacances. Ils découvrent que tous les Cubains ne sont pas bons danseurs et qu'ils n'ont pas tous le rythme dans la peau, comme on le croit souvent ailleurs dans le monde; qu'ils ne jouent pas tous au base-ball et qu'ils ne s'y intéressent pas forcément. Ils apprennent que les parties de dominos ne font pas l'unanimité et que nombreux sont ceux qui sont incapables d'improviser une rumba avec une boîte de conserve et un bâton.

Ces représentations figées partent d'un certain nombre de caractéristiques partagées par un groupe. Or, il convient de ne pas homogénéiser les comportements individuels. Il est vrai que les dominos font partie du quotidien de certaines régions du pays. Il est aussi vrai que le rhum cubain est excellent et qu'on en boit souvent à l'occasion d'une fête, en fin de journée ou pour faire passer un moment de tristesse. Cependant, certains Cubains font la fête sans alcool, participent à des campagnes contre l'alcoolisme ou cherchent à diminuer leur consommation.

Si chaque peuple se distingue par des traits originaux et authentiques qui ne nuisent pas à son image, d'autres représentations la ternissent. Les causes de ces stéréotypes associés à Cuba sont de nature sociologique et plusieurs disciplines se sont penchées sur la question. Alors, à qui la faute ? À personne...ou à tout un chacun, c'est selon.

Une partie de ces idées préconçues remonte à une époque lointaine, lorsque les colonisateurs prenaient possession de ce paradis terrestre, découvraient de nouveaux plaisirs avec les indiennes et goûtaient à des aliments et des boissons exotiques.

La tradition s'est chargée de perpétuer ces représentations jusqu'à nos jours et elles se sont fortement enracinées dans la culture cubaine. Les stéréotypes sont généralement véhiculés par des individus qui ne cherchent qu'à montrer une facette commerciale et servile de Cuba. Ainsi, de nombreuses campagnes de publicité et de marketing se font l'écho de ces images : Cuba est réduite à la plage, aux métisses et au Havana Club.

Une chose est claire : ces représentations biaisées de l'identité profitent toujours à quelqu'un. Pourtant, Cuba signifie beaucoup plus que ce divertissement creux et néfaste. Ses habitants, au-delà de leurs corps, sont porteurs de valeurs; ses montagnes font aussi la beauté de ses paysages.

Dépeindre Cuba avec des stéréotypes, avec des mythes qui voudraient par exemple que tous les Cubains soient heureux (ou malheureux), nous rend plus uniformes que nous ne le sommes. Cela nous déshumanise dans la mesure où notre diversité est niée et nous réduit à une destination touristique où l'on peut réaliser ses rêves.

Les voyageurs qui arrivent avec de telles idées réagissent de manière différenciée : soit ils sont déçus, soit ils en tirent un enrichissement. Je préfère ces derniers, ceux qui vont au-delà des apparences. Ceux qui, en plus de s'amuser — le divertissement est toujours bienvenu — cherchent à emporter tout un pays dans leurs bagages. Ceux qui ne se contentent pas de boire du rhum et boivent aussi les coutumes, ceux qui, plutôt que de voir un spectacle avec des stars, préfèrent s'asseoir dans les parcs pour faire connaissance avec des gens qui ne sont ni dans les pubs ni sur les affiches. À tous ceux-là, Cuba ouvre ses portes avec sincérité... une entrée interdite aux mythes et aux stéréotypes.

Traduction : F. Lamarque