Cuba en période de cinéma

2012-07-30 22:03:41
Cuba en période de cinéma

 

Quand débute le mois de décembre,  une atmosphère d’expectative plane sur La Havane. Les provinciaux débarquent à La Havane, tout comme des centaines d’étrangers qui profitent de ce changement de rythme quotidien que représente le Festival International du Nouveau Cinéma Latino Américain de La Havane. Avec ses films, ses cinémas, ses longues queues de cinéphiles, le Festival impose son rythme à la capitale. La Havane est a la fois identique et différente, le Septième Art la transforme et pourtant, plus que jamais la ville est elle-même.

Si Les Cubains ne perdent pas leurs habitudes durant les quinze jours du dernier mois de l’année, la routine est brisée. En effet, ils découvrent d’autres histoires, tranches de vies lointaines et proches, de réalités distinctes. Se rendre au cinéma ne signifie donc pas seulement chercher à voir des films avec ses acteurs ou réalisateurs favoris et/ou connus, il s’agit avant tout de rencontrer et d’échanger avec d’autres cinéphiles, parler de ses préférences, sortir en courant pour ne pas manquer le prochain film. C’est aussi manger peu et rapidement pour ne rien perdre du moment et s’endormir avec des milliers d’images en tête.

Une horloge qui s’arrête de tourner

Le Festival du Nouveau Cinéma Latino Américain a une prestigieuse réputation et durant plus de trois décennies, il s’est efforcé de montrer le meilleur du cinéma de la région, primé dans différentes catégories. Il accueille également les œuvres d’autres pays, hors ou en compétition.

C’est aussi l’occasion de rencontres entre producteurs, réalisateurs et autres acteurs du milieu. Chaque année, se produit un dialogue renouvelé entre cinéphiles du monde entier. Durant les journées du festival, les transports publics sont encore plus remplis qu’à l’habitude, commander un plat est plus difficile mais le cinéma se substitue a cela pour beaucoup. Il semble que le temps s’arrête lorsque l’on se retrouve en face du grand écran. Du moins durant le temps du film qui y sera diffusé, tout perd son importance. Le cinéma fait son œuvre, les gens se divertissent d’un spectacle culturel de haute qualité sans forcément faire partie du milieu.

Les files infinies devant les cinémas de la ville nous permettent de comprendre qu’il s’agit d’un phénomène de masse, que des familles entières attendent impatiemment… Des retraités, qui commencent leur journée aux aurores et se couchent plus tard parcourant les salles avec le journal du festival en main, jusqu’aux universitaires qui jonglent avec leurs cours en manquant quelques uns au passage. C’est clair, le cinéma, le bon cinéma est un prétexte pour manquer pas mal de choses. Les étudiants ne sont pas les seuls.

Cinéma et histoire

Cuba se transforme en motif d'inspiration et lieu de rencontre pour les artistes.  Dans le chaos de la routine bouleversée, les cinémas de la capitale revêtent leur habits de lumière, le temps que voyagent en province quelques films. Avec les affiches des films en compétition, les locaux lustrés et quelques fois de nouvelles têtes… Les cinémas montrent leur visage connu, parfois légendaire mais rénovés pour l’occasion. Pour que tout cela soit prêt a temps, l’Institut Cubain des Arts et de l’Industrie du Cinéma  (ICAIC) et les responsables du festival, s’occupent de la logistique plusieurs mois avant le début de l’événement.

Le long de la vingt troisième rue, cœur du festival, rassemblant la majorité des cinémas, cette sensation de folie s’accroit a mesure que passent les jours et que les cinéphiles partagent leur expériences. Les titres des films ne sont alors plus seulement de simples mots mais se convertissent en films, films que tous trouvent de “qualité” et qu’aucun de veulent manquer durant le festival.

Le Festival de La Havane existe depuis décembre 1979 «dans le but de faire reconnaitre et défendre les œuvres cinématographiques qui contribuent, par leur signification et valeur artistique à enrichir et réaffirmer l’identité culturelle latino-américaine et caribéenne», expliquent l’organisation du festival.

Lors de la première édition, plus de 600 cinéastes d’Amérique Latine ont assisté a l’événement et dans le jury figuraient des personnalités comme Gabriel Garcia Márquez et Santiago Álvarez. Beaucoup ont apporté leur concours, lors des débuts du festival par exemple, les réalisateurs ont profité de ce moment pour s’unir avec leurs collègues latino-américains et réfléchir sur le nouveau cinéma qu’il devait créer pour la région. Depuis ces débuts l’événement a pris de l’ampleur pour devenir incontournable avec ses espaces de rencontres sur le cinéma, avec les réalités qu’il raconte et le désir qu’on les cinéastes et cinéphiles du monde entier d’y participer.

“C’est un des festival les plus représentatif de l’Amérique Latine, ici conflue une grande diversité de styles, genres, regards et tendances. Pour moi, c’est un honneur d’y participer comme membre du jury cette année” raconte la cinéaste et actrice brésilienne Patricia Pillar.

Pour le cinéma, comme pour les festivals de ballet et théâtre, La Havane s´est converti en point de référence. Ce n’est pas pour rien que la politique culturelle de la Révolution a pour caractéristique de promouvoir la qualité et le divertissement de manière massive lors de nombreuses manifestations artistiques qui chacune trouve son public.

Les Cubains savent…

Ayant fait ses preuves comme événement et récepteur d’œuvres de qualité, non seulement en Amérique Latine mais dans le monde entier, le festival a primé les meilleures œuvres dans sa compétition officielle. On y concourt en fiction, documentaire, animation, premier film, scénarios inédits et affiches.

Mais il ne s’agit pas seulement de cinéma régional, c’est d’abord une rencontre avec le beau cinéma, le programme accorde une place importante au cinéma contemporain du reste du monde.  Il est ainsi possible de voir du cinéma polonais, Italien, français et même de l´indépendant nord-américain.

Le public en plus de l’accès a ce large panorama a une facilité pour rencontrer acteurs et réalisateurs connus. Le festival est une fête Les critiques donnent des pistes et de leur voix experte guide le public mais au final le véritable guide est l’instinct. Aller d’un cinéma à l’autre pour trouver le film recommandé par un proche à la séance de vingt deux heures vaut mieux que n’importe quelle parole experte.

Peut-être qu’une partie du public n’a pas tous les arguments pour prouver que le film était très bon… D’autres ne savent pas suffisamment de choses a propos de l’image, du montage, du scénario mais ils y vont. Certaines personnes ne sont pas présentes a 20h30 dans le cinéma le plus célèbre et prisé de la ville pour profiter juste du long métrage projeté. Certains y voient par exemple l’opportunité de profiter de leur petite amie surtout quand celle-ci  de quinze ans et des parents d’une autre époque qui ne la laisserait s’aventurer après le couché du soleil sous aucuns prétextes… sauf celui justement du Septième Art. Il y a eu de tout lors du dernier festival de cinéma de La Havane et chacun de ces petits détails particuliers lors de ses différentes éditions en fait un événement unique. Chaque détail, y compris ces petits secrets et histoires personnelles explique le regret de voir disparaitre cette atmosphère d’expectative qui règne a La Havane une fois le festival achevé.

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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