Cuba est aussi une terre de jazz



 

Bien que le jazz soit un genre musical venu des États-Unis, il se consolide chaque jour davantage dans l'île. Quel est le secret de ce pouvoir ?

Par Amada Cecilia

Le célèbre joueur cubain de guitare à trois cordes (el tres) Pancho Amat le dit : « Les jazzistes font du son et les soneros jazzent. » Peut-être ce mélange est-il le secret de l'excellente santé du jazz dans ce pays ces dernières années.

Même si Cuba a toujours possédé une large gamme de musiques à partager, ce genre, né aux Etats-Unis, s'est consolidé récemment sur l'île.

Aujourd'hui, le jazz cubain affiche une longue liste de jeunes talents qui parcourent le monde, reçoivent des prix, signent des contrats pour les plus célèbres festivals, se présentent face aux publics les plus exigeants.

La revitalisation du jazz à Cuba s'explique par les festivals toujours plus fréquents et importants dédiés à ce genre, avec la participation des meilleurs artistes au niveau international.

Cette année et pour la première fois, la 33e édition de Jazz Plaza aura lieu en janvier pour ne pas concurrencer le Festival international du nouveau cinéma latino-américain, deux évènements ayant acquis une grande notoriété au niveau régional.

Il faut dire que l'on vient du monde entier pour écouter les talentueux musiciens cubains et les artistes étrangers invités à cette occasion.

Un jazz cubain jeune

Les rendez-vous jazz à Cuba sont évidemment une vitrine pour les talents confirmés, mais ils constituent aussi un tremplin pour les nouvelles générations d'interprètes et de compositeurs, de plus en plus appréciés par le public et très présents sur le marché mondial.

À l’instar de Daymé Arocena, la dernière révélation du jazz national. Cette jeune femme de vingt-cinq ans a signé chez IMN, le label américain qui fait la promotion de grands musiciens cubains et étrangers tels que Buena Vista Social Club, Chucho Valdés et Omara Portuondo.

Arocena, qui a déjà enregistré trois disques chez Brownswoods, souhaite changer la vision du jazz, souvent perçu comme un genre musical difficilement accessible ou élitiste. C'est pourquoi elle a choisi de le mélanger à la culture afrocubaine, une manière de le rendre plus authentique, plus moderne et plus caribéen.

Le pianiste Alejandro Falcón, qui partage cette intention musicale, propose un jazz « à la cubaine ». Pour lui, Cuba est un mélange de cultures en totale syntonie avec la liberté créative inhérente à ce genre.

Ces jeunes et tant d'autres comme ceux de la famille de López Nussa, Aldo López Gavilán, Roberto Fonseca, Janio Abreu et une pléthore de talentueux musiciens ont été révélés par le JoJazz, un autre festival annuel qui récompense les nouveaux talents.

Chaque mois de novembre depuis 1997, cette rencontre s'intègre dans le circuit des clubs et scènes jazz de La Havane afin de proposer un espace aux nouvelles tendances portées par les jeunes jazzistes.

En vingt ans, plus de 1 200 interprètes ont participé à cet événement et environ 200 musiciens ont été primés.

Le label Esprit jeune du jazz cubain, de la maison de disques Colibri, permet aux gagnants d'enregistrer un disque avec le pianiste Chucho Valdès, plusieurs fois récompensé aux Grammy.

C'est cette maison de disques qui gère les productions jazz dans l'île, l'objectif étant que tous les jazzistes talentueux puissent sortir leur disque.

100 % approuvé

S'il fallait une preuve de la bonne santé du jazz à Cuba, ce serait la venue sur l'île du grand pianiste étasunien Herbie Hancock qui est par ailleurs l'auteur de deux des compositions de jazz les plus populaires de l'histoire.

Cette présence s´explique aisément : Cuba a accueilli la Journée internationale du jazz en 2017. Et c'est Hancock en personne qui a affirmé que l'île méritait cette reconnaissance depuis de nombreuses années et a évoqué des talents et une tradition unique au monde en parlant de Cuba.

Les déclarations de ce musicien génial, maintes fois récompensé, suffisent pour faire de Cuba une référence mondiale en matière de jazz, un genre musical qui rime avec liberté.

 Traduction : F. Lamarque