CUBA-ÉTATS-UNIS : Possibilité d'affaires

2012-06-07 17:10:15
Kirby Jone
CUBA-ÉTATS-UNIS : Possibilité d'affaires

Les États-Uniens qui se demandent comment sera Cuba lorsque celle-ci ouvrira ses portes aux investissements étrangers courent le risque de manquer le train.

Les visiteurs à La Havane ne se rendent peut-être pas compte du fait que l’aéroport où leur avion vient d’atterrir a été financé par un consortium bancaire canadien, qu’ils prennent un taxi Mercedes Benz pour aller à un hôtel construit par un groupe français, dont la propriété est partagée avec une chaîne hôtelière espagnole. Cependant, le fait de boire un coca-cola ou un red-bull dans un bar situé à proximité d’un magasin franchisé Benetton, Adidas ou Mango pourrait les surprendre. 

L’idée qu’ont un grand nombre d’États-uniens, selon laquelle les meilleures implantations hôtelières n’ont pas encore été exploitées, que les relations actuelles seront renégociées et que la construction de condos sur la promenade du bord de mer deviendra la mode à La Havane, est erronée et serait une mauvaise interprétation de la situation actuelle et future. Au cours des trois dernières années, grâce aux cours élevés du nickel et aux profits inattendus rapportés par les services fournis, Cuba a été en mesure d’investir dans la rénovation du réseau électrique, la construction de routes, le transport terrestre et ferroviaire, les raffineries de pétrole et le logement.

Ces investissements n’ont pas eu un grand impact si l’on tient compte des arriérés en la matière mais ils représentent quand même des milliards de dollars qui sont tombés entre les mains de sociétés allemandes, coréennes, russes, chinoises et vénézuéliennes. Ces sommes auraient pu être encaissées par des sociétés nord-américaines. En matière financière, certaines banques canadiennes et européennes ont entrepris d’importantes opérations financières qui ont été vendues sur les marchés internationaux de capitaux, consolidant ainsi leur réputation en tant que banques qui font des affaires avec Cuba et qui possèdent une connaissance du monde des affaires dans l’île. 

De même, un bon nombre des sociétés européennes et canadiennes qui ont fait des investissements importants à Cuba obtiennent, en échange, un certain degré d’exclusivité ou un monopole sur un secteur spécifique de l’économie. Tel est le cas du ciment, des télécommunications, de l’eau, des boissons non alcoolisées, du tabac, des cigares et du rhum. Il serait peu objectif de penser que ces entreprises vont rester les bras croisés alors que les sociétés états-uniennes exercent des pressions pour obtenir une politique de ciel ouvert, de compagnies aériennes ouvertes et de libre échange.

D’autres investisseurs étrangers font des placements stratégiques dans des secteurs tels que le gaz et le pétrole, les ports et les mines. Les sociétés pétrolières de la Chine, de l’Inde, du Vietnam et de la Malaysia ne font pas actuellement des investissements dans l’île pour les vendre ensuite aux sociétés nord américaines. Les investissements s’inscrivent dans leur stratégie globale pour obtenir des réserves énergétiques et minérales jusqu’à la fin du prochain siècle.

Un accord entre Cuba et les États-Unis dans le domaine du gaz et du pétrole devrait être logique étant donné que la prospection dans les eaux cubaines a lieu à 60 milles des côtes de la Floride. Vu l’envergure des travaux de forage en eaux profondes, Cuba est ouverte aux investissements états-uniens dans la zone, ce qui a été précisé au sommet USA-CUBA tenu à Mexico en 2006. Évidemment, l’événement qui a fait la une a été le refus de la chaîne hôtelière Starwood (à la suite des pressions du département du Trésor) de loger la délégation cubaine. Les deux parties ont quand même fait preuve d’intérêt et de volonté de tenir des rencontres futures.

Indépendamment des onéreux travaux de prospection, il faudra sous traiter en permanence des services d’appoint.

Pendant plus de 33 ans, j’ai visité l’île en compagnie de cadres d’entreprises états uniennes, et je suis conscient que la Cuba actuelle diffère beaucoup de celle d’il y a vingt, dix, voire cinq ans. Même si les sociétés nord-américaines auront toujours la possibilité de s’y insérer à un coût plus élevé dans l’avenir (voir commentaire supra), elles ne doivent pas penser que le pays qu’elles vont rencontrer est celui qu’elles ont vu la dernière fois ou qu’elles imaginent.

Le commerce actuel entre les États-Unis et Cuba

Depuis 2000, lorsque le Congrès américain a voté la Loi de réforme des sanctions commerciales, les deux pays ont en quelque sorte fait du commerce. Cuba achète notamment des produits agricoles à 37 états pour un montant d’environ 550 millions de dollars US, devenant ainsi un important marché pour les états de la région centrale des États-Unis. Et c’est logique vu la proximité géographique et le niveau atteint par le secteur agricole américain.

Si les restrictions imposées à ce commerce (interdiction de paiements directs et de crédits, même pas pour couvrir la période d’expédition des marchandises) n’existaient pas, les opérations pourraient se monter annuellement à 1 milliard de dollars US à partir des estimations concernant les achats d’aliments de Cuba (2 milliards de dollars US, 2007).

En dépit des restrictions, des maux de tête et des opprobres jetés à tort et à travers depuis 2000, plus de 150 sociétés états-uniennes ont participé à ce commerce limité, ce qui a permis à un groupe de cadres de ces entités de se former une idée précise de la Cuba actuelle. Les informations que j’ai reçues depuis 1975 mettent en relief qu’aujourd’hui Cuba est à tout à fait différente de celle décrite aux USA. Les Cubains ont en général une opinion positive des Nord américains et de leur culture (voitures, base-ball, films) et les cadres d’Alimport (la société cubaine chargée du gros des achats d’aliments faits par Cuba à l’étranger) se caractérisent par leur habileté et professionnalisme dans les affaires.

Aucune personne ayant de l’expérience dans le commerce avec Cuba ne pourra dire que la tâche a été facile, surtout lorsqu’il s’agit d’opérations plus complexes exigeant des investissements étrangers. La Havane n’est pas Houston, même pas Hanoi. Les rapports sont importants. Il faut suivre rigoureusement les processus réglementaires et faire preuve de diligence pour entreprendre un projet quelconque. En général, le pays est tempéramental et singulier. Cependant, nombre d’hommes d’affaires voient d’un bon œil Cuba par rapport à d’autres pays latino américains (sans parler des pays africains). Les contrats souscrits par Cuba répondent à un corps de loi défini ; d’autre part, le pays est sûr et la corruption aux niveaux supérieurs de la hiérarchie est très rare.

Recommandations à faire aux sociétés états-uniennes intéressées à ce nouveau marché :

- Avant de faire des affaires dans l’île, il faudra étudier en détail les réglementations, les permis et les normes inusités imposés par le gouvernement des États-Unis.

- La partie cubaine vous demandera des références et fera preuve de diligence par rapport à votre société.

- Commencez avec prudence et axez votre attention sur votre activité économique de base.

- N’imaginez pas que les affaires à Cuba sont ou devraient ressembler à ceux des États Unis ou de l’ancienne Union soviétique. Cuba a un style propre que vous saisirez rapidement.

- Établissez et développez des liens personnels mais ne vous limitez pas à une ou deux personnes. Les restructurations et les retraites peuvent jeter à terre vos contacts clé.

Face à l'avenir 

Vu les liens historiques et géographiques unissant Cuba et les États-Unis, il est clair qu’à un moment donné les économies des deux pays entreront en rapport. Cuba ferait office de tête de pont et centre de liaison des États-Unis avec le reste de l’Amérique latine et des Caraïbes. Les télécommunications, l’aviation, la navigation et les terminaux de gaz liquéfié partiraient de La Havane à l’instar des rayons d’une roue. Des millions de touristes en provenance des États-Unis visiteraient annuellement l’île alors que des centaines de nouveaux hôtels seraient construits, les aéroports seraient agrandis et l’infrastructure serait améliorée et rénovée. Les États-Unis deviendraient un important débouché pour les produits cubains, les cigares, le rhum et la biotechnologie, alors que Cuba importerait de son voisin des machines lourdes, des aliments et des produits financiers.

Cela ne veut pas dire pour autant que tout va se dérouler selon les conditions imposées par les États-Unis et selon les modalités stipulées dans le déplorable document intitulé Transition vers la démocratie du département d’État. Bien des années s’écouleront avant de trouver un McDonald’s (si tant est qu’il y en aura un) à chaque coin de rue. La douceur de la transition de Fidel à Raúl laisse prévoir l’absence de moments explosifs. Toute transition ressemblera plus à celle des pays asiatiques, avec une importante participation de l’État, plutôt qu’à celle des pays de l’Europe orientale, empressés à imiter le modèle libéral capitaliste.

Les partisans de l’embargo imposé par les États-Unis peuvent évoquer des cas où les sanctions ont été efficacement utilisées pour influer le changement de politique nationale d’un gouvernement donné. Ils parlent notamment de l’Afrique du Sud dans les années 1980, et plus récemment, de la Serbie et Monténégro, oubliant que dans ces deux cas le monde était uni (à juste titre) contre les régimes de ces pays. En novembre 2007, à l’occasion de la votation annuelle des Nations Unies à l’encontre de l’embargo des États-Unis, seuls ces derniers, Israël et les îles Marshall ont voté pour, alors que 184 pays ont voté contre. Ironiquement, certains particuliers et sociétés israéliennes ont investi à Cuba au cours des dix dernières années dans des secteurs tels que l’immobilier, l’agriculture et les cosmétiques.

L’Union européenne pourrait être considérée comme peu importante du point de vue politique. Cependant, en matière économique elle constitue un contrepoids par rapport aux USA. En dépit de ses différences politiques avec Cuba, elle soutient résolument le principe de la participation commerciale et pénalise les sociétés qui refusent de commercer avec Cuba de peur de l’embargo états-unien. 

Le Vietnam et la Libye constituent deux bons exemples. Les sociétés nord-américaines ont fait des pressions, avec succès, afin d’éliminer les sanctions économiques lorsqu’elles se sont rendu compte qu’elles restaient à l’écart d’un marché fleurissant caractérisé par des réserves pétrolières faramineuses. Cela ne veut pas dire qu’il faut soutenir totalement la structure politique mais comprendre que la participation, plutôt que l’aliénation, peut s’avérer mutuellement avantageuse.

Le moment favorable pour un changement de politique aux USA semble être embourbée car tout l’oxygène disponible est absorbé par le débat sur l’Irak. On suppose qu’un nouveau gouvernement passera encore une fois en revue la politique états-unienne et qu’il permettra aux sociétés de ce pays de tirer profit d’importantes possibilités commerciales et de jeter les bases d’un considérable développement dans l’avenir.

Kirby Jones

US-Cuba Trade Association

2300 M Street, NW Suite 800

Washington, DC 20037

Tél.:    202/ 530-5236

Portable : 301/ 520-4297

Fax : 202/ 478-0839

Courriel : kjones@uscuba.org

www.uscuba.org

 

Cuba Absolutely

C’est avec un grand plaisir que nous soumettons à votre considération les éditions de Cuba Absolutely, une revue culturelle, un vade-mecum économique et d’affaires, un guide touristique. Tout sur Cuba, Cuba absolument. Informer, attirer, divertir sur la base de la richesse du contenu, tel est l'objectif.

Nombreuses sont les hyperboles et les opinions sur Cuba. La subtilité est l’une des premières victimes de la rancune existant entre le gouvernement de Cuba et les exilés cubains de Miami : elle est soit jetée par dessus bord, soit perdue dans la traduction. La réalité ? Cuba n’est ni le paradis tropical socialiste vanté par ses admirateurs ni la dictature tyrannique critiquée par ses détracteurs. Nous avons la chance de pouvoir écrire sur Cuba, un site riche en histoires fascinantes où la crainte d’épuiser les sujets ne nous hantera jamais. Nous n’avons pas la moindre intention d’offenser d’autres petits pays, mais Cuba a de l’esprit.

C’est une île qui a fait valoir sa propre manière de faire les choses pendant plus de quatre décennies. Le monde peut devenir routinier mais Cuba restera personnelle et unique. Cuba Absolutely est divisée en sections.

www.CubaAbsolutely.com

Sur le même thème