Cuba, que reste-t-il de notre avenir?

2012-08-30 21:47:15
Bertrand Vannière
Cuba, que reste-t-il de notre avenir?

Après quelques mois d'une certaine installation de l'économie de marché à Cuba, l'occasion nous est donnée avec la venue à la Havane en Juin dernier de représentants d'une institution mondiale d'aide au développement de … réfléchir à l'avenir économique de l'île.

C'est tout au moins l'occasion de nous interroger sur les années à venir et sans proposer de prédictions, Cubania tente de donner un avis sur une possible évolution, ses chances et ses freins.

La vision sur Cuba de cette délégation internationale a évolué et depuis ses premières interrogations sur l'un des derniers régimes socialistes au monde, on assiste à une recherche graduelle de collaboration, dans des perspectives futures, pour un avenir qu'elle pense peut être moins incertain qu'il n'y paraît. Le Lièvre et la Tortue.

Cuba serait en pleine évolution, plus ou moins rapidement et c'est certainement cette notion de rapidité qu'il convient de définir précisément. Certes les fameux « Lineamientos » voulus par le président Raul Castro sont les premières étincelles d'une économie mixte. Depuis avril 2011, date de leur publication qui faisait suite au 6ième congrès du PCC, ces quelques 300 articles régissant les grands axes de la nouvelle politique étaient censés être synonymes pour la population cubaine de facilités et d'évolution. Ainsi, acheter sa maison (et non plus la « permuter »), disposer d'une licence privée de travail et même réaliser des bénéfices commerciaux étaient au programme.

Mais les perspectives intrinsèques de cette ouverture peuvent aussi paraître différentes de ce que le quidam-capitaliste va en penser, par habitude économique. En effet, si nous sommes d'accord pour dire que les « Lineamientos » sont des ajustements structurels, le rôle des institutions mondiales d'aide au développement économique est bien de participer, par une assistance technique et des financements, à leur mise en place... enfin, pour ce qui est de son rôle dans un pays plus « classique ».

De là va découler toute la difficulté à combiner les visions : celle des Cubains qui trouvent bien lents les évolutions de leur économie, résultats des ajustements du gouvernement, celle des « autres », voyant soudain bien des pré-conditions à ces ajustements.

Obama versus Chavez ?

Après 50 années de non-dialogue entre Cuba et les Autres, la perspective de pouvoir intervenir « rapidement » est toute relative... la rapidité ayant comme unité de mesure l'année. Le court terme deviendrait le moyen terme, et le moyen terme serait en réalité, une évolution à long terme.

Mais les cubains ? Et les investisseurs ? Seront-ils tous prêts à attendre des années, ou à investir sur des dizaines d'années ? Là, les avis sont partagés, mais on assiste déjà en In à une certaine lassitude... et en Out à une baisse d'enthousiasme pour le pays. L'important est surtout que cette évolution négative ne se transforme pas en un affaiblissement du flux des affaires avec Cuba, ou à un certain désintérêt étranger pour l'île.

Pourtant, la Réforme (pour ne pas dire la Révolution) ne peut se faire à Cuba sans l'assentiment de la population, on l'a bien vu il y a quelques cinquante ans... et parallèlement, il est tout aussi difficile, voire impossible de réformer sans argent, celui de l'extérieur en l’occurrence. Alors doit-on annuler, ou juste patienter ???

2012, encore une fois pourrait être une année sans mouvement politique ni économique à Cuba. Mais nous ne sommes qu'en juillet et rien n'est certain. L'Assemblée Nationale convoquée pour ce mois pourrait par exemple apporter des avancées sur la politique migratoire ou les FDI (Foreign Direct Investment). Dans tous les cas, un attentisme régional toutefois sera de mise. Car il faudra nécessairement attendre de connaître l'évolution au Venezuela en octobre, et garder aussi un œil grand ouvert le mois suivant sur les Etats-Unis et son évolution politique. Et ce, même si le fameux et inoubliable embargo ne pourra guère être durci plus encore, en cas d'administration républicaine US. Ce scénario de durcissement serait en effet bien trop compromettant pour la vision des états d'Amérique envers le plus puissant du continent : le sommet de Carthagène en avril dernier l'a prouvé, la marginalisation de Cuba est devenue tout simplement absurde et appartient définitivement à une autre époque. Au pire, on devra assister à un Statut quo... mais rester sur place ne fait pas vraiment avancer...

Et du Venezuela, que doit-on attendre ?

Le scénario d'un changement radical est bien plus menaçant car la perte du pouvoir par les chavistes, civils et/ou militaires, forcerait la Havane à réviser complètement son partenariat, son développement, son commerce et plus généralement ses données internationales.

Le risque d'un changement de pouvoir à Caracas nécessitera donc de diversifier... et d'épargner. Et le « branlebas de Cuba » n'aurait-il pas déjà démarré ? Visites toutes azimuts des autorités cubaines à l’étranger, coupe dans les budgets d’investissements... on semble assister à des prises de position évolutives, même si le cubain se plaint d'attentisme.

Des changements sont réellement en préparation, pas forcément ceux escomptés, ni par la population, ni par les diplomaties étrangères. Et sans financement, pas de réforme dite «douce » ; quant à un ajustement drastique, il est toujours plausible mais ferait imploser les faibles équilibres sociaux-politiques.

paneau

Rien de nouveau sous le soleil ?

Alors que devons-nous attendre de Cuba ?

Ou plus clairement, « devons-nous encore attendre? »

Eh bien oui. Mais surtout attendre … que 2012 se passe, avec des perspectives pour la suite. C'était justement il y a quelques jours que le gouvernement cubain a annoncé pour la fin d'année une possibilité de réforme de la loi 77 qui régit les investissements étrangers dans l'île. Le but serait de « favoriser les investissements étrangers en complément des efforts d'investissements nationaux, en les orientant vers des secteurs prioritaires comme l'accès à la technologie, l'élargissement de marchés, les apports de financements à moyen et court terme » a précisé Yamila Fernandez del Busto, directrice des finances du ministère du Commerce extérieur et des Investissements étrangers. Attendons encore...

Mais pas toujours. Car pour 2013, tout serait donc envisageable et malgré le contexte actuel d’incertitudes, nous pouvons dessiner au moins trois cas de figure, aussi différents qu'imprévisibles :

D'abord, que les variables extérieures restent inchangées. Cuba pourrait doucement se diriger (de façon contrôlée), vers de nécessaires ajustements plutôt dans le style stop-and-go. Profondes ou pas, ambitieuses ou pas, tout reste à découvrir et va dépendre, en interne de l'équilibre des forces en présence.

Ensuite, qu'aux Etats-Unis, un Obama réélu puisse profiter d’une fenêtre d’opportunités pour davantage assouplir les restrictions envers Cuba. Mais jusqu’où pourra-t-il aller, nul ne le sait. Dans l’hypothèse d’un rapprochement de Cuba avec son frère ennemi, le marché européen risquerait alors de pâtir d’une nette préférence des Cubains envers les Etats-Unis. Question politique comme pour l’agriculture et question humaine comme pour les voyages. Mais parallèlement ce même marché européen pourrait encore plus s’intéresser à la grande île.

Enfin, le scénario catastrophe : des changements au Venezuela (et/ou aux Etats-Unis). Dans ce cas, divers scénarios sont possibles : d'une rupture totale des avancées à des changements drastiques. Dans tout cela, quel rôle (direct ou en coulisses) pour les institutions internationales et les diplomaties ? Les changements pourraient être plus rapides que prévu... rendez-vous en 2013.

Cuba Autrement

« Cuba Autrement » est ce qu’on appelle dans le jargon un « réceptif », un spécialiste de la destination représenté à Cuba, en France et au Canada. Installés à La Havane depuis 1996, nous bénéficions d’un contrat d’association avec différentes agence réceptives locales, ce qui nous a permis de développer une toute une gamme de produits qui nous sont propres. Nos nombreux voyages à thèmes permettent la découverte de Cuba… Autrement, d’un point de vue avant tout culturel. Cuba « Autrement » s’attache principalement à faire découvrir une société hors du commun, un pays qui nage à contre-courant d’une mondialisation annoncée, pour le meilleur et pour le pire. Cuba et les cubains constituent une expérience extraordinaire, un cas unique qui peut se vanter de certains succès, sans oublier néanmoins ses erreurs, et qui relativise notre perception de la société actuelle. L'éducation, la discipline, la gentillesse, mais aussi le caractère nonchalant, la façon de vivre en priorité le moment présent, et le tout sous un climat tropical, façonnent l'ambiance qui retiendra l'attention du visiteur intéressé par la découverte culturelle. L’accent est donc mis sur la rencontre pour nos clients voyageurs qui, évitant les circuits classiques, désirent découvrir le pays dans ses réalités, au delà du folklore trop souvent présenté. Outre les produits touristiques basiques, l’agence développe toutes sortes d’activités inspirées de la culture locale et mène en parallèle différents projets, qu’ils soient artistiques, sociaux ou de communication (cf. Cubania.com, mais également Kewelta.cu, site d’information culturelle de Cuba, et sa partie francophone HavanaScope.com). Stéphane Ferrux, Directeur de « Cuba Autrement »  

Page web: http://www.cubaautrement.com/

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