« Cuba Skate » : ça roule sur l’Ile

2014-08-14 21:10:48
Marianela González
« Cuba Skate » : ça roule sur l’Ile

Dans la rue G de La Havane, un groupe de « riders » partagent leur goût pour le skateboard. Cette pratique ne reçoit pas à Cuba d’aides institutionnelles mais a fait l’objet de beaucoup d’efforts de la part de Miles, un jeune américain récemment diplômé de l’Université du Michigan. Ayant parcouru l’Ile sur ses roues, cela lui a donné l’idée d’y introduire la planche à roulettes.

Les rêves de dizaines de jeunes à Cuba se profilent également à travers le skate.

Par : Marianela González

Si l’on tape sur Google “trottinette + Cuba”, on obtient comme résultat Revolico ou bien PorLaLivre, les meilleures marques, neuves ou ayant très peu servies. Mais si l’on tape « skate + Cuba », le résultat est différent : « les trottinettes survivent à Cuba, d’après le Herald ».

Cette recherche reflète deux points: premièrement, il n’y a aucun programme sur l’Ile qui s’occupe au niveau professionnel ou institutionnel de favoriser la culture « skate » ; et deuxièmement, si cela a néanmoins lieu, sa visibilité est minime. Comme tout un tas d’autres choses à Cuba, cette pratique s’insère dans ce que l’on appelle « le complémentaire », c’est-à-dire ce vaste terrain qui n’appartient à personne et dans lequel on peut y faire figurer toutes les choses sans lesquelles les cubains peuvent « parfaitement » vivre.

Mais à Cuba, la notion du « basique » est relative.

Tout le monde se connait dans la rue G de La Havane. Sans trop se poser de questions, n’importe qui peut venir, regarder, s’assoir puis repartir.

Et comme personne ne lui a posé la question, personne n’a su que ce « yuma » (étranger) de 20 ans n’était pas à l’époque en train de découvrir Cuba. Il avait grandi en portant en lui cette Ile. Il avait même un vécu surprenant avec elle, mais tout ceci n’avait guère de sens. Le skate était son élément et cela allait lui offrir la meilleure porte d’entrée sur l’avenue qui, ces dernières années, était le lieu de rencontre des tributs urbaines à La Havane.

La première fois qu’il est venu, il était enfant. Son père présidait le Parti Communiste à Washington… (Je vous l’accorde, faites une pause)… Il est donc venu lorsqu’il était enfant. Son père présidait le Parti Communiste à Washington et à la maison, ils parlaient constamment de Cuba, du communisme, « de ces choses là ». Devenu étudiant à l’Université du Michigan, Miles voulut comprendre.

En 2010, il fit la même recherche que j’ai faite en 2014 et Google lui donna la même réponse. A La Havane, aucun magasin ne vendait des accessoires de skate, aucun parc n’était adapté, aucune organisation ne reconnaissait les skateurs. Et encore aujourd’hui, il pense qu’ouvrir un magasin de skateboards à Cuba reviendrait à « ouvrir un musée ». Tout le monde pourrait regarder, mais personne ne pourrait acheter. De 2010 à aujourd’hui, il a déjà parcouru plusieurs fois le trajet La Havane – Washington et il sait parfaitement de quoi il parle...

En 2011, quelques mois avant sa première visite à Cuba à l’âge adulte, Miles Jackson fonda avec son amie et compagne, Lauren, le projet Cuba Skate. Cette initiative à but non lucratif avait pour objet de mettre des planches à disposition des skateurs cubains. Le projet est devenu sa profession et il s'y consacre depuis qu’il est diplômé. C’est ainsi qu’il a connu le Che, un artiste tatoueur vétéran du skate à Cuba ou Reinaldo, skateur également lorsqu’il avait à peine 15 ans. Miles a découvert de nombreux talents parmi les « chamacos » (les enfants). Aujourd’hui, ce sont ses amis, sa famille.

Il a raconté une partie de cette histoire par mail à des représentants de marques et des skateurs aux Etats-Unis. Rien qu’en 2010, Miles envoya une centaine de messages à des adresses telles que info@cualquiercosasobreskate, ce qui se transforma en une vingtaine de skates et quelques centaines de dollars, somme suffisante pour en acheter davantage. Huit mois après son premier voyage à Cuba, il était déjà de retour sur l’Ile avec du matériel et une idée fixe en tête : soutenir la communauté cubaine de skateurs, encourager cette culture auprès des enfants et réparer le « Patinódromo » (skatepark local).

Il raconte qu’à « Cuba, ceci est considéré comme un hobby et non pas comme un sport que l’on prend au sérieux, que ce soient les institutions ou bien l’Etat ». Si bien que vouloir réparer, construire ou intervenir dans n’importe quel espace publique demande des connexions et des propositions qui dépassent le cadre de son projet. « Mon travail est là-bas, aux Etats-Unis, à essayer de trouver des solutions pour obtenir des aide. Mais ce sont les skateurs cubains qui doivent faire les démarches, se faire connaître en tant que sportifs auprès des institutions afin de démontrer que le skate est un sport… et plus encore, qu’il s’agit d’une famille ».

Compte tenu du rôle qu’est le sien, Miles a fait preuve de toute la créativité qu’il est possible d’imaginer. Il a mis aux enchères des planches peintes par des artistes de Californie, Miami et La Havane afin de financer l’achat de plus de matériel. Il a travaillé sur des documentaires et des expositions de photos. Il a ouvert des comptes sur Facebook, Twitter et Instagram. Il a sa propre page internet et une belle carte de présentation personnelle : « un projet par et pour les skateurs de la rue G ».

Il les connait tous et aucun via Google.

Habana XXI

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