Cuba sur La route de l'esclave



Cuba semble être l’ancienne colonie la plus dynamique dans le développement du projet de La route de l'esclave.

Différentes institutions le soutiennent : la fondation Fernando Ortiz, le Conseil national du patrimoine culturel, la Commission cubaine à l’UNESCO ainsi que les centres provinciaux du patrimoine culturel et les commissions provinciales des monuments. 632 sites accueillant auparavant des esclaves ont été identifiés tels que des sucreries, des plantations de café, des cabildos, des palanques ou des « maisons-temples ».

On y trouve par exemple les ruines du barracón (baraquement) de la sucrerie Taoro à La Havane, ou l’ancienne plantation de café Angerora située à 5 kilomètres de la route reliant Artemisa à Cayajabos toujours dans la province d'Artemisa.

Des traces tout au long de l'île

Les empreintes de la présence africaine sont très marquées sur l’île de Cuba comme par exemple dans les nombreux refuges des cimarrones, ces esclaves qui fuyaient les plantations. Petit à petit, ils se sont organisés et ont créé les palenques : des petites communautés où les esclaves essayaient de survivre tout en étant poursuivis par leurs maîtres.

De même, on a souhaité préserver les manifestations culturelles de l’époque coloniale telle que la Tumba Francesa de Oriente déclarée chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité en novembre 2003. Les danseurs de Tumba Francesa viennent souvent d’Haïti et ont un ancêtre cubain. Ils dansent en solo et en couple tel les danses de quadrille, les rigaudons, les lanciers et les menuets du XVIIIème siècle. Plus qu’une simple danse, la Tumba Francesa désigne la fête, le tambour et tous les instruments qui font bouger les danseurs.

Photo : Cubania

Le musée de La route de l'esclave

Le premier musée de La route de l’esclave sur le continent américain a été inauguré à Cuba en juin 2009. Il se situe à l’intérieur du château San Severino, une forteresse construite au début du XVIIIème siècle dans la province de Matanzas. On y raconte l’histoire de l’esclavage et de la culture africaine en Amérique.

On estime à 1,3 million le nombre de noirs-africains amenés à Cuba durant la période coloniale. Les premiers sont arrivés en 1523 et ont tout de suite été considérés comme une main d’œuvre bon marché dans les sucreries et les plantations de café.

À l’occasion de l’inauguration du musée de La route de l’esclave, Miguel Barnet (président de la fondation Fernando Ortiz et de l’union des écrivains et artistes de Cuba (UNEAC) a rappelé les mots du scientifique Fernando Ortiz : « Cuba sans la couleur noire ne serait pas Cuba ». Par ces mots, il reconnaît l’importance de la culture africaine dans la construction de l’identité nationale.

Barnet a ensuite précisé : « prendre conscience de ce qu’a été l’holocauste moderne de la traite des Noirs, le plus terrible jamais connu, c’est aussi se rappeler des empreintes laissées sur de nombreuses femmes et hommes qui sont arrivés sur nos côtes trainant de lourdes chaines, quittant leur famille et leur culture, sans espoir de retour ».

« Pour Cuba, l’Afrique n’est pas une troisième racine mais une racine tout aussi essentielle que les racines hispaniques et asiatiques dans la construction de la nation », a voulu préciser l’auteur du roman Biografía de un Cimarrón.

La route de l’esclave tente, depuis plus d’une décennie, de rappeler ce qui fait partie intégrante de l’histoire de Cuba à travers la mise en avant des vestiges, des pratiques culturelles et religieuses de ces hommes et de ces femmes travaillant d’arrache pied du lever au coucher du soleil.

En référence à ses origines, un Cubain dira fréquemment : « Ici, celui qui ne vient pas du congo vient du carabalí » (Congo est le nom des esclaves, majoritairement bakongos, arrachés d’Angola, de république populaire du Congo et du Congo alors que carabalí est celui des esclaves, ekois et ibibios du Calabar, originaires du Nigéria, du Cameroun, de Guinée équatoriale).

C’est une vérité sur tout le continent. Pour s’en convaincre, il suffit de suivre l’empreinte de l’esclavage laissée au fer rouge sur la nation cubaine.