Cuba tombe dans la folie du football



Les matchs de la Champions League entre le Real Madrid et le Barça sont suivis avec une véritable passion par des centaines de Cubains. Vêtus du maillot de leur équipe favorite, ils se donnent rendez-vous dans les établissements qui retransmettent les matchs en direct. Deux joueurs ont actuellement la cote chez ces aficionados : Lionel Messi et Cristiano Ronaldo.

L’anxiété a monté d’un cran l’année dernière lors de la Coupe du monde de football en Afrique du Sud. On pouvait voir dans les rues de La Havane de jeunes supporteurs, hommes et femmes, se promener avec les drapeaux de leurs équipes favorites peints sur leur corps : Espagne, Brésil, Argentine, Hollande ou Allemagne.

Pourquoi, dans un pays où la tradition footballistique est peu présente, ces événements soulèvent-ils autant les foules ? Qu’est-ce que recherchent les jeunes Cubains en regardant un match de football ?

Le succès dans un ballon

En fait, ce sport est vu pour beaucoup comme un idéal de réussite. L’histoire des joueurs de football nés dans la misère et atteignant des sommets en fait rêver plus d’un. Ce sont par exemple les enfants brésiliens qui apprennent à jouer dans les favelas et, quand ils ont atteint un certain niveau, sont recrutés rapidement par les puissants clubs européens. Les jeunes Cubains aiment l’idée que le talent, la sueur et la discipline peuvent les amener vers la gloire. Jouer au football tout en gagnant des millions est la vie dont ils rêvent.

Ils aiment aussi le ballon rond pour la qualité de ce jeu. Au-delà du sport, le football offre un vrai spectacle où les joueurs sont des artistes. Ils imposent leur image et deviennent rapidement des modèles. Messi et Ronaldo, les stars de l’heure, sont épiés dans les moindres détails : marques de vêtement, voitures, cosmétiques… Les publicités défilant sur le terrain ne sont pas anodines, elles font partie intégrante du jeu.

Pour les jeunes cubains amateurs de football, regarder un match à la télévision revient à se pencher par la fenêtre du capitalisme où la consommation est la règle. À travers ce sport, ils observent ce qu’ils n’ont pas et comprennent la façon dont on leur en a  privé. En fait, le football leur renvoie leur propre image : celle d’une jeunesse, souvent aisée, mais privée d’un certain nombre de libertés.

La nouvelle classe cubaine

Les antennes paraboliques sont interdites à Cuba. Il faut donc se déplacer à la cafétéria ou au bar de l’hôtel le plus proche pour espérer regarder un match. Les places sont rares et souvent très chères. Les jeunes qui s’y réunissent sont en mesure de payer l’équivalent d’une semaine de travail, voir plus.

Les maillots, shorts, revues spécialisées du football et les posters des joueurs ne sont pas commercialisés à Cuba. Ils sont donc importés de l’étranger, arrivant aux mains de parents voyageant ou résidant à l’étranger. C’est pourquoi ce sport est regardé par les familles avec un certain statut économique. La majorité des foyers cubains n’a pas les moyens de dépenser de l’argent dans ce loisir.

Ce sont les enfants de la nouvelle classe économique à Cuba. Ils trouvent une identité à travers le football. Ils intégrent les valeurs capitalistes communiquées à travers ce sport. Contrairement à leurs parents, ils ne font pas de faux-semblants en affirmant  assumer le fait de vivre loin du capitalisme. Pour eux, parler des exploits de Lionel Messi ou de Cristiano Ronaldo, c’est aussi naturel que de parler de Nike, Adidas ou des salaires astronomiques des grands patrons.

Mais que s’est-il passé pour en arriver là ? Dans un pays où la propagande a attaqué méticuleusement le mercantilisme du sport et la consommation de masse pendant des dizaines d’années, pourquoi les jeunes, représentants du socialisme futur, adhèrent aujourd’hui à ces valeurs ?

Ils ne le savent pas vraiment. Pour eux, il s’agit seulement de football comme le sont d’autres choses dans le monde. Mais, sans le savoir, ces jeunes donnent le coup fatal à la Révolution Cubaine.