Cuba vieillit, quel avenir pour les retraites ?



Le vieillissement inattendu de la population cubaine a amené les autorités à modifier en 2008 la loi régissant la sécurité sociale. Dans une période où les réformes économiques sont nombreuses afin d'améliorer l'efficacité de l'État, toucher à un des piliers de la politique sociale fut un véritable défit politique.

Le nombre de retraités doit bientôt dépasser celui des actifs. C'est pour cette raison que le gouvernement de Raúl Castro a pris les devants en annonçant divers changements. Le déséquilibre de la pyramide démographique place en effet l'économie cubaine dans une situation difficile.

Le poids des pensions

Deux modifications majeures à la loi 24 ont été amorcées : l'âge de la retraite a été élevé de cinq ans et les cotisations salariales des travailleurs actifs ont été augmentées.

Même en repoussant l'âge du départ à la retraite, le problème du vieillissement de la population sur le marché du travail n'est pas totalement réglé. C’est pour cette raison que les modifications légales doivent être accompagnées de stratégies alternatives aidant à en régler les causes. Le cubano-américain Carmelo Mesa-Lago, professeur à l’université de Pittsburgh, a soutenu dans un article publié par la revue Espacio Laical que Cuba n’a actuellement pas les ressources suffisantes pour faire face à l’augmentation croissante du coût des pensions.

Les modifications de la loi 24 ne résoudront pas le problème dans la mesure où il faudra « d’autres réformes structurelles pour améliorer la production et la productivité de l’économie cubaine », affirme Mesa-Lago.

Il s’explique : « depuis le début de la Révolution, Cuba a développé un système très généreux de retraites avec des âges d’accès très bas permettant les périodes de pensions les plus longues de la région. En 2010, l’État alloua 13,8% de son budget aux dépenses de sécurité et d’assistance sociale ».

Mais ces dépenses ne peuvent augmenter à l’infini. Comment le gouvernement cubain pourra adapter son système de santé à une population vieillissante ? Par quels moyens financera t-il les dépenses propres au troisième âge ? Combien devra t-il investir en installations et personnels spécialisés en gériatrie ? Ce sont quelques questions essentielles auxquelles devront répondre prochainement les ministères de la santé publique, de l’économie, du travail et de la sécurité sociale. Chacun se fera probablement un malin plaisir à se renvoyer cette « patate chaude ».

Privatisation dans le travail, pas dans l'assistance

Malgré tout, les autorités cubaines répètent régulièrement que la solution ne passera pas par la privatisation de la sécurité sociale ou par une réduction de la couverture des ainés. Le gouvernement privilégie une révision des politiques de la santé, de la sécurité sociale et de l’éducation pour les rendre plus efficaces et pour prévoir la relève générationnelle.

Selon les calculs officiels, le nombre de jeunes en âge de travailler est passé de 238.000 en 1980 à un peu plus de 166.000 en 2007. Le déclin semble bien enclenché avec une prévision de 129.000 jeunes actifs en 2020.

L’assouplissement des règles du travail indépendant a permis à beaucoup de jeunes de créer leurs propres affaires et de sortir du marché noir. De nouvelles recettes sont alors apparues dans le budget de l’état via les cotisations payées par les employés. Toutefois, l’économie souterraine n’a pas été entièrement éradiquée.

La chute du nombre de travailleurs nécessite que les conditions de travail soient revalorisées, via une augmentation des salaires, pour que ces jeunes soient attirés vers les emplois. Cela reste encore une chimère pour la majorité des postes publiques mais un changement s’opère dans le secteur privé. Ces évolutions pourraient freiner l’émigration et stimuler la fécondité, deux voies pour contrer le vieillissement de la population.

Les Cubains sur le point de prendre leur retraite ne sont pas tant préoccupés par l’augmentation des années nécessaires de cotisations que du niveau de leur pension. Une enquête réalisée il y a une dizaine d’années parmi les ainés de La Havane révèle que 78% d’entre eux jugent leurs revenus de retraite insuffisants. La majorité affirme avoir besoin de revenus supplémentaires pour vivre ; ils proviennent alors de la famille, d’emplois temporaires ou de versements reçus de l’étranger.

En 2008, malgré les annonces du président cubain jugeant les modifications apportées à la loi de la sécurité sociale comme « le premier pas qui redonnera aux salaires leur rôle originel », peu de choses ont changé trois ans plus tard.

Le vieillissement de la population cubaine, plus qu’un sujet d’étude pour les sociologues et les démographes, représente surtout un énorme défi économique. Sans amélioration de la natalité ou d’augmentation de l’immigration, Cuba vivra sous une terrible épée de Damoclès durant les prochaines décennies. Si les réformes échouent, la crise démographique pourrait meurtrir profondément l’Île.