Des fêtes de fin d'années à la cubaine

2017-01-09 20:21:58
P. del Castillo
Des fêtes de fin d'années à la cubaine

Par : P.

Famille: tel est le maître mot pour les fêtes de fin d'année à Cuba. Toutes les générations se retrouvent aussi bien pour le réveillon de Noël que pour celui de la Saint-Silvestre. Des réjouissances qui sont le prétexte à de copieux repas et si huîtres, foie gras et champagne ne sont pas au menu, les tables cubaines sont toujours bien garnies. Des marchés (ferias) sont organisés pour l'occasion: on n'y trouve certes ni lampions ni bonhommes de neige - et pour cause - mais les étals sont plus fournis qu'à l'accoutumée. 

Le porc, qualifié avec humour de "mammifère national" dans l'une des chansons du groupe Buena Fe, ne saurait manquer à l'appel sans déchoir de son rang : cuite de longues heures au four, la viande est généralement accompagnée de congrí, une spécialité à base de riz et de haricots, venue de l'Est de Cuba. Le manioc fait également figure d'incontournable avec son mojo (sauce à l'huile, au citron et à l'ail) et les bananes frites sous forme de tostones sont évidemment au rendez-vous. La "comida criolla" est donc à l'honneur. Au dessert, les turrones espagnols sont sur bon nombre de tables. La tradition voudrait que l'on se délecte de buñuelos (beignets) mais ceux-ci sont souvent remplacés par d'autres gâteaux. Ces joyeuses ripailles sont agrémentées de musique - comme toujours à Cuba - et de force libations : on boit du rhum et de la bière, bien sûr, mais aussi du cidre, espagnol généralement, et du vin, cubain ou étranger selon le budget.

Un coup d'œil sur les traditions de fin d'année. Pour s'attirer les faveurs de la Fortune, on lance un seau d'eau par la fenêtre le 31 décembre, à minuit sonnant. Peu nombreux sont les Cubains qui dérogent à cette coutume et gare à vous si vous passez sous les balcons de La Havane! L'eau, qui emporte avec elle les vicissitudes de l'année écoulée annonce une nouvelle année placée sous le signe de la chance et du bonheur. Le soir de la Saint-Silvestre, dans les campagnes et dans l'Est, on brûle un pantin confectionné par les villageois ou les habitants du quartier qui se rassemblent pour voir se consommer les malheur d'une année à jeter aux oubliettes... purification par le feu cette fois-ci. Suite à l'arrivée d'immigrés originaires de l'Est de Cuba, cette tradition a quelque peu gagné la capitale à la stupéfaction de certains Havanais.

Parmi les coutumes plus récentes, il en est une qui s'est répandue au cours des années 1990 et qui est désormais profondément ancrée chez de nombreux Cubains : faire le tour du pâté de maison avec une valise après les douze coups de minuit. Si l'origine de cette virée nocturne est discutée, le sens que les Cubains lui accordent est sans ambigüité : il s'agit de favoriser les chances de voyager. De quoi renforcer dans leurs convictions ceux qui disent le Cubain superstitieux et obnubilé par le fantasme de l'étranger! Quant aux cadeaux, aux pères Noël, aux sapins et autres bonnets rouges à pompon, ce n'est que péniblement qu'ils semblent s'acclimater aux tropiques; il faut dire que Cuba est encore à l'abri de la fièvre mercantiliste de décembre. Au rang des nouveautés également: le 25 décembre, jour férié à la faveur de la visite de Jean-Paul II à Cuba en 1998.

On ne saurait conclure ce tour d'horizon sans évoquer "la letra del año" qui régira les destins des adeptes de la santería pendant la nouvelle année. Au terme d'un rituel dans lequel intervient le lancer de l'ekuele (instrument divinatoire), les babalaos, augures d'Ifa, font connaître leurs présages et formulent des recommandations aux fidèles dans tous les domaines de la vie.

Que l'on s'imagine enfin des souhaits de santé, d'amour et de prospérité, des "felicidades" à tout bout de champ, des têtes pleines de bonnes résolutions, et l'on se fera une idée assez claire de ce que représentent les fêtes de fin d'année pour les Cubains. Il ne nous reste plus qu'à vous convier à réveillonner... la douceur hivernale des Caraïbes en guise de feu de bois!

Habana XXI

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