Des Jeux Olympiques à la cubaine



« Il n'y a pas de règle explicite, mais un consensus cependant : les JO sont rois ces jours-ci. »

Photo : Cubania

 

Par: César Prado

Comme pour un dernier épisode du feuilleton de 21 heures, la plupart des familles cubaines se sont rassemblées face au petit écran pour regarder la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. Il n'y a pas de règle explicite, mais un consensus cependant : les JO sont rois ces jours-ci. Il n'y a  généralement qu'une seule télévision par foyer cubain et au terme de la dispute pour la télécommande c’est bien souvent l’homme qui s'incline face aux femmes et aux enfants. Mais la roue tourne avec les JO.

En fin de compte, les JO aussi unissent les familles. Et comme Cuba y participe, tout le monde se réunit devant la télévision. S'ils ne suivent pas le sport d'ordinaire, le père, la mère, les grands-parents, les enfants et la voisine –venue chercher des oignons- se transforment en supporters inconditionnels quand il s'agit des JO. Euphoriques au milieu de la salle à manger, ils font monter les décibels pour encourager l’équipe cubaine.

Les comparaisons fusent. Et ce, dès la cérémonie d’ouverture des JO: “celle de Sidney était plus technique”, “celle de Londres plus cosmopolite”, “celle de Beijing plus symbolique”. Comme après chaque cérémonie d’ouverture, on entend que l’allumage de la vasque de Barcelone n’a pas son pareil dans l’histoire des Jeux. Il y a toujours ceux qui critiquent les tenues de l'équipe nationale lors de la cérémonie et qui après avoir admiré la grandeur des spectacles soupirent le traditionnel “quand est-ce que Cuba organisera les JO?” Une autre question plus intime et mélancolique traverse les esprits de beaucoup: “est-ce que je pourrai assister aux JO un jour?”

En direct ou en rediffusion on voit ou écoute partout et à toutes heures les compétitions: à la télévision d’un bar à 21 heures, à la radio dans un bus à 3 heures du matin ou à 6 heures de l’après-midi dans les rues de Centro Habana. Quand le décalage horaire est trop important avec le pays hôte, et que les retransmissions en direct s’enchaînent au cours de la nuit, il y aura toujours des fans de sport dans le quartier pour vous offrir, dès le petit matin, un résumé bien meilleur que celui de l'émission Buenos Días.

Aux portes de l'entreprise, la radio de l’agent de sécurité branchée sur les JO, se fait entendre et on allumera même la télévision s’il s’agit d’une compétition importante. Dans les entreprises qui ont la chance de disposer d'internet, les salariés suivent les JO sur leurs écrans d’ordinateurs en faisant semblant de travailler. Au risque de perdre une demi-journée de salaire.

 

Les sports les plus suivis sont l’athlétisme, le volleyball, la gymnastique et les sports de combat. Ceux qui ont rapporté des médailles. Même si l'idée d'un sport cubain en baisse s'est généralisée, on parle volontiers de la préparation des athlètes et du travail de l’Institut national du sport (INDER à Cuba). Il y a des endroits où les fans de sport se rassemblent pour des discussions passionnées. À La Havane, ce lieu, c'est la “esquina caliente” (le coin chaud), au Parc central. Un passant non averti pourrait croire qu’il y a une bagarre.

Les défaites sont attribuées au peu de soutien financier et de matériel sportif, ainsi qu’à la détérioration des installations. D’autres pointent du doigt des failles des acteurs du secteur sportif : négligence dans les stratégies de recrutement dès le plus jeune âge, retard en matière de techniques d’entraînement et incompétence de certains entraîneurs.

Lors des nombreux micros-trottoirs réalisés par les journalistes à l’occasion de ces jeux, il n’est pas rare d’entendre des Cubains interviewés se prendre pour des coaches de l’équipe nationale : ils donnent leur avis sur les meilleures stratégies de jeux pour que l’équipe de volleyball arrive en finale ou se risquent à des pronostics sur le classement par pays au tableau des médailles.

Cuba a longtemps été en tête de la région latino-américaine: c’est sûrement pour cette raison historique que ce pays est suivi avec autant d'attention dans cette course aux médailles olympiques.

Quand un Cubain arrive en finale, les attentes et le stress s’emparent des spectateurs. A ce moment-là le patriotisme fait rage à la télévision et on a l’impression que ce Cubain en plein combat, est un cousin ou un frère. S’il gagne une médaille, les acclamations retentissent à tous les coins de rues. On gonfle la poitrine, les larmes montent aux yeux quand l’hymne commence et que le drapeau est hissé.

Les critiques sur les décisions sportives des entraîneurs et des joueurs sont sévères. Les commentateurs sportifs n’échappent pas à la cruauté populaire. Si les opinions sont souvent impitoyables, elles traduisent aussi la conviction d’appartenir à une même communauté, un fort esprit de compétition et un soutien sans limite à l’équipe nationale, suivie de près par les Cubains.

Traduction : B.F