Des ligues et des joueurs de base-ball

2012-12-08 04:25:57
David E. Suárez
Des ligues et des joueurs de base-ball

Si quelqu’un me demandait les règles du base-ball ou comment se déroule un match du sport national de mon pays, je ne saurais probablement pas répondre. On peut être familiarisé avec le jeu mais incapable d’expliquer sa structure et ses règles qui m’ont toujours semblées naturelles. Elles sont en réalité assez complexes pour quelqu’un qui n’y connaît rien. Plusieurs règles sont non écrites, planant au-dessus du jeu et intégrées par tous sans pour autant être officielles. La dimension sociale et politique du base-ball à Cuba a un rôle important là-dedans.

Le base-ball cubain (la pelota) est comme un jeu dans un autre jeu. C’est devenu très visible dans les derniers débats sur ce sujet. En 2004, le cinéaste Ian Padrón a réalisé le documentaire Fuera de liga racontant l’épopée de l’équipe cubaine « Industriales ». Parmi les personnalités interviewées se trouvait Orlando « El Duque » Hernández, un des plus grands pitchers à Cuba, qui jouait à ce moment pour les Yankees de New York.

Le documentaire a été censuré par les autorités. Il a circulé de main en main via des disques ou des clés USB mais n’a jamais été projeté dans un cinéma cubain. Il a seulement été programmé une fois par la chaîne de télévision havanaise de portée très locale.   

Les règles du jeu

Les médias sportifs cubains ne parlent pas des grandes ligues américaines. Personne n’écoute ni ne lit les nouvelles sur le base-ball pratiqué au-delà du détroit de Floride. Les journalistes gardent le silence. C’est un sujet tabou.

Dans un pays où personne ne s’intéresse aux matchs de tennis, les Cubains peuvent suivre les succès de Nadal et Federer à la télévision mais pas ceux de Jeter, Pujols ou Sabathia.

Les équipes des grandes ligues recrutent des joueurs sur toute la planète : Canada, Asie, Australie, Amérique du Sud, Caraïbes et évidemment aussi Cuba. Plusieurs peloteros cubains (joueurs de base-ball) ont commencé leur carrière dans la série nationale avant de s’envoler pour des ligues plus prestigieuses. Mais dès qu’ils partent à l’étranger, plus personne n’entend parler d’eux, le silence retombe même sur leurs exploits passés. Leurs noms et leurs traces sur le terrain disparaissent. Tout est comme s’ils n’avaient jamais existé.

Les raisons de cette politique d’étouffement et d’omission sont très symboliques. Quand on parle de base-ball à Cuba, on parle d’un sport où personne ne joue pour de l’argent. Les grandes ligues étrangères représentent des mauvaises valeurs où le sport devient capitaliste. Les joueurs de base-ball cubains qui se joignent à ces ligues sont des « traîtres » et des « vendus » aux yeux de la nation.

La voix des gradins  

Les médias cubains, reflets de la politique officielle, ont adopté une vision simpliste et manichéenne depuis plusieurs années. Cela concerne le base-ball comme d’autres sujets. Par chance, les choses fonctionnent de façon bien plus complexe dans la culture ou les questions de sociétés pour que cela soit aussi visible.

Les amateurs de base-ball ne partagent pas tous une telle diabolisation des grandes ligues. Ils sont au contraire fiers des résultats de leurs anciens champions nationaux tels que Kendry Morales, Alexei Ramirez ou Aroldis Chapman. Ils savent que les peloteros cubains ne sont ni meilleurs ni pires que les autres. Personne ne leur en veut vraiment de vouloir gagner davantage d’argent et d’atteindre un haut niveau de popularité. Tout le monde s’entend à dire que les décisions sur la carrière sportive d’un Cubain ne regardent que lui-même.

Cette voix n’a pas de micro pour être entendue mais tous les Cubains savent qu’elle existe et qu’elle trouve un moyen de se faire entendre. C’est la voix d’ « El Duque » Hernández dans Fuera de liga qui dit se sentir aussi fier d’avoir joué avec les Industriales qu’avec les Yankees et qu’il n’aurait aucune hésitation à revêtir à nouveau le maillot de l’équipe nationale cubaine. Derrière ces critères bat une discussion en suspens : que veux dire l'adjectif « national » du sport national ?

Habana XXI

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