Des routes sur l’Atlantique à Cuba



À Cuba, des routes construites sur la mer permettent l’accès à plusieurs zones classées au patrimoine naturel du pays. La voie qui relie Caibarién à Cayo Santa María, dans le nord du pays, est la plus grande de son type au monde.

Dans le nord du centre de Cuba, plusieurs routes ont été construites sur des digues de roches. Ces ponts permettent la circulation entre la grande île et l’archipel paradisiaque Jardines del Rey, l’un des pôles touristiques les plus importants du pays.

Avant 1989, il semblait impossible de relier Cayo Santa María et la ville de Caibarién, au nord de la province de Villa Clara, dans le centre du pays. Sept ans plus tard, le projet arrivait à son terme : on avait gagné sur la mer tout en respectant un environnement pratiquement vierge.

La route entre Caibarién et Cayo Santa María s'étend sur près de 50 kilomètres et dessert aussi les îlots de Las Brujas, Ensenachos, entre autres. Sa construction a facilité l'accès des visiteurs cubains et étrangers à l'une des régions les mieux conservées de Cuba, qui compte le deuxième plus grand marécage de palétuviers de Cuba, une flore et une faune très largement endémiques avec des espèces uniques au monde et de magnifiques plages.

Cette voie, d'une longueur de 48 kilomètres, est la plus grande de son type au monde. Si l'on mettait bout à bout tous les trajets qu'il a fallu effectuer pour transporter les pierres lors de sa construction, on aboutit à une distance supérieure à six cent cinquante fois le tour du monde au niveau de l'équateur. Les roches de grande taille — entre 100 et 900 mm — qui forment la structure du pont, garantissent la résistance à l’érosion et aux inondations, les dégâts sont ainsi limités en cas de catastrophe météorologique.

Dès la conception du projet et tout au long de sa réalisation, des mesures ont été prises pour préserver l'écosystème. La protection de l'environnement pendant toutes les étapes des travaux et l'harmonie entre nature et ingénierie ont valu à ce projet le VIIe prix international Puente de Alcántara (1998-2000), décerné par la fondation espagnole San Benito de Alcántara au meilleur ouvrage de génie civil ibéroaméricain.

Cette excellence a également été reconnue par la Unión Nacional de Arquitectos e Ingenieros de la Construcción de Cuba, qui l'a qualifié de joyaux national du génie civil.

C'est justement pour ne pas porter préjudice à la flore et la faune que la route est constituée de 46 ponts préfabriqués en béton. Le plus grand de ces ponts, d'une longueur de 350 mètres pour 7,67 mètres de hauteur, traverse le Canal des bateaux.

Le tracé a également été pensé pour éviter les zones fréquentées par les flamands roses mais aussi les marécages de palétuviers, qui abritent de nombreuses espèces. Des tuyaux qui permettent de faire circuler les eaux ont été installés, la largeur des voies construites sur les îlots a été réduite au minimum et la chasse a été interdite tout comme la coupe d'arbres.

Une autre route menant à des plages vierges

La première route de ce type construite à Cuba est celle de Cayo Coco, qui a pour point de départ l'île de Turiguanó, à proximité du nord de la commune de Morón, située dans la province de Ciego de Ávila, dans le centre du pays. La route prend fin à l'île Cayo Coco, qui fait lui aussi partie de l'archipel Jardines del Rey.

Le projet a révolutionné les techniques de construction cubaines : avec 17 kilomètres à travers la mer des Caraïbes, la route traverse un petit îlot intermédiaire et relie Cayo Coco, par le sud, au lieudit la Silla.

L'apparition de ces nouvelles voies qui ont remplacé les quelques sentiers empruntés par des animaux est, dans une large mesure, à mettre sur le compte de la construction d'un canal auxiliaire qui permet des économies et des gains de temps.

Ce passage maritime permet d'accéder à Cayo Coco, aux îles Guillermo, Santa María, Paredón Grande et Sabinal, autant de lieux extraordinaires où l'homme a encore rarement mis les pieds. Certaines de ces îles sont plus grandes que des petits pays comme la principauté de Monaco, Nauru ou Tuvalu.

L'archipel Jardines del Rey, avec ces 170 kilomètres de plages et de paysages naturels vierges, constitue une destination unique au monde. Cet archipel dispose d'un aéroport très moderne, de ports, de bases nautiques, de parcs naturels et de programmes d'écotourisme.

On peut y découvrir la vie sylvestre décrite par l'écrivain nord-américain Ernest Hemingway dans son roman Îles à la dérive. Le prix Nobel de littérature avait parcouru Jardines del Rey pendant vingt mois à bord de son yacht Pilar.

De nos jours, il n'est plus forcément nécessaire de naviguer comme Hemingway pour accéder aux îlots du nord de Cuba. Les routes sur la mer de Cayo Santa María et Cayo Coco rendent accessibles des endroits qui font partie du patrimoine naturel de Cuba, des lieux où la plongée sous-marine, les loisirs et les paysages garantissent une expérience unique.

Traduction : F. Lamarque