Des voisins et du voisinage à Cuba

2016-10-02 22:37:30
Sofía D. Iglesias
Des voisins et du voisinage à Cuba

Par : Sofía D. Iglesias

Parmi les proverbes cubains, il en est un de particulièrement raisonnable, selon lequel « ton frère est ton voisin le plus proche », en espagnol tu hermano es tu vecino más cercano. Ce dicton prend tout son sens à Cuba.

Le quotidien, les médias, les dessins animés et plus généralement toute la réalité "réelle" ou imaginée de notre pays témoignent d'un voisinage d'un genre bien particulier.

Cependant, n'est pas voisin qui veut, du moins pas dans le sens où l'entendent les Cubains : la proximité du lieu d'habitation ne suffit pas.

Dans chaque quartier, il y a cette personne qui incarne ce terme dans son acception la plus profonde. Celui qui fait sien les problèmes de ses voisins, qui partage leurs moments de joie et de tristesse, celui qui leur rend visite au moment opportun et qui sait quand l'heure est venue de s'en aller. Le genre de voisin toujours disponible pour garder vos enfants, pour vous accompagner à l'hôpital (et qui se montre souvent plus serviable et affectueux que certains membres de la famille), pour vous donner un avis sincère sur de nouveaux vêtements ou votre dernière coupe de cheveux.

C'est pour cela qu'il n'est pas rare de voir des familles passer l'été avec leurs voisins au camping, dans une maison à la mer, à l'hôtel... Les personnes âgées se retrouvent pour jouer aux dominos tandis que les jeunes prennent soin les uns des autres lorsqu'ils sortent en discothèque.

S'il y a souvent une personne que l'on préfère parmi tous ceux qui vivent à proximité, le voisinage à Cuba est toujours synonyme de camaraderie, d'amabilité et de solidarité.

Il est des moments clés pour faire connaissance avec les voisins.

La naissance d'un enfant, en premier lieu. Tous les voisins défilent, du voisin de palier à celui avec qui l'on échange un simple bonjour. Les félicitations sont de mise, et ce, de manière collective. Empreintes de bonnes intentions pour certains, motivées, pour d'autres, par l'envie de découvrir une maison soigneusement fermée en temps normal. On vient pour commenter les ressemblances du nouveau-né avec les membres de la famille ou tout simplement pour apporter un peu de soutien moral.

Troisième acte, enfin : la mort de quelqu'un. Le soutien des voisins est alors indéfectible. Pendant que l'un prépare du café qu'il portera au funérarium, l'autre se charge des bouteilles d'eau, et d'autres encore rivalisent d'endurance au cours de la nuit passée à veiller le mort.

Bien que ces habitudes varient d'une région à une autre du pays, et tendent parfois à disparaître, il s'agit d'une singularité propre à la cubanité. Il faut dire que ces pratiques sont plus fortement enracinées à la campagne pour des raisons qui relèvent des caractéristiques du peuplement et de la mentalité du monde paysan... Cependant, les capitales provinciales, comme celle du pays, possèdent également un bon sens du voisinage.

C'est ce type de relation qui fait qu'un homme, qui a passé des années sans échanger un mot avec sa voisine d'en face, va la porter dans ses bras jusqu'à la maternité le jour de son accouchement, en cas d'absence de son mari. C'est aussi le jeune d'à côté, qui interrompt sa besogne pour aller vous chercher un soda dans tous les magasins du quartier lorsque vous êtes à bout de force, victime d'une baisse de tension. À trop vouloir offrir sa confiance et aider son prochain, on garde parfois, c'est indéniable, un goût amer de certaines expériences. On a le cas, typique, des voisines qui s'entendent bien jusqu'à ce que l'une des deux finisse par s'entendre trop bien avec le mari de l'autre. Ou le cas du jeune, qui faisait comme partie de la famille, et s'introduit chez ses voisins pour leur dérober leurs biens de valeurs, sans le moindre scrupule.

On trouve partout dans le monde ce genre de voisins et de mauvaises intentions.

En revanche, ce qui est probablement plus rare ailleurs, c'est que l'on ne puisse concevoir de savourer une tasse de café en pensant que son voisin ne peut en faire autant. On ira, en toute simplicité, l'inviter à déguster l'or noir et on en profitera pour se raconter les derniers épisodes du feuilleton télévisé.

Nous avons la chance de pouvoir nous lever le matin en nous disant que si l'on se retrouve à court de sucre pour le petit déjeuner, il suffit de toquer à la porte des voisins : on trouvera, en prime, un sourire et un brin de conversation.

Certes, il existe des voisins "absents" qui ne donnent pas l'impression de faire partie du voisinage. Néanmoins, s'il leur arrive d'entendre le cliquetis de la clé dans votre serrure à une heure indue, ils n'hésiteront pas à vous appeler pour vous avertir de "quelque chose de bizarre" et pour vous proposer d'aller jeter un coup d'œil. Autant dire que les voisins, leurs ragots, leur soutien, leurs commentaires osés ou leurs conseils avisés, assaisonnent la vie des Cubains et des Cubaines en la rendant plus savoureuse, plus humaine, bref, moins individualiste.

 

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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