Deux pesos dans les poches



L'existence de la double monnaie à Cuba est une question que doivent maîtriser ceux qui visitent l'île.

Tous ceux qui viennent à Cuba doivent affronter une série de tracas qui compliquent leur séjour. Parmi ces incongruités, on peut trouver en tête de liste le change de monnaie. Il faut dire qu'effectuer un paiement à Cuba, même pour les Cubains, est un parcours semé d'embûches.

La dualité monétaire qui existe depuis des années dans ce pays crée des imbroglios lors des paiements dans les différents magasins où on peut acheter des produits pour la maison, des articles personnels ou tout simplement dans le domaine de la restauration.

S'il est vrai que les magasins et autres commerces affichent depuis peu les prix à la fois en CUC (pesos convertibles) et en CUP (pesos cubains), faire ses comptes s'apparente toujours à un vrai casse-tête quand les deux monnaies se retrouvent dans un même portefeuille. Mettez-vous à la place de ceux qui ne sont pas d'ici !

Le voyageur et l'utopie de la double monnaie

Vouloir essayer de connaître et de boire en quelque sorte toute la culture et les coutumes du pays que l'on visite est une chose. S'acclimater et acquérir, en quelques jours seulement, l'expertise nécessaire pour discerner le CUC des pesos cubains est une autre paire de manches : savoir que ce qui coûte 25 pesos équivaut à un CUC, ou se rendre compte que l'on veut nous faire payer 5 CUC quelque chose qui coûte seulement 5 pesos cubains...

Dans ce contexte, l'apparition des petits commerces privés ne fait que rajouter à la confusion que peut ressentir le voyageur. Même si dans de nombreux restaurants et bars la carte fait figurer des prix en CUC (la monnaie la plus utilisée par les étrangers), certains petits établissements présentent leur carte en pesos cubains. C'est dans ces moments-là que le voyageur doit faire appel à ses talents en matière de calcul mental pour convertir le montant de la note et payer une addition souvent gonflée.

Il faut signaler que les prix affichés sur les marchés, les tarifs des taxis collectifs (almendrones), de certaines cafétérias, entre autres, sont exprimés en pesos cubains. Il faut réaliser la conversion des pesos cubains en CUC conformément au taux de change et ne pas tomber dans l'équivalence fallacieuse un CUC égale un peso cubain que pratiquent parfois certains individus malhonnêtes qui profitent de l'ingénuité ou de la méconnaissance des touristes.

Par ailleurs, le taux de change est variable car il ne dépend pas seulement de ce qui est établi officiellement. Les bureaux de change (CADECA) et les banques sont les établissements de l'État où l'on peut acheter ou vendre des CUC. La vente est fixée à 24 contre 1 et l'achat à 25. Cependant, dans la rue, le taux de change varie bien davantage.

Il y a les chauffeurs de taxis collectifs qui acceptent le CUC à un taux de 23, ceux qui pratiquent un taux de 24 et il y a même ceux qui s'alignent sur la CADECA à 25 pesos cubains... d'autres, en revanche, proposent un taux de 22 pesos cubains.

Voilà pourquoi, face à une addition, même les Cubains spécialistes en cubanité ne savent pas combien ils doivent payer sans poser la question : « Vous achetez le CUC à combien ? » Et il faut ensuite se lancer dans des calculs arithmétiques pour trouver enfin la solution.

Même si l'aéroport international José-Martí dispose d'une CADECA qui permet aux voyageurs de commencer leur périple avec de l'argent déjà changé, la pratique et l'échange sont souvent plus enrichissants que la théorie. Cependant, à vouloir demander les prix, la monnaie dans laquelle sont exprimés des tarifs, le taux de change, on perd du temps, on se fatigue et on peut même être déçu.

Il est intéressant de remarquer que les Cubains donnent le nom de pesos cubains à la monnaie de la plupart des salaires (CUP) et de dollars aux CUC. Pour l'expliquer, il faut remonter aux années 1990 quand les magasins pour étrangers sont apparus, des magasins en dollars où les Cubains n'étaient pas autorisés à faire leurs courses. Il va sans dire qu'il était interdit de posséder des dollars.

Plus tard, la possession des billets verts fut autorisée et les dollars ont commencé à circuler ; parallèlement, les magasins en dollars, aussi appelés « shoppings », se sont développés.

Le dollar fut alors remplacé par le CUC, avec un taux de change défavorable au billet vert. Depuis quelques temps, le gouvernement a mis en place des mesures pour mettre fin à la dualité monétaire. En attendant, alors que l'économie s'adapte aux changements de prix que la réunification pourrait provoquer, on continue à calculer et à recalculer, avec deux types de pesos dans les poches.

Traduction : F. Lamarque