Développement durable : des recettes écologiques cubaines

2013-09-09 22:18:15
Ivet González
Développement durable : des recettes écologiques cubaines

Photo : IPS

Un couple cubain a décidé de diffuser ses procédés de conservation des aliments afin d’exploiter au mieux les variétés des différents légumes et plantes aromatiques présentes à Cuba. Un pas en avant, car selon certaines études, chaque cubain consacre 70 à 90% de ses revenus à l’achat de nourriture.

C’est depuis Marianao, ville située à la périphérie de la capitale cubaine, que Vilda Figueroa et José Lama élaborent des centaines de recettes à base de produits récoltés dans tout le pays. Ils ont également mis en valeur une façon écologique de conserver les aliments : le séchage solaire.

« Nous pensions qu’on pouvait facilement conserver les légumes et les condiments en dehors des périodes de récolte », explique Lama qui a commencé en 1996 à envisager ce genre d’alternatives avec sa femme. « Notre première décision a été de n’ajouter rien d’artificiel à notre principe de conservation », ajoute-t-il dans une interview accordée à IPS.

Ainsi est née l’idée de séchage solaire de légumes à tubercules comme le manioc, la patate douce ou le topinambour. Figueroa et Lama, fondateurs du Projet Commun de Conservation des Aliments (PCCA) se sont mis aux conserves artisanales et naturelles de concombres, de piments et de macédoines.

Ce projet plus connu sous le nom du « projet de Vilda et Pépé » souhaite favoriser des producteurs possédant de petits potagers et plus généralement d’aider la population à se nourrir naturellement en limitant les différents ajouts comme les engrais ou les conservateurs. Voici une bonne manière de développer un style de vie sain et socialement participatif.

En publiant des listes d’outils, en organisant des débats et des ateliers à Cuba et à travers le monde, ce couple et tout le réseau de promoteurs volontaires font connaître leurs recettes et procédés de conservation. Ainsi, ils réussissent à mettre en valeur des variétés de tubercules, de légumes et de plantes aromatiques récoltées sur les terres cubaines.

« Nous souhaitons que notre savoir-faire parvienne jusqu’à la population, aux producteurs et aux différents points de vente et qu’il soit vu comme un plus pour l’agriculture. Il doit aussi bénéficier à l’économie familiale », explique Lama.

Cette initiative, s’est rattachée à la chaîne des petites propriétés et potagers de « l’Agriculture urbaine et suburbaine », programme coordonné par l’Institut d’Etat (Alejandro Humboldt) de Recherches Fondamentales en Agriculture Tropicale.

Figueroa et Lama abordent des aspects nouveaux parmi les concepts de sécurité et de souveraineté alimentaire. Leurs recettes du « terroir » cherchent à transformer les habitudes alimentaires de la population locale en incluant la production agricole de l’île.

De plus, leurs techniques de conservation naturelle des aliments, dont celle qui consiste à les sécher au soleil ou à les conserver dans du vinaigre, permettent aux familles et aux producteurs d’envisager autrement la consommation de légumes, des plantes aromatiques, de tubercules et d’éviter le gaspillage.

La Commission Économique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPAL) a rapporté que depuis le deuxième semestre de 2012, la hausse des prix de certains aliments sur le marché international a affecté la zone. Cette tendance s’est confirmée jusqu’en janvier dernier et elle a entraîné une augmentation des prix qui s’est répercutée sur le consommateur.

Toutefois le Bilan Économique Actualisé d’Amérique Latine et des Caraïbes 2012 publié en avril par la CEPAL, a pronostiqué pour cette année une baisse des prix des produits alimentaires.

Concernant Cuba, les sommes conséquentes que chaque famille consacre par mois au panier de base, diminueront si le pays parvient à augmenter sa production agricole. Cela demeure le principal défi que le gouvernement de Raúl Castro a entrepris depuis 2008 et qui vise à diminuer le volume des importations.

Dans ce contexte, le PCCA diffuse par tous les moyens les meilleures techniques de stérilisation de bocaux, de séchage solaire de l’origan, du basilic, de la marjolaine, du romarin, du persil ou du céleri. Il propose aussi comme alternative la conservation des fruits et légumes et la mise en valeur des nutriments.

Au siège du PCCA, on peut choisir des dizaines de bocaux multicolores, consulter des livres spécialisés, écouter des cd sur ce thème ou des émissions de radio, voir des programmes de télévision explicatifs. Il dispose aussi d’un site web, d’une salle de cours, d’un jardin et de sa propre maison d’édition qui diffuse tous ses savoirs.

Le couple d’activistes a déjà écrit 22 livres. Leurs ouvrages Cocina cubana con sabor (« La cuisine cubaine des saveurs ») et Manual de conservación de alimentos y condimentos por secado solar (« Manuel de conservation des aliments et des condiments par séchage solaire ») ont reçu respectivement les prix Best in the World (Meilleurs du Monde) des éditions 2010 et 2011 du concours des livres de cuisine « Gourmand World Cookbook Awards »

Les deux spécialistes ont créé et animé à la télévision durant plus de 5 ans l’émission de cuisine « Con sabor ». On peut aujourd'hui les écouter chaque samedi sur Radio Habana, la radio du Centre Historique de La Havane.

« Grâce aux ateliers (organisés par le projet), j’ai appris à sécher au soleil les condiments et j’ai aussi diversifié ma production » explique le travailleur indépendant Elso Morales. « J’ai également appris à préparer des croquettes et d’autres plats à base de manioc et j’ai pu élargir l’offre de mon point de vente », ajoute-t-il.

Aujourd’hui, les coordonnateurs du PCCA travaillent sur le livre intitulé « Le manioc, un aliment d’avenir » où il est question de consommer cette racine introduite sur l’archipel par les aborigènes originaires de l’actuel Venezuela. Les cubains consomment ce légume-tubercule depuis presque 500 ans à travers des recettes qui laissent peu de place à la créativité.

« Le casabe, recette aborigène semblable à une omelette de manioc râpé, est un produit en voie d’extinction, parce qu’on la prépare dans peu de régions du pays » explique Figueroa à IPS.

« Le livre propose de préparer le manioc de différentes façons au lieu de le jeter parce qu’il est devenu trop dur », commente l’experte en nutrition.

Et d’ajouter : « On a réussi à faire des crèmes-dessert à base de manioc, ainsi que des pizzas, des pancakes, des petits pains à base de farine de manioc, fabriqués par nos propres soins et de bonne qualité ».

Inter Press Service en Cuba

Inter Press Service ou IPS est une agence de presse internationale qui, selon ses vues, « focalise sa couverture médiatique sur les événements et processus mondiaux touchant le développement économique, social et politique des peuples et des nations ».

Page web: http://www.ipscuba.net/

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