Dis-moi, Baracoa : où se trouve le Paradis?



Renseignez-vous à Baracoa sur « el Paraíso » (« le Paradis »). On vous renverra à chaque fois vers un lieu différent: un bar, un parc, une boîte de nuit…Ce qui est certain, c’est que dans cette ville, située à l’extrême Est de l’Île, les « portes de l’Éden » sont partout. Mais pour gagner le Paradis, encore faut-il savoir où regarder.

Photos : Marianela González

 

La salle d’attente de l’aéroport de Baracoa est pleine à craquer. Elle est petite, certes, mais elle suffisait, il y a encore quelques temps, aux passagers d’un même vol. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Depuis que Cuba est revenue « au centre du monde » en décembre 2014, cette ville, la plus ancienne du pays, ne connaît pas de basse saison.

« À part Obama, tout le monde veut passer par ici », plaisante Yenny. Depuis un peu plus de deux mois, elle loue avec son époux, une chambre : pas un jour ne s’est écoulé sans qu’ils n’aient affiché « complet ».

Baracoa est une ville de plus de 500 ans, et ça se voit. Même s’il y a un quartier que l’on appelle désormais « la petite Miami », où les propriétaires de maisons d’hôtes construisent étage sur étage (« c’est à qui touchera le ciel en premier » poursuit Yenny), la plupart des habitants vivent dans des maisons coloniales, avec de grands portails, des sols en mosaïques originales, des murs en bois. Ce sont de vieilles mais de belles demeures et ce qui y habitent le savent bien.

Pour certains, ce qui fait de Baracoa un paradis est sa combinaison si particulière de la mer et de la montagne, du poisson et de l’arbre. Pour d’autres, ce sont ses rivières ou encore ses sentiers que l’on arpente à vélo ou à pied. Mais pour les habitants de Baracoa, ce qui donne à leur ville des allures de cité celeste est quelque chose qui ne se laisse pas découvrir au premier coup d’œil…

La Playita, La Flora, El Turey: Baracoa vue de l’intérieur

Aurora vit ici, à La Playita, depuis plus de 50 ans. Face à la mer, les maisons se succèdent, accolées les unes aux autres. Aurora se souvient du numéro de la maison de ses parents, le 172. De nos jours, elle porte le numéro 42. « Les gens s’en vont et les maisons aussi, emportées par la mer, mais d’autres restent, nous reconstruisons et nous continuons à vivre », dit Aurora. « Des enfants naissent toujours ici, à Baracoa ».

Peu nombreux sont les touristes qui parviennent à voir Baracoa de l’intérieur. La Playita, La Flora, Playa Maguana, le quartier près des grottes… C’est une ville différente qui échappe généralement au tourisme traditionnel. Il faut descendre des voitures et quitter la « route du cacao » pour la saisir en profondeur. Une fois face à elle, on découvre la vraie ville, la ville vécue, pas la ville construite. Et cette ville conserve toute sa beauté.

Les habitants de Baracoa ont construit des « paradis » partout. C’est le nom que l’on a donné à un bar, situé à côté du parc principal, un parc dont la forme évoque celle d’un coquillage ou d’un œil -question de point de vue- et qui est également connu sous ce nom.  Si vous montez un peu plus haut, vous parviendrez sûrement à l’une des boîtes de nuit les moins chères de Cuba. Vous passerez d’abord devant l’Église, avec l’inscription « les portes du ciel » en façade. C’est le début du chemin de croix. La terre et le ciel semblent se rejoindre et parfois même se confondre faisant de cet endroit un lieu exceptionnel de Cuba.

Baracoa a récemment fêté ses 500 bougies et elle n’a jamais accueilli autant de touristes. De leur côté, ses habitants veulent conserver certaines choses. « En ce moment, Obama est à La Havane, c’est leurs affaires…», me dit Yenny avec un clin d’œil complice. Pour elle, «le tourisme en tant qu’habitant de Baracoa, c’est quelque chose que nous pouvons gérer. Que la politique change ce que nous sommes, ça c’est autre chose. Voilà ce que nous disons ici.»

Le Paradis, à Baracoa, est aussi dans l’imaginaire de ses habitants. Mettez donc pied à terre et demandez-leur le chemin.

Traduction : B.F