Du savoir-vivre à Cuba



La politesse est à l'esprit ce que la grâce est au visage, disait Voltaire. Il en est de même du savoir-vivre. Alors montrez votre plus beau visage aux Cubains, ils vous le rendront bien !

Photo : Kaloian

Par: P. del Castillo

Pour des raisons historiques, nous partageons avec les Cubains des pans entiers de notre culture : tout un ensemble de références, de représentations, d'habitudes, de manières de penser ou d'agir ... C'est aussi vrai pour le savoir-vivre. Cependant, cette proximité est toute relative et les usages de la société cubaine diffèrent en de nombreux point des nôtres. Démonstration en 7 points.

1) Au cinéma, dans un taxi collectif, vous avez peut-être été agacé par un voisin reniflant de manière intempestive. Sachez qu'à Cuba, ce n'est absolument pas inconvenant ! En revanche, en présence d'autres personnes, on s'écarte ou on s'isole pour se moucher.

2) Toujours dans le registre des fluides corporels, vous constaterez que les Cubains ne se gênent pas pour cracher dans la rue; un geste qui, s'il est plus courant qu'en France, ne constitue pas pour autant une marque de distinction.

3) Par des températures tropicales, on s'accommode de quelques odeurs de transpiration... sacrilège pour les Cubains, littéralement accrocs à la douche et au déodorant.

4) Les hommes se saluent généralement par une poignée de main, les femmes se font  la bise. Entre homme et femmes, c'est l'un ou l'autre, en fonction de la situation. Attention, il s'agit d'une bise « à l'américaine », d'un seul côté ! Ne soyez pas surpris si lors de votre départ, votre hôte vous donne l'accolade, le célèbre « abrazo » : c'est une marque d'affection des plus courantes.

Il faut dire qu'en règle générale, les Cubains sont bien plus « tactiles » que les Français ; ne soyez pas surpris si on vous tient le bras pour vous embrasser !

5) Entre Cubains, « Buenos días » est de rigueur le matin, « Buenas tardes » (ou tout simplement « Buenas ») l'après-midi et « Buenas noches » le soir mais on salue généralement les étrangers par un  « Hola », plus courant en Espagne. Dans les commerces, les Cubains font généralement fi de cette partie du protocole et c'est souvent sans préambule et à l'impératif que l'on  s'adresse au vendeur d'un « donne-moi ceci ! ». Abrupt, en français. Sachez d'ailleurs que nombreux sont ceux qui regrettent le temps jadis, où paraît-il, se comporter de la sorte relevait du manque de bienséance.

6) Cuba a beau avoir fait des pas de géants en matière d'égalité homme-femme, notamment en matière économique et sociale, les moeurs restent marquées par un certain sexisme, fort heureusement dans sa dimension la plus sympathique : la galanterie. Dans le bus, si vous êtes une femme, on vous cèdera peut-être la place et on vous tendra volontiers la main en descendant. Le long d'un trottoir, il est de bon ton pour l'homme de marcher côté rue, une manière de «protéger » la femme. Une fois arrivés au bar ou au restaurant, c'est souvent Monsieur qui sort spontanément le porte-monnaie ‑ surtout pour une première sortie ‑ mais cette habitude varie en fonction du niveau culturel.

7) Le thermomètre dépasse les 30 degrés, l'humidité vous étouffe, des gouttes perlent à votre front... quoi de plus normal que de s'affranchir des normes qui régissent la tenue vestimentaire ? Voilà que l'on se surprend à tomber la chemise en plein coeur de La Havane ! Sachez qu'en ville, vous risquez d'être rapidement rappelé à l'ordre par les policiers. Certes, vous verrez beaucoup de Cubains torse nu : mais c'est souvent en bas de chez eux. Déchiffrer les codes, interpréter les signes qui peuplent un lieu, là est la difficulté mais aussi tout l'intérêt du voyage ! Au travail, le pantalon est obligatoire.  Idem au cinéma ou au restaurant, où il n'est pas question de porter un mini short pour les femmes. Il faut remarquer que les Cubains transigent - mais de moins en moins - avec ces règles lorsqu'il s'agit de touristes étrangers, une indulgence qui fait grincer des dents...

La politesse est à l'esprit ce que la grâce est au visage, disait Voltaire. Il en est de même du savoir-vivre. Alors montrez votre plus beau visage aux Cubains, ils vous le rendront bien !