Dualité monétaire en suspens...



Une des mesures les plus attendue mais également une des plus complexes a été relancée dans le processus des transformations économiques du gouvernement.

La nouvelle, ou plus exactement, la note publiée dans le journal Granma, a surpris la scène nationale jusqu’à la presse internationale qui suit l’actualité cubaine. Le gouvernement de Raul Castro a informé le 22 octobre qu’il avait accepté de « mettre en vigueur le chronomètre des mesures qui conduiront à l’unification monétaire et des taux de changes ».

La dualité monétaire, à laquelle l’économie cubaine a eu recours en 1993 comme planche de salut, suscite des polémiques très diverses, selon les cas où elles ont lieu, suivant qu’il s’agisse d’entreprises, de banques, d’économistes ou de simples consommateurs. Il est vrai que les conséquences et les interprétations ne sont pas les mêmes pour les uns et pour les autres.

Mais tous, et plus particulièrement le citoyen moyen, se sont précipités sur leur calculatrice, bien que la note officielle, après avoir annoncé que « le processus d’unification monétaire va démarrer », en disait peu. Sont restés dans le flou les objectifs ou le point d’équilibre intermédiaire que chercheraient les autorités économiques du pays entre le taux de change officiel – rattaché depuis des décennies a 1 US dollar ou 1 peso convertible (CUC) x 1 peso cubain (CUP), considéré insoutenable par les économistes – et le taux de change du réseau des Maisons de Change (CADECA) à laquelle a accès la population : 1 CUC x 25 CUP.

Toutefois, la note établit clairement que « les principaux changements, dans cette première étape, se feront dans le secteur des personnes juridiques ». A savoir, la suppression demandée de la dualité monétaire et des taux de change met en ligne de mire d'abord le secteur des entreprises, avec un objectif explicite : « favoriser les conditions d’augmentation des performances, une meilleure mesure des faits économiques et la stimulation auprès des secteurs qui produisent des biens et services pour l’exportation et la substitution des importations ».

Les économistes et experts interviewés après la parution au grand jour de la nouvelle vont tous dans ce sens. Le docteur Joaquin Infante, Prix National d’Economie, a déclaré au journal Juventud Rebelde qu’une « valorisation raisonnable de notre monnaie, le peso, en relation avec les monnaies étrangères », aura comme effet « de mesurer avec davantage de précision les valeurs de nos productions de biens et services ».

« Le grand bénéfice pour l’économie du pays – a-t-il dit – sera que l’unification monétaire et des taux de change permettra de mesurer avec une plus grande objectivité tous les indicateurs macroéconomiques, tels que le Produit Intérieur Brut, le Revenu National, les indicateurs de la Balance des Paiements, du Plan de l’Economie et du Budget de l’Etat ».

Un autre des économistes qui a le plus étudié le sujet, Pavel Vidal, anticipait le plus grand bénéfice des mesures tant pour le secteur des entreprises que pour le consommateur moyen. Les entreprises - disait-il dans une étude publiée en 2007 - sont confrontées à une situation de dualité monétaire qui « se distingue par l’impossibilité qu’ont les personnes juridiques de changer les pesos cubains en d’autres devises et par la surévaluation du taux de change officiel du peso cubain ».

Comme d’autres experts, Vidal considérait que la surévaluation du peso cubain dans le taux de change officiel (1x1) aurait un effet négatif sur les exportations et la recherche de revenus en monnaies fortes dont Cuba a tant besoin.

Sans dualité, les entrepreneurs pourront « utiliser les états financiers comme un véritable instrument de direction – a dit Infante, à son tour – sans avoir à effectuer des calculs supplémentaires pour connaitre la valeur de leurs productions, leur rentabilité et leur compétitivité ».

Cette crainte, alimentée sans doute en partie par le peu de clarté de la note, est en contradiction avec l’avertissement que la première étape visera à préparer les conditions pour élaborer « les propositions de normes juridiques, les conceptions des changements des systèmes informatiques chargés des registres comptables et les ajustements dans les normes comptables ». Voici donc un processus qui prendra du temps.

Après avoir insisté sur le fait que le gouvernement restera fidèle à la pratique monétaire antérieure – aucune mesure ne sera prise pour nuire aux personnes aux revenus licites en CUC et CUP, dit-il -, l’information officielle devance des preuves qui seraient une anticipation très limitée de la fin de la dualité monétaire qui régit aujourd’hui le commerce de détail cubain, divisé en magasins et marchés dont certains opèrent en CUC et d’autres en CUP.

« De façon expérimentale dans divers lieux sélectionnés, on pourra effectuer des paiements en espèces en CUP par l’équivalent calculé au taux de change de CADECA de 25CUP pour 1CUC ». Pour le moment, des essais de cette nature auraient peu d’efficacité, au delà du fait de simplifier les démarches habituelles du consommateur, qui est amené à se rendre dans les établissements de CADECA quand il a de l’argent en pesos cubains mais doit faire face à des paiements dans son alter ego convertible.

Indépendamment des remous et des contrariétés à cause du peu d’informations concrètes, la note devient un autre engagement et signale qu’on approche de la fin d’un des problèmes qui impacte le plus au quotidien les transactions financières courantes des entreprises et des citoyens cubains.