El Floridita, le huitième bar le plus célèbre au monde

2012-10-10 04:13:02
El Floridita, le huitième bar le plus célèbre au monde

Publié dans Opus Habana, Nº 3, 1997

Comme de nombreuses personnes, j'ai d'abord entendu parler d’El Floridita avant d’y mettre les pieds. Je l’imaginais tel qu’Ernest Hemingway en faisait la description. J’avais lu que c’était un des sept bars les plus célèbres au monde et cela m’avait impressionné.

Comparer Cuba au reste du monde, c’est le genre de chose que nous aimons beaucoup nous les Cubains. Nous avons par exemple la plus petite grenouille de la planète, une espèce de palmier ne poussant qu’à Pinar del Rio et des petits escargots présents uniquement à  Holguín.

Comment j'ai découvert El Floridita

Le fait de savoir qu’un des sept bars les plus célèbres au monde se trouvait à Cuba me remplissait de joie. J’étais étudiant, je venais de l’intérieur de l’Île et j’arpentais fréquemment les rues de La Havane pour apprendre à connaître la ville.

Durant l’une de mes expéditions, je suis entré dans un bar-restaurant avec un ami. L’établissement m’avait tout de suite plu. C’est ce genre d’endroit dont on n’explique pas le charme mais dont tu te rends compte rapidement qu’il est unique. La façon dont les chaises sont posées contre le mur, les verres sur le plateau, tout cela rend la magie du lieu très attirante.

Nous avons gardé le silence le temps que nous y sommes restés. Nous observions, enchantés par ce lieu, par son atmosphère, sa pénombre et ses étagères. C’était comme si nous avions atterri dans un film. Je me rappelle très bien que nous avions seulement bu un daiquiri. En sortant, nous avons regardé le nom du bar pour le reconnaître lors de notre prochaine escapade. Il s’appelait RF (mon ami et moi avons lu avec une telle attention que nous ne pouvions pas l’oublier). Il se trouvait à l’angle des rues Monserrate et Obispo.

Quand nous avons raconté aux autres qu’on avait trouvé un établissement sublime qui s’appelait RF, un Havanais près de nous souhaita rectifier nos paroles et nous informa que nous n’avions pas été dans un établissement qui s’appelait RF mais dans El Floridita, le bar d’Ernest Hemingway, un des sept bars les plus célèbres au monde.

C’est ainsi que j’ai découvert El Floridita, le huitième plus fameux au monde. Je l’avais découvert par moi-même, sans les recommandations d’Hemingway.

« Malade » d’Hemingway

On dit d’Hemingway qu’il est comme la rougeole, il arrive chez tout le monde à un certain moment de ta vie. Quand il est là, tu as seulement envie de lire d’avantage ses écrits, l’entendre raconter ses histoires, aller au Floridita et à Cojímar, pêcher des espadons et écrire avec la technique de l’iceberg. J’avais résisté à cette rougeole car je trouvais Hemingway arrogant et sans réel talent. Mais, comme cela devait se produire, j’ai été contaminé par le virus.

Cela n’est pas venu par Les assassins ni Le vieil homme et la mer ni l’Adieu aux armes mais par Le courant du Golfe. Ce livre m’a permis de comprendre l’âme de cet Américain. Plus particulièrement, deux passages sur La Havane m’ont marqué pour toujours. L’un d’eux raconte l’entrée du protagoniste dans le bar El Floridita et sa conversation avec une prostituée.

Hemingway, buvant probablement un daiquiri double sans sucre, regarde vers la porte et observe la femme qu’il attend. Il voit sa jambe, sortie de la voiture, appuyée sur le pavé et en tombe en émoi. Hemingway en reste bouche bée.

Depuis, quand je retourne au Floridita, peu importe l’endroit où je m’assois, je sens la présence et la compagnie d’Hemingway, de la femme sortant de voiture et de la prostituée qui a dû s’éloigner du comptoir car l’autre arrivait. La sensation qu’il peut t’arriver quelque chose d’imprévu te traverse l’esprit. Et cela m’est arrivé !

Opus Habana

Dédiée au patrimoine historico-artistique depuis 1995, « Opus Habana » est la revue institutionnelle de la Oficina del Historiador (Bureau de l’Historien) de La Havane, acteur principal du chantier de restauration de la Vieille Havane, déclarée Patrimoine de l’Humanité en 1982 par l’UNESCO. A caractère quadrimestriel et avec un tirage de 3000 exemplaires, « Opus Habana » est dirigée par Eusebio Leal Spengler, l’Historien de La Havane en personne. Alors que la tendance était à l’économie et la survie dans les années 1990, Eusebio Leal Spengler a su tirer partie des difficultés du pays et obtenir de Fidel Castro une certaine autonomie qui, conjuguée à un extrême talent, lui a permis de transformer la Oficina del Historiador en une véritable entreprise: hôtels, restaurants, boutiques, musées, chantiers de restauration voire de construction etc. « Opus Habana », comme l’Historien, se consacre donc au patrimoine culturel, et en particulier à la réhabilitation de la Vieille Havane. La revue rassemble des intellectuels de prestige, architectes, historiens, sociologues, écologues etc. qui collaborent régulièrement à sa publication, tant dans sa version papier que dans sa version numérique. « Opus Habana » est aujourd’hui une référence, consultée par un public national et étranger. En outre, la présence notable d’artistes plastiques de renommée, notamment en raison de leur contribution aux couvertures et différentes illustrations, en fait également une référence incontournable de l’actualité dynamique et hétérogène des arts plastiques cubains.

Page web : http://www.opushabana.cu/

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