El Mejunje, un espace pour tous

2017-07-25 16:03:50
Rodolfo Romero Reyes
El Mejunje, un espace pour tous

El Mejunje, dont le nom évoque le mélange et l’acceptation des différences, est devenu un centre culturel et social de référence à Villa Clara.

Par Rodolfo Romero Reyes

Qu’entend-on à Cuba par « mejunje » (mixture) ? Dans son acception la plus courante, il s’agit d’une espèce de tisane ou de boisson aux ingrédients variés que l’on utilise à des fins curatives. Aussi, quand un Cubain se voit offrir une boisson dont il ne connaît pas la composition, il affirme « avoir bu un mejunje ».

Ce terme au sens large et à la forte symbolique a donné son nom à un centre culturel créé il y a plus de trente ans. C’est dans la rue Marta Abreu de la ville de Santa Clara que se dresse le centre culturel El Mejunje, construit sur les ruines d’un ancien hôtel. Fondé par Ramón Silveiro, promoteur culturel et Prix national de culture communautaire, El Mejunje a changé et évolué pour devenir ce qu’il est aujourd’hui : un espace de création, d’échange et d’acceptation.

Dès sa naissance — et c’est toujours vrai de nos jours —, El Mejunje a été un lieu de rencontres pour personnes tolérantes et homosexuelles. On peut par ailleurs y voir des concerts de nueva trova ou de rock, assister à des soirées boléro ou à des spectacles de transformisme, des spectacles pour enfants ou des représentations théâtrales. C’est ce qui fait l’intérêt de son programme culturel.

El Mejunje propose en effet un programme varié pendant toute la semaine, pour tout public et pour tous les goûts. Le centre constitue le siège d’une troupe de théâtre, il abrite également un café et des expositions provisoires et permanentes.

Parler du Mejunje, c’est aussi parler de rébellion et de résistance. L’existence de cet espace a été marquée par l’incompréhension de toute une époque où il était très rare de parler de liberté en matière d’orientation sexuelle et de diversité des identités de genre. Même s’il est vrai que des personnes homosexuelles s’y retrouvent, ce centre n’a jamais exclusivement visé ce type de public. Au-delà de l’orientation sexuelle, il a toujours été question de créer un espace sans aucune discrimination. Grâce à la ténacité des personnes engagées dans ce projet et grâce au soutien des jeunes, des artistes et de la presse, El Mejunje s’est définitivement fait une place dans la ville.

El Mejunje a accueilli le Ballet national de Cuba, l’Opéra et le Ballet folklorique, des artistes aussi reconnus que Zaida del Río, Elena Burke, Rosita Fornés, des musiciens à succès comme Vicente et Santiago Feliú, Sara González, Carlos Varela, des intellectuels comme Abel Prieto, Miguel Barnet ou encore des acteurs de l’envergure de Sergio Corrieri et Verónica Lynn.

Réveiller la conscience sociale et unir des vies à travers l’art ne constitue pas une tâche facile, mais les ruines de Villa Clara possèdent ce secret. On partage des idées, des valeurs et des rêves avec amour et sans haine dans cet espace qui grandit sans cesse et dont le cœur continue de battre pour ceux qui construisent un monde où il existe une place pour chacun d’entre nous.

Traduction : F. Lamarque

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

Sur le même thème