Entretien avec Alberto Granado

2012-10-03 20:26:41
Stéphane Ferrux
Entretien avec Alberto Granado

L’œil vif, débordant d’activité, l’ancien N°9 (demi de mêlé) de Cordoba à 81 ans raconte comment il fût l’autre argentin de la « Revolucion Cubana », un peu grâce au rugby :

Quelle relation entre le rugby et le Ché ?

J’ai connu Ernesto par mon frère Thomas, le gamin de 14 ans voulait pratiquer le rugby. Les autres équipes ne voulaient pas de lui par peur de jouer avec un asthmatique.

Malgré sa maigreur il possédait une force physique de nerveux surprenante. Pour cela et pensant que le sport était le meilleur remède pour l’asthme, nous l’avons accepté dans une équipe, mais de second niveau. Il possédait un excellent plaquage, à la hauteur des coudes…

C’était un enthousiaste du rugby. Son père dira qu’il en reteint les enseignements de l’esprit d’équipe, de la discipline et du respect de l’adversaire.

Photo : Cubania

Vous avez joué ensemble ?

A Cordoba. On l’appelait « FUSER » : Furibond de la Serna (de son nom : Ernesto Guevara de Serna). Nous pratiquions le rugby à contre courant de l’époque, et particulièrement des courants de Buenos Aires, où le rugby comme le golf, étaient d’abord des sports d’élite réservés à la haute société. C’était avant les Pumas et la renommée mondiale du rugby argentin. « Nous, c’était pour le défis, la compétition ! » D’ailleurs Ernesto vécu un jour une descente de police pour une accusation de divulgation de propagande communiste, alors qu’il participait à la rédaction d’un article dans « Tackle » (plaquage), commentant les différences de classes dans la pratique du rugby argentin.

Et vous êtes devenus amis ?

A tel point que nous avions décidé de partir en moto, « Fuser », 2cd chef de l’expédition et « Petiso » comme il m’avait surnommé, 1er chef. Nous voulions réaliser tout les deux, un grand tour d’Amérique Latine, refusant les aides classiques pour la recherche médicale où il fallait aller pleurer dans les ministères. Nous avions opté pour l’aventure empirique et le contact avec la réalité de la maladie, car nous projetions d’étudier la lèpre. C’est la rencontre au Mexique avec Fidel qui interrompit l’expédition.

Depuis quand vivez-vous à Cuba ?

1961, au commencement de la Revolucion. Je voyais Fidel comme un véritable lider, qui pouvait changer les choses en Amérique Latine. Grâce au Ché j’ai pu participer, comme chercheur biochimiste, au travail réalisé par le gouvernement de Fidel dans le cadre de la santé publique.

Et vous faites partie, encore aujourd’hui, des personnalités à Cuba, tandis que le Ché en est parti, lui ?

En fait jamais il n’avait pensé rester à Cuba. Fidel la convaincu. Ernesto était une des rares personnes que El Commandante écoutait. Il avait une certaine influence, mais pas les responsabilités de gérer un pays. Il a seulement aidé Fidel pendant un temps, mais je pense qu’il était de ceux qui se sentaient capables de « défaire le mal fait », c’est à dire aider les peuples à ce libérer. Il a toujours dit que la seule méthode pour cela était la lutte armée. Je pense que Fidel l’avait compris.

Et maintenant, comment vous occupez-vous ?

Je suis assesseur de nombreuses institutions ayant relation avec le Ché, à Cuba, au Venezuela et en Argentine. J’ai d’ailleurs fondé le premier musée du Ché d’Amérique, en Argentine. En plus de ces nombreuses responsabilités, je pratique toujours l’exercice physique… c’est clair, moins le rugby, mais toujours le golf que j’ai appris à Cuba, un pays socialiste ! Et je marche quelques kilomètres chaque jour, car c’est le secret de la forme, avec cette devise : « [...] le sport comme travail, et le travail comme sport… et un petit rhum chaque jour après le bain »

Et le cigare ?

Jamais de toute ma vie je n’ai fumé. Même si j’ai souvent pensé passer à coté de quelque chose, voyant mon entourage, mes collaborateurs dans le travail, et le propre Ché, déguster leurs cigares avec un plaisir qu’ils reflétaient. Peut-être mes convictions de professionnel de santé qui m’en ont toujours dissuadé. A ce propos, c’est un de mes vieux amis médecins, qui raconte souvent que, lorsqu’on avertit le Ché sur le fait qu’il fumait trop pour se maintenir en bonne santé, celui-ci apparu le lendemain avec un cigare de un mètre de long, argumentant qu’il ne fumerait plus qu’un cigare par jour!


*Stéphane Ferrux

Directeur de Cuba Autrement.

L’Amateur de Cigare

« L’Amateur de Cigare » est aujourd’hui l’unique revue sur le thème du cigare en France, et forcément la meilleure… Mais aussi une des meilleures au monde ! L’Amateur, c’est la passion du cigare, la culture gastronomique française appliquée à la dégustation du cigare et qui en fait un art. Jean-Paul Kauffmann, qui a créé la revue il y a plus de 15 ans, est solidement entouré par Annie Lorenzo et Jean-Alphonse Richard. Ajoutez à cette équipe les collaborateurs, le comité de dégustation et les journalistes qui coopèrent régulièrement à la revue, et vous aurez les plus éminents experts du cigare en France et dans le monde. Malgré de nombreuses attaques anti-tabac, « L’Amateur de Cigare » réussit à transmettre la passion d’un plaisir qu’il faut respecter à ceux qui s’y vouent. Déguster un cigare est un acte conscient, tout autant néfaste à la santé que celui de savourer un grand Bordeaux ou de se régaler d’une poularde fermière aux morilles. Et de la même manière, fumer peut être un plaisir épicurien, tout comme boire et manger… le secret et le respect étant dans la mesure. Entrevues de personnages illustres, techniques de dégustation, reportages sur Cuba et les pays producteurs, conseils, informations, L’Amateur de Cigare est le lien entre des passionnés, des épicuriens et des gens cultivés qui adhèrent aux raffinements et aux subtilités de la dégustation du cigare. Sans oublier la bible : l’HavanoScope, le « Michelin » du cigare, le seul guide au monde capable d’orienter réellement et objectivement le débutant ou l’amateur confirmé, qui parait une fois l’an, peut être de façon trop intime, comme si on ne voulait pas partager avec tous les secrets du plaisir…

Page web : www.amateurdecigare.com

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