Escalade à Cuba



Une année après avoir descendu de la Sierra Maestra, Fidel Castro a dit que la Révolution était l’œuvre des alpinistes et des spéléologues. Grâce à eux, a-t-il ajouté, la guérilla était toujours dans une position avantageuse par rapport à l’armée ennemie. Mais l’alpinisme, comme sport, est presque inconnu à Cuba. Armando Menocal veut changer ça.

En quête de mes racines, je me suis rendu à Cuba. Le guide touristique que j’apportais décrivait la vallée de Viñales dans la région occidentale comme un Yosemite en miniature. Comme le parc Yosemite est tellement populaire parmi les alpinistes du monde, un lieu où j’ai fait de l’escalade pendant 25 ans, je n’ai pu résister à l’envie de me détourner de ma route pour visiter l’une des destinations les plus belles de l’île.

La vallée de Viñales

Il ne fait aucun doute que la vallée de Viñales est spectaculaire ; or, elle diffère beaucoup des canyons profonds et austères et des plus de 900 mètres de parois de granit de Yosemite. À Viñales, j’ai découvert des hauteurs presque verticales de plus de 300 mètres - appelées mogotes - couvertes d’une foule de palmiers, de pins et de plantes grimpantes. Ces endroits, où la roche sous-jacente s’avance à tel point que la végétation tropicale ne trouve pas un point d’appui, abritent des cavernes de pierre calcaire et des grottes pleines de tufs et de stalactites. Le rêve de tout ascensionniste, l’alpinisme tridimensionnel, serait une réalité si l’on pouvait escalader ces parois et toits.

Pouvait-on escalader cette singulière architecture naturelle à travers des toits et niches communicantes pour regagner des grottes plus élevés et plus vastes ?

J’étais intéressé non seulement à faire des recherches sur l’alpinisme à Cuba, mais aussi à escalader aux côtés des Cubains. J’avais une foule de questions à poser. D’autres personnes avaient par hasard essayé d’escalader ces parois prononcées ? Y avait-il des alpinistes à Cuba ?

Personne à Viñales ne savait si quelqu’un avait essayé de faire cette escalade auparavant. Mon exploration du site ne révélerait l’existence d’aucun sentier jusqu’à la base de l’une des grottes les plus prometteuses ou de tout autre signal d’ascensions précédentes. Les perspectives étaient peu encourageantes mais, heureusement, j’ai découvert l’Association spéléologique de Cuba.

L’Association nous a proposé de présenter un travail sur l’alpinisme pour savoir si quelqu’un s’y intéressait. Nous avons accepté la proposition mais le début n’a pas été très prometteur. Un des collègues qui m’accompagnait lors de ce premier voyage exploratoire venait de publier un livre. Il a promis d’apporter ses diapositives. L’œuvre portait sur l’escalade de glace… et nous étions dans un pays qui n’enregistre pas de températures négatives. La présentation a eu lieu dans la grande salle de la Ciudad Deportiva. Les persiennes cassées laissaient filtrer les rayons du puissant soleil tropical. On pouvait à peine percevoir les images mais cela ne semblait pas déranger la douzaine d’alpinistes cubains présents ce jour-là. Notre passion partagée était contagieuse.

Cet après-midi-là, les Cubains nous ont invité à escalader leur rocher favori : le château des Trois Rois du Morro, une forteresse vieille de plus de 400 ans qui protégeait l’entrée de la baie de La Havane. Ses parois - de 15 à 18 mètres de haut et faites d’immenses blocs de pierre calcaire -, se dressent au-dessus de la mer et du fossé sablonneux du château, idéales pour faire de l’escalade. Nous avons découvert que les alpinistes cubains partageaient la forteresse avec des enfants qui jouaient au baseball ou se jetaient à la mer depuis les roches, avec des explorateurs de grottes qui pratiquaient la descente en rappel et qui remontaient à l’aide de cordes, et avec des jeunes filles en tenue de soirée qui posaient pour des photographes pour laisser ainsi une preuve de leurs quinze ans, prélude de leur condition de femme.

C’est erroné de croire que nous étions en train d’initier les Cubains à l’alpinisme ; au contraire, ils faisaient preuve de l’esprit créatif, entrepreneur et résolu de ce peuple.

Deux Cubains ont, pendant un mois, parcouru avec nous l’île d’une extrémité à l’autre en quête d’un site approprié pour escalader. Suivant le point de vue d’un alpiniste possédant une formation impressionnante et singulière, Viñales a été choisie. De toutes les escalades que j’ai faites dans l’hémisphère occidental, celle de Viñales a été la plus intéressante et variée. Chaque rocher de la vallée de Viñales à un trait distinctif ; néanmoins, chaque rocher n’est distant l’un de l’autre que de quelques minutes.

Quelque temps après nos premières ascensions à Viñales, la zone a été déclarée par l’Unesco Patrimoine naturel mondial grâce à son remarquable paysage karstique, à la conservation de l’environnement, aux méthodes traditionnelles de culture qui sont restés inchangées des siècles durant et à la riche culture de la localité et de ses habitants.

Viñales, la seule localité de la vallée, est formée d’une demi-douzaine de rues et la plupart de ses habitants vivent dans des maisons aux tuiles rouges, alors qu’environ dix mille personnes habitent des chaumières disséminées tout au long de la vallée à sol rouge, idéal pour la culture du tabac, réalisée à l’aide de charrues tirées par des bœufs. C’est rare d’y rencontrer un paysan sans un cheval et sans une machette.

Nature et tradition

Viñales vaut certainement le détour ne serait-ce que pour admirer sa beauté infinie. Moi, j’ai découvert son principal charme, à savoir qu’au bout de deux jours on se sent comme chez soi, dans l’ambiance d’un petit village. Un jour, le chauffeur d’un tracteur m’a invité à monter. Sans mot dire, le paysan a poursuivi son chemin. Puis, il s’est arrêté face à la maison où je séjournais et s’est tourné vers moi comme pour me dire : « Eh bien, nous y voilà ».

Les Cubains sont francs, spirituels, spontanés, passionnés, musicaux et de bon cœur. Ils consacrent les jours de repos à la plage, au baseball, aux excursions, à se balader en bicyclette, à explorer des grottes et montagnes et aux combats de coqs, prohibés soit dit en passant. Si l’on ajoute à tout cela une vie nocturne fascinante et, évidemment, un peuple sociable et vif, l’île devient l’une des meilleures expériences en plein air au monde.

« Alpiniste de classe internationale du Wyoming qui a aidé les alpinistes cubains à briller…», Revue Outside Armando Menocal Alpiniste, a derrière lui 38 ans d’expérience en la matière. Il a fait ses premières ascensions au parc national de Yosemite et à la Sierra Nevada (Californie), avant de partir pour l'Asie, l'Afrique et l'Amérique du Sud. Il est fondateur de la plus importante organisation d’alpinisme aux États-Unis, "The Access Fund", qui a pour mission de maintenir ouvertes les zones consacrées à l’alpinisme et de protéger l’environnement en montagne. Il est également à l'origine du site: www.cubaclimbing.com