Et avec cette herbe, vous serez guéris



Une décoction de vicaria blanca pour la conjonctivite, d'origan pour la gorge, de canne mexicaine pour les reins…, toute une pharmacopée populaire transmise de pères en fils et que les préjugés ou la modernité menaçaient de reléguer, est aujourd'hui sauvegardée par le Centre de Chimie Pharmaceutique (CQF), du Pôle Scientifique de l'Ouest de La Havane.

Bien qu'étant un organisme de premier niveau, un de ses objectifs est de recueillir des informations de toute personne ayant des connaissances sur l'utilisation des plantes médicinales. À partir d'ici commence une étude sur les essences utilisées pour le traitement de diverses maladies afin de déterminer ses composants et ses possibles propriétés curatives.

Une des lignes de travail du CQF s’oriente vers la caractérisation de plus de 300 espèces endémiques de la flore cubaine, pour spécifier leur possible utilisation à des fins pharmacologiques.

Dans la recherche de médicaments utiles à la médecine humaine et vétérinaire, le CQF peut déjà montrer de bons résultats, comme l'élaboration d'une ligne de produits naturels, extrait de l'écorce de différentes variétés de manguiers.

Enregistrée commercialement comme Vimang, la nouvelle formule contient du sélénium, du cuivre, du zinc, du fer, du calcium, du magnésium. Elle peut être consommée sous forme de tablettes comme supplément diététique et, pour son haut pouvoir antioxydant, elle peut être appliquée en crème pour éliminer des taches sur la peau et tonifier les tissus. On attend sa distribution commerciale pour le second semestre 2010.

Mais la recherche de nouveaux médicaments à partir des plantes ne se limite pas à un seul centre dans le pays, vu que le développement de la pharmacologie naturelle permettra, dans un futur, de remplacer des produits chimiques, importés dans leur majorité.

Les provinces de Villa Clara, dans la région centrale, de la Ville de La Havane et de Pinar del Rio, dans la région occidentale, sont celles qui présentent les plus grandes avancées dans l'application de cette médecine considérée alternative et un grand nombre de centres hospitaliers sont capables d'élaborer des produits de qualité prouvée dans leurs laboratoires.

Les chercheurs du Laboratoire Central de Médecine Herboriste de l'Hôpital d’Enseignement Docteur Luis Díaz Soto se dédient aussi à cette tâche, comme ceux de l'Entreprise de Laboratoire Pharmaceutique Mario Muñoz et ceux du Laboratoire Technique des Médicaments du Ministère de la Santé Publie (MINSAP).

Un des produits élaborés par ces organismes a été l'extrait aqueux appelé « Aloe B » qui, après les essais cliniques correspondants, a prouvé son efficacité comme renfort dans la thérapeutique des fractures.

Obtenu à partir de l’Aloe barbadensis Miller, une plante connue populairement comme sábila, on est parvenu à fabriquer un extrait injectable qui permet de diminuer le temps de cicatrisation des blessures et de consolidation des fractures. Parmi ses avantages, on trouve celui d’être produit dans le pays.

Les chercheurs du Centre National de Santé Agricole (CENSA) ont aussi travaillé sur la recherche de médicaments avec des produits végétaux. À partir de la bagasse de canne à sucre ils ont élaboré un produit anti-diarrhéique, le  « Ligmeg-A », qui pourrait aussi être appliqué à des patients ayant eu une chirurgie du système digestif.

Ce nouveau médicament a comme principe actif les lignines présentes dans la bagasse de la canne à sucre et il présente un haut indice d'efficacité, plus de 90 pour cent des cas traités ont été guéris.

À partir du manglier rouge, une plante qui croît de manière spontanée dans les zones côtières et dans les îlots, ce centre a aussi obtenu une pharmacopée de haut pouvoir cicatrisant et désinfectant pour l’homme, le « CIKRON-H », qui a déjà été testé avec d’excellents résultats.

A force de démontrer son efficacité, la médecine naturelle et traditionnelle non seulement se consolide au niveau des hôpitaux et des instituts spécialisés, mais elle gagne des adeptes au niveau des policliniques et des Médecins de famille.

Comme exemple de la haute valorisation qu’a atteint l'application de cette médecine à Cuba, que certains refusent de considérer alternative, la condition de Scientifique Populaire a été conférée il y a à peine deux ans à Enrique (Gallego) Otero, qui a fêté récemment son 74ème anniversaire.

Le Galicien Otero a mérité cette reconnaissance pour le grand nombre de personnes qu’il a soigné et guéri avec des produits naturels qu'il cultive dans sa ferme, située à La Sierrita, dans l'Escambray.

Otero représente la mémoire vivante de la sagesse populaire, avec à son actif des guérisons de l'asthme bronchique, fondamentalement chez les enfants, des affections migraineuses, des maladies vénériennes ou épidermiques, chez plus de 18 mille patients traités de maladies de la prostate, bien qu'il ne possède pas le titre de médecin.

Il n’y a aucun doute, l'intérêt de l'État cubain et des autorités sanitaires pour développer la médecine verte suit la tendance internationale basée sur les bénéfices qu'elle reporte et qui a déterminé une augmentation de la commercialisation des produits biologiques dans les pays développés. Mais, à Cuba, la nécessité de produire des médicaments sur la base de ressources naturelles existantes dans l'île devient plus péremptoire, comme une alternative viable face à ses limites économiques.

Comme réponse à cette demande, en 1994, le Ministère de l'Agriculture a assumé la production commerciale de plantes médicinales, et il a créé un réseau de fermes provinciales et de modules municipaux, chargés de cultiver et de remettre les commandes de plantes aux laboratoires.

Aucun engrais ni pesticides chimiques ne sont appliqués dans ces plantations, c’est pour cette raison que l’on obtient des produits écologiques libres de toxicité et l’on prétend que c'est une agriculture intégralement soutenable.

Et même si l'approvisionnement des pharmacies et la production de médicaments naturels ne comblent pas les besoins, il existe déjà une conscience de la nécessité de profiter de la tradition populaire dans la recherche des médicaments les plus effectifs et les moins coûteux. Le développement scientifique atteint par Cuba rend possible cette ligne de recherche qui peut renforcer les propriétés curatives de ces simples herbes utilisées par nos grands-parents.