Et Cuba demain... la suite : Investir à Cuba, le bon choix.

2015-05-10 00:16:21
Bertrand FERRUX
Et Cuba demain... la suite : Investir à Cuba, le bon choix.

Après un indispensable rappel de l'Histoire, après un état des lieux de l'économie cubaine, nous vous proposerons de vous expliquer ce que trouvera François Hollande, dans son rôle d'ambassadeur en affaires au cours de cette visite qu'on appelle déjà « historique »...

Par Bertrand Ferrux

Il nous était impossible alors que tous les media sont … « sur le pont » de La Havane de ne pas vous parler de ce qu'ils évoquent tous à moindre mot : l'investissement français à Cuba.

Si le président de la République a profité de sa visite aux Antilles françaises pour un détour sur la grande île, ce n'est certainement pas que pour prendre des nouvelles de la santé du Commandante.

Peut-être les prémices d'une nouvelle aire commerciale entre Paris et La Havane, dans une période économique où tout le monde cherche de nouvelles zones de développement et où enfin, il n'est plus  malvenu de parler « commerce et investissement » avec Cuba, rapprochement cubano-américain oblige.

Alors, que peut proposer le pays, si riche d'une population qui attend tant de choses de l'extérieur mais qui en connaît si peu ??? quels secteurs seront propices à une marche côte à côte dans l'intérêt de tous ???

Après un indispensable rappel de l'Histoire, après un état des lieux de l'économie cubaine, nous vous proposerons de vous expliquer ce que trouvera François Hollande, dans son rôle d'ambassadeur en affaires au cours de cette visite qu'on appelle déjà « historique »...

Cuba, une histoire à part

On ne va pas reparler des quelques 500 ans qui nous séparent de la découverte de Cuba, mais rappeler l'historique d'un pays permet parfois d'en comprendre la situation actuelle.

Et il est vrai que dès les premières années du XVI ème siècle, la couronne d'Espagne misait déjà beaucoup sur l'île d'abord baptisée « Jeanne ». Sorte de hub permettant le transfert des richesses de l'Amérique du Sud (Perou, Mexique...) vers le vieux continent, base militaire riche de commerçants et de négociants, Cuba était comme un grenier où se développaient de grands élevages, de vastes plantations et le plus grand marché d'esclaves du continent...

Puis les Etats Unis découvrirent tout son intérêt, ses intérêts plutôt car s'ils validèrent son indépendance le 20 mai 1902, au terme de deux guerres, l'amendement PLATT, inséré dans la constitution devait permettre aux USA d'intervenir sur l'île à chaque fois que cela serait nécessaire...  Marquant la fin officielle des visées annexionnistes nord-américaines la première moitié du XXème siècle fut toutefois celle de la dépendance envers le grand frère du Nord, ce qu'on appelle élégamment « l'indépendance sous tutelle »,  époque des gouvernements fantoches, à la solde état-unienne jusqu'au 10 mars 1952 et le coup d’État sans résistance et en une heure, du général Fulgencio Batista.

Là, une dictature organisée comme l'Amérique Latine seule est capable d'en faire naître voit le jour : clientélisme, inégalités, corruption, répression et pillages en bonne et due forme.

De quoi donner des idées d'une vraie indépendance. La suite on la connaît ou on croit la connaître : non la révolution cubaine n'était pas communiste à son origine, mais bien « vert olive » de la couleur des uniformes des barbudos comme tenta de l'expliquer Fidel Castro au vice-président Nixon dès le mois d'avril 1959.

Cet échange que le Commandante n'avait pas pu avoir avec le président des Etats Unis occupé à jouer au golf dans sa résidence de Camp David, marqua le début de la rupture définitive et sans appel entre Cuba et son ex-protecteur... Nixon interrogé par les journalistes à la suite de son entretien leurs dira : « non, Castro n'est pas communiste, c'est juste un idéaliste qui n'ira pas très loin »...

Et voilà le début de la nouvelle Ere cubaine, origine d'une période longue, très longue, d'incompréhension mutuelle entre David et Goliath où tous les coups étaient permis, connus ou méconnus. Claude JULIEN dans le Monde du 22 avril 1961 écrira après la déroute de la baie des cochons « l'hostilité des Etats Unis à l'égard de la Revolution Cubaine est plus passionnelle que raisonnée car si Cuba a choisi de s'écarter de la voie américaine, c'est un affront d'autant moins supportable qu'il est infligé par un petit pays »... Cuba ne sera donc pas le Guatemala de 1954.

Petit pays certes, qui ne grandira alors que dans l'ombre de l'ennemi américain, l'Union Soviétique et ce, à quelques 120 kilomètres des côtes de Floride. Jusqu'à « l'année 32 de la revolucion » (1991) marquée par la chute du bloc de l'Est, Cuba vivra sous perfusion soviétique : échanges commerciaux faussés, mais échanges culturels, sociaux, universitaires ou technologiques exceptionnels. L'île sans rendement réel n'avait de développement que « la connaissance intellectuelle ». La population en est devenue sur-diplômée, riche d'une culture inhabituelle dans la région, forte de connaissances et de données sociales plus proches de l'Europe de l'Ouest que de l'Amérique Latine. Et c'est cette population, avec ses habitudes de Savoir dont Cuba regorge encore aujourd'hui.

Il faut donc garder en tête l'histoire de Cuba lorsqu'on parle d'investissement sur l'île. Tout simplement parce que l'investissement se fera obligatoirement par l'emploi de la population locale et avec le partenariat de spécialistes cubains, généralement des ministères cubains.

Cuba, une population en attente... de travail ou de touristes ?

Alors, ces cubains, comment pourront-ils participer au développement de leur pays ? Habitués à côtoyer des entreprises d'Etat où le mot « rentabilité » n'a presqu'aucun sens, les cubains semblent parfois en dehors de la réalité du reste de Monde...

Voici ce qu'en disait le président Raul Castro au cours de son allocution lors du dernier congrès du Parti Communiste Cubain en 2011 : « Nos entrepreneurs, à quelques exceptions près, se sont accommodés à la tranquillité et à la sécurité de l’ « attente » et ont développé une allergie pour le risque qu’implique l’action de prendre des décisions ou de ce qui revient au même : de réussir ou de se tromper. Cette mentalité de l’inertie doit être définitivement bannie pour dénouer le nœud qui freine le développement des forces productives. »

Pour ceux qui ont choisi de s'en sortir (et qui n'ont pas encore quitté l'île : rappelons que l'exil touche chaque année et selon les données entre 40.000 et 80.000 personnes sur une population de 11,2 millions d'habitants ) ils travaillent essentiellement dans le secteur touristique.

Dépassant les 3 millions de visiteurs en 2014, le tourisme, ce « mal nécessaire » comme l'avait qualifié Fidel Castro lorsque le pays abandonné dans les années 90 cherchait de nouvelles sources de revenus, a rapporté quelques 2,6 milliards de dollars en 2014. Il se présente comme le 3ème secteur d'entrées de devises dans le pays, après l'exportation des Services (Santé, Enseignement pour lesquels 50.000 coopérants cubains à travers le Monde rapportent à l'Etat 10 milliards de dollars). Vient en deuxième position les fameuses... « remesas », c'est à dire l'envoi d'argent des cubains de l'étranger pour 3 milliards de dollars, mais les estimations varient car l'envoi n'est pas toujours comptabilisé... Ce dernier chiffre devrait encore fortement évoluer en 2015, les USA ayant validé l'augmentation autorisée de l'envoi d'argent vers Cuba, passant de 500 USD par trimestre à 2000 USD.

Qu'est ce que cela signifie ? Eh bien exactement ce que les touristes vous racontent à leur retour : que les serveurs, femmes de chambres, cuisinières de casas particulares, professeurs de salsa...  avec lesquels ils ont échangé sont sur-diplômés, souvent ingénieurs et travaillent... dans le tourisme. « Nos chauffeurs de taxi sont les plus intelligents du monde » aiment à répéter les cubains... et c'est vrai...

Puisque le reste des devises vient de cubains... hors de Cuba (remesas et coopérants), il reste aujourd'hui  l'accueil des étrangers pour faire tourner la marmite... et la marmite n'est pas encore pleine : Les changements en cours dans le pays risquent d'augmenter la curiosité de tout un chacun : aller à Cuba avant que cela ne change !!!!

Si le Canada est toujours en tête du classement des pays émetteurs avec plus de 1 million de visiteurs en 2014, les données pourraient changer avec l'arrivée de nouveaux clients en provenance de Chine par exemple, mais surtout … des Etats Unis : des chiffres presque alarmistes parlent d'une perspective de quelques 2 millions de visiteurs supplémentaires.

Il est vrai que le secteur est porteur mais se trouve déjà très bien organisé : création de nouvelles zones touristiques (comme la dernière Marina de Varadero qui compte 1200 postes d'amarrage et 13 pontons mais reste... quasiment vide), privatisation prévue de quelque 9000 restaurants publics, construction massive de complexes hôteliers (avec une vraie politique écologique de maintien de la biodiversité), adaptation du pays et des infrastructures à l'accueil de tourisme d'affaires par exemple : le pays a administré d'une main de maître son tournant touristique des années 90. En 25 ans, Cuba est devenue une des destinations les plus prisées au Monde, avec à sa tête GAVIOTA, premier groupe hôtelier latino-américain et 55ème groupe hôtelier mondial, n'exerçant pourtant d'activités... qu'à Cuba.

Mais sans un investissement industriel et de production, le pays pourrait devenir une carte postale, qui certes plait beaucoup aux visiteurs, mais ne permet pas de se placer sur la scène économique internationale. Car hormis ce secteur et pour le reste des productions cubaines, on se contentera de la réexportation de pétrole vénézuélien raffiné, du secteur minier (nickel et cobalt) dépendant hélas d'infrastructures d'extraction à la limite de l'obsolescence. Et enfin, l'exportation de médicaments et de biotechnologies est à comptabiliser avec une évolution positive, Cuba restant une mine de connaissances médicales et de recherche scientifique.

Cuba, nouvelle ère de développement. Mais pour la France ?

Mais alors, que reste-il à investir... évidemment, la réponse est sans appel : TOUT.

Et de nombreux projets ont déjà éclos. La Zone Economique Spéciale de Mariel en est le principal exemple : 465 km2 d'un projet pharaonique validé lors du 6ème Congrès du PCC à 45 km de la Havane avec toutes les infrastructures nécessaires. Là, il reste beaucoup de places pour des investisseurs en devenir... avec toutes les formalités facilitées et surtout une période détaxée, le lieu ayant été décrété zone franche.

De même 246 projets ont été proposés aux investisseurs étrangers, certains ayant déjà trouvé preneurs mais loin de la totalité : Usines de productions de pneumatiques, d'huile de soja, de papier, d'acier inoxydables ; usines de constructions de parcs éoliens, de gestion d'électricité, de chantiers navals, entreprises de développements de terrains de golfs sont au programme … et en attente avec certaines offres déjà avancées... Mais tous les secteurs seront concernés : agriculture, construction, industrie pharmaceutique, énergies renouvelables, services financiers et d'assurances etc. etc. C'est un peu comme un nouvel eldorado... L'Etat l'appelle « le portefeuille d'opportunités », l'ensemble des projets représenterait quelques 9 milliards de dollars US, dans un premier temps.

Alors certes il y aura surement de la place pour tout le monde comme je l'évoquais dans un précédent article. Et de la nécessité de se positionner … car la part de gâteau s'est toutefois fortement réduite avec l'arrivée des Etats Unis qui ne perd pas de temps... comme d'autres non plus d'ailleurs. En voici les derniers mouvements : Poutine dès juillet 2014 signait à la Havane un investissement de 4 centrales thermiques pour 1,6 milliards de dollars, le président chinois Xi Jinping suivait de près et signa 29 accords bilatéraux (rénovation des infrastructures ferroviaires entre autres). L'Inde, que l'on n'attendait pas forcément dans la région accorda en octobre dernier deux lignes de crédit pour le financement de plusieurs usines dont la fabrication de lait en poudre, des fertilisants, des produits médicaux...Et l'Algérie, l'Arabie Saoudite...

Alors, Monsieur Hollande, votre visite vient à point nommer ! Il apparaît urgent de montrer à Cuba que la France est bien là... et pas uniquement par ses 100.000 touristes annuels ni par son festival du film français de la Havane, qui projète justement ces jours-ci « quai d'orsay » !!!

Cuba a besoin des investisseurs français : parce que l'économie hexagonale sait former, développer et exporter une grande part de son savoir, de ses compétences technologiques, agricoles, commerciales et industrielles.

Et à Cuba, tout devient possible... avec un peu de patience et surtout beaucoup de conseils des spécialistes qui, installés dans le pays, sauront accompagner les dirigeants français prêts à sauter le pas vers un pays, de nouveau en devenir...

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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