Etre un «vanvanero» à Cuba



Sur l’Ile, il est rare que l’on envisage la mort comme étant une célébration de ce que fut l’existence. Mais cette année, des milliers de cubains ont fait leurs adieux à une idole populaire en lui organisant une fête comme peu savent le faire. Alors que le corps de Juan Formell était exposé au Théâtre National de Cuba, des milliers de personnes, à travers un carnaval invraisemblable, l’ont accompagné lors d’une procession vivante qui n’avait été vue ici que deux fois auparavant : lorsqu’El Benny est décédé et lorsque les restes de Che Guevara ont été rapportés.

Par: Victoria Hernández

Il y a un peu plus de 40 ans, Cuba a voulu tenter une récolte de canne de dix millions de tonnes... Et ici, tous ou presque ont eu dans leur main une machette. La bande-sonore de cette épopée de la canne à sucre était de Van-Van et l’Orchestre fondé à l’époque par Juan Formell marquerait les décennies suivantes.

-       Bailas el Buey Cansao? : Tu danses, boeuf fatigué?

-       Aquí, al que baila, ¿qué le pasa? : Ici, à celui qui danse, que lui arrive-t-il?

-       A quién no le toques la puerta cuando está cocinando…? : A qui tu ne frappes pas à la porte lorsqu’il est entrain de cuisiner…?

-       Qué quiere Pastorita? : Que veux-tu Pastorita?

Etre « vanvanero » sur l’Ile est presque une institution.

« Juanito » est décédé cette année à La Havane. C’était le 1er mai, journée où les cubains défilent le long des places principales du pays et célèbrent ainsi la tradition. On a entendu « Sandunguera » partout, les gens ont dansé, chanté et pleuré tout comme le public a dansé, chanté et pleuré un mois et demi plus tard, à Artemisa, lors du premier concert à Cuba de Van Van sans Formell.

Sur l’Ile, Van Van c’est Cuba et un « vanvanero » sait pourquoi.

Cuba a fait ses adieux à Juan Formell de la même façon qu’il l’a fait pour Benny Moré il y a plus de cinquante ans.