Expo d'art à La Havane : Pierre-Elie de Pibrac de retour à l’éden

2017-04-12 22:22:58
Sofía D. Iglesias
Expo d'art à La Havane : Pierre-Elie de Pibrac de retour à l’éden

Par Sofía D. Iglesias

Pierre-Elie de Pibrac est de retour à Cuba, l'éden qui l'a fait connaître dans le monde entier en 2007 avec un reportage réalisé sur cette île caribéenne et aussi en Birmanie. Ce travail a fait de lui l'un des photographes les plus reconnus de France.

Cette fois-ci, l'artiste revient avec une exposition intitulée « In situ », étroitement liée à la danse et au Ballet de l'Opéra de Paris. Pierre-Elie de Pibrac exposera ses œuvres à la maison Victor-Hugo de la Vieille Havane, dans le cadre de l'édition 2016 du Festival International de Ballet de La Havane.

Quelle est la source de ton intérêt pour représenter le ballet à travers la photo ?

 En 2009, lorsque j’ai rencontré ma femme, je l’ai emmenée voir Le Parc, de Angelin Preljocaj, au Palais Garnier. 

Je savais qu’elle adorait la danse, elle-même ayant dansé pendant une dizaine d’années. A la fin, elle m’a dit que le plus beau cadeau que je pourrais lui faire serait de réaliser un reportage sur le Ballet de l’Opéra de Paris, il m’a fallu quatre ans pour tout mettre en place. Finalement, Brigitte Lefèvre, la directrice de la danse de l’époque, m’a donné carte blanche et m’a accueilli au Palais Garnier !

Je voulais savoir ce qui se passait derrière le rideau et comprendre comment des gens pouvaient donner autant d’émotions, comment ils se préparaient, comment ils s’organisaient, vivaient les uns avec les autres. C’est le seul reportage que j’ai réalisé en France, mais, pour moi, l’Opéra de Paris est un monde à part entière, unique et secret.

Après avoir vécu presque sept jours sur sept avec les danseurs de l’Opéra de Paris pendant plusieurs semaines et avoir commencé à tisser des liens avec certains d’entre eux, j’ai commencé à prendre des photographies pour témoigner de leur quotidien, de leur travail, de leur souffrance, de leur rigueur, mais aussi de tous ceux qui travaillent dans les coulisses, les couturiers, les machinistes, les coiffeurs, etc. C’est la série Confidence.

Au fil du temps, j’ai ressenti de plus en plus d’émotions, de sensations extrêmement fortes qu’il fallait que je transmette en images, c’est la série Catharsis. C’est un travail sur la musicalité, l’espace scénique maîtrisé par le danseur, les corps en mouvement. Chaque ballet m’a fait vivre de très fortes émotions mais aussi des pulsions, des angoisses et des fantasmes que j’ai cherché à transposer en pensées photographiques, sortes de réminiscences de mon passé.

Ensuite, pour créer avec les danseurs, j’ai choisi de les mettre en scène en analogie avec les murs du Palais Garnier, c’est la série Analogia. Analogia est un hommage à la peinture pompier du XIXe siècle et à l’architecture du Palais Garnier, à l’influence de cette maison sur ses danseurs, c’est un vrai travail de groupe avec les costumes d’époque utilisés par les étoiles de l’Opéra de Paris ces soixante dernières années.

Pourquoi exposer ces œuvres précisément à Cuba ?

 J’ai réalisé mon premier reportage en couleurs à Cuba. A cette époque, c’était en 2007, j’étais encore étudiant en école de commerce et je venais de m’intéresser à la photographie. Mes parents nous ont invités à Cuba et lorsque je suis arrivé à La Havane, j’ai su que je voulais réellement devenir photographe, j’ai emmené ma famille avec moi partout, hors des sentiers touristiques pour pouvoir capter la vie des Cubains. Depuis ce voyage, j’ai attendu le bon moment pour revenir et réaliser quelque chose de fort à Cuba. Un ami m’a parlé de la rénovation du Grand Théâtre et m’a parlé de la Biennale de la danse de La Havane, je me suis dit que c’était l’occasion rêvée pour revenir dans ce pays que j’ai tant aimé et pour y réaliser une exposition sur mon travail sur l’Opéra et ainsi créer comme un pont entre nos deux pays à travers cette passion commune qui est la danse.

Quels liens artistiques ou affectifs gardez-vous avec Cuba ?

La culture cubaine, son histoire, ses habitants nous fascinent, nous Européens. L’histoire de Cuba se mélange avec la grande histoire du monde, elle y a grandement contribué. Cuba est une île pleine de mystère et de passion, elle m’a offert mon premier reportage, j’aimerais lui offrir une occasion de discuter, de lier un projet commun et de pouvoir témoigner de ses habitants avec un regard à la fois amical et artistique. 

Qu’attendez-vous du public cubain une fois l’exposition inaugurée ?

J’espère pouvoir partager avec eux mon amour de la photographie et de la danse, pouvoir leur présenter un témoignage humain fort sur un métier qui est une exigence du corps et de l’esprit et qui de nombreuses concessions, voire de nombreux sacrifices. J’espère que les Cubains seront curieux de cette exposition, que je pourrais en parler avec eux, avoir leur avis et partager des moments de vie avec eux. J’espère également que j’aurai la chance de pouvoir être le témoin de la vie des danseurs du Ballet Nacional de Cuba et de pouvoir réaliser un projet dont j’ai toujours rêvé, In Situ – En el Ballet Nacional de Cuba.

Habana XXI

Habana XXI s’efforce de retranscrire, que ce soit par l’image, le son, ou l’écrit, la vie quotidienne de La Havane et de Cuba à un public hétéroclite, curieux, intéressé, souvent non résidents. Toujours en dehors des grands débats politiques, économiques ou des thèmes couramment traités par les médias officiels, Habana XXI souhaite au contraire faire témoigner les Cubains de tous les jours, la société dans son organisation actuelle, à travers des lieux, des traditions, des expressions culturelles parfois méconnues. Habana XXI privilégie la chronique comme mode d’expression,  pour sa forme plus humaine, plus proche des réalités de l’île. Prédomine donc la « première personne » dans les témoignages, exprimant ainsi une expérience vécue représentative de la Cuba du XIXe siècle. Habana XXI sur Youtube. 

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