Festival du Habano 2007


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Il s’agissait peut-être d’une plaisanterie, ou d’une coïncidence. Peu importe la raison : le théâtre havanais Karl Marx a été la scène choisie pour inaugurer les festivités en l’honneur d’un grand pilier du capitalisme, le cigare fait main.

Les participants viennent tous les ans côtoyer les aficionados partageant un même centre d’intérêt et fumant en continu durant une semaine. Vu que dans un grand nombre de pays les fumeurs sont rejetés, Cuba, qui n’a pas encore adopté une loi contre le tabagisme, est devenue en quelque sorte un paradis pour les fumeurs.

David Tang, distributeur de cigares basé à Hong Kong, signale : « On nous a obligé à nous déplacer vers des coins spéciaux de la planète, des endroits où les gens comprennent encore que fumer n’est pas un pêché. »

Les participants au Festival consacrent une bonne partie de la semaine à parcourir des manufactures où l’objet de leur désir est roulé. Pour le designer et restaurateur britannique Sir Terence Conran (75 ans), se rendre pour la première fois à Cuba après avoir passé ses 45 dernières années à fumer des havanes presque tous les jours est une sorte de pèlerinage. Dans l’immense atelier des cigariers de la manufacture H Upmann, où l’on peut respirer l’arôme des feuilles de tabac, Sir Conran nous parle de son premier Havane.

« En mai 1964, nous avons inauguré la boutique Habitat et quelqu’un a suggéré que l’occasion méritait d’allumer un Montecristo. »

Je lui demande s’il a pensé à la possibilité d’arrêter de fumer.

« Non », répond-t-il abruptement. « Heureusement, mon médecin, qui est très raisonnable, aime aussi les Habanos. »

Bien entendu, le festival ne se limite pas à fumer des cigares. Il a aussi un volet commercial. À huis clos, dans les salles de dégustation, les détaillants méditent sur la meilleure manière de défendre leurs moyens de vie face aux lois contre el tabagisme. Ils savent qu’ils finiront par vendre de moins en moins de cigares. L’une des stratégies analysées a été celle d’attirer une clientèle à haute contribution.

« Nous sommes effectivement préoccupés par l’interdiction » - explique Jemma Freeman, propriétaire de la société importatrice britannique Hunters and Frankau. « Cependant, sur les marchés déjà marqués par cette prohibition nous avons pu apprécier que les personnes ont moins de possibilités de fumer mais qu’il y a aussi une tendance à acheter des cigares d’une qualité supérieure ».

Le coût du couvert du dîner de clôture, point culminant de la semaine, s’élève à 500 dollars US. Cette année, le siège choisi a été ExpoCuba, l’immense hall d’expositions situé à proximité du parc Lénine. Je regarde autour de moi et je conclus qu’il ne fait aucun doute qu’il reste encore un bon nombre de fumeurs huppés dans le monde. Le dîner se termine par une vente aux enchères d’humidors faits à la main. Les offres (qui seront destinées au système de santé cubain) se montent à des centaines de milliers de dollars.

Ce commerce, ce lux, cette passion, ne semble pas être en voie d’extinction.